Bah Thierno Mamadou, président du parti Nouvelle Génération pour le Changement (NGC) et ex-directeur de publication du journal ‘’ Le Défi’’, a accordé une interview exclusive cette semaine à notre rédaction. Notre invité s’est intéressé aux conséquences d’une éventuelle modification de la constitution devant aboutir à une nouvelle République, et à la situation socio-politique actuelle que connait le pays.

 

 Justinmorel.info : Comment se porte votre parti ?

Bah Thierno Mamadou : La Nouvelle Génération pour le Changement (NGC) se porte bien. Nous sommes en train de travailler sérieusement Vous savez, c’est la notre troisième année, en ce mois d’avril, et nous évoluons très bien sur le terrain. Nous sommes présents à tous les rendez-vous et nous nous  préparons actuellement pour participer aux futures élections notamment, les législatives qui, probablement se tiendront au courant 2019. Et, nous nous préparons aussi pour le grand rendez-vous, à savoir la présidentielle de 2020. La NGC se porte bien, nous enregistrons beaucoup d’adhésions. Nous sommes en phase d’implantation, on est en train d’installer nos fédérations, nos sections, nos comités de base ici  à Conakry, et à l’intérieur du pays. Mais aussi à l’extérieur dans d’autres pays comme la France par exemple.

Justinmorel.info : Quelle est votre analyse de la situation socio-politique actuelle du pays ?

Bah Thierno Mamadou : Le pays se porte mal. La situation sociale et politique d’aujourd’hui,  est  inquiétante et il faut que nous prenions nos responsabilités. J’ai vu qu’on est dans une incertitude qui inquiète. Nous étions sensés aller aux élections législatives maintenant. Ce qui n’a pas été le cas, il n’y a pas encore de date et à ce que je sache, ce ne sera pas encore pour tout de suite.

Le pouvoir en place n’est pas chaud pour organiser ces élections, puisqu’il n’est pas sûr de les gagner et malheureusement, il a trouvé des complices. Et  ces complices, ce sont tous ces députés de l’opposition qui sont en fin de mandat et qui  ne veulent pas quitter l’Assemblée nationale. Ils ne sont plus pourtant des représentants du peuple, mais qui y sont par décret du président de la République. Moi je ne les considère plus comme des représentants du peuple, mais des fonctionnaires à la solde du pouvoir en place!

Du côté social aussi, vous savez, il y a une déchirure du tissu social depuis un certain temps. Rien n’a été fait pour recoudre ce tissu et rien n’est fait dans les discours et dans les faits pour rapprocher les Guinéens. Et, pour travailler sur l’unité nationale, alors que la garantie de cette unité est un des rôles clés du président de la République, et c’est à lui qu’incombe cette responsabilité d’unir les Guinéens.

Aujourd’hui le Guinéen est très stressé, nous souffrons tous de ce stress collectif, lié à tout manquement composé de  l’incertitude, Les gens ont peur, il n’y a pas de boulot, il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas d’eau,.. Ce sont des embouteillages souvent partout, et les gens végètent. On ne vit pas correctement, il n’y a pas de sérénité.

On est dans cette incertitude, on ne sait pas  qu’est-ce qu’on fera  demain ? Les législatives d’accord mais après, comment ça va se passer ? Vous avez vu ici que les clivages reprennent, les tensions montent. Et, ce n’est pas une garantie de près… C’est inquiétant.

Justinmorel.info : quel est votre avis sur une éventuelle modification de la constitution qui va aboutir à un référendum?

Thierno Mamadou Bah : vous savez modifier une constitution en temps normal, ce n’est pas un souci. Les constitutions sont une œuvre humaine. Par contre, le moment est mal choisi, le président Alpha Condé aurait dû, ou aurait pu s’il voulait, si c’était dans l’intérêt des Guinéens, c’était de parfaire cette constitution, afin de l’adapter à nos réalités.

Il aurait pu le faire en 2011, en 2012, en 2015 ou en 2016, il ne l’a pas fait. Il est sur le pas de la sortie, il est à une année de la fin de son mandat, il veut aujourd’hui modifier la constitution, c’est forcément intéressé. C’est un ‘’saut à l’œil’’ ce qu’il veut.

Alors, moi personnellement, je suis  contre cette modification, je suis contre ce 3e mandat dont on ne cesse de parler,. Lui, il ne s’est jamais prononcé la-dessus, mais il n’a jamais non plus démenti, et c’est la presse qui, en a fait un sujet, et finalement c’est tout le monde qui en parle. Mais, il n’a jamais démenti et peut être, vu toutes les menaces liées au fait qu’il n’y aura pas de 3emandat, personne ne va l’accepter…

Les populations ne sont pas prêtes à l’admettre. Ils veulent prendre un raccourci, un autre chemin à savoir: modifier la constitution en fait,  avoir à faire passer carrément une nouvelle constitution,  et passer à une nouvelle République. Faire table rase du passé politique pour lui permettre d’être candidat, pour une première fois dans une nouvelle République. En fait, c’est ça la technique! Ceux qui s’attendent qu’il demande un 3ème mandat,  je crois qu’ils vont attendre longtemps…

Par contre, ils ont trouvé un autre chemin, la nouvelle constitution qu’ils veulent présenter,  est en train d’être écrite et elle est pratiquement finie. Ils veulent un mandat dans cette nouvelle constitution, ils veulent que le mandat passe à 6 ans qu’il soit renouvelable une fois mais qu’il passe à 6 ans. Ça veut dire qu’au minimum, il a envie au-delà de 2020 de passer encore 6 ans aux affaires.

Quand même,  il est quelqu’un qui s’est battu longtemps pour arriver aux affaires, Donc, il est censé être celui-là qui inculque aux Guinéens une culture démocratique, qui fait la promotion de  cette  démocratisation… Il aurait pu ne pas développer le pays, il n’aurait pu ne pas pouvoir donner de l’eau ou l’électricité régulièrement,  ne pas pouvoir faire toutes nos routes, il aurait pu au moins nous donner une culture démocratique, monter quel est le chemin à suivre.

S’il avait montré ce chemin, montrer cette culture démocratique, l’inculquer  dans le mental du guinéen, personne après lui, aucun chef de l’Etat, n’aurait osé tenter quoi que ce soit à l’encontre de ce qui a été fait de positif. Malheureusement, il n’a pas envie de quitter le pouvoir, c’est connu de tout le monde. Cependant, il va falloir qu’il accepte de partir et il serait mieux qu’il parte par la grande porte.

Justionmorel.info :  Enfin…

Bah Thierno Mamadou : je vous remercie et je suis heureux de vous revoir, on a passé un bon moment dans la presse. C’est un métier noble qu’il faut faire avec beaucoup de courage, de pertinence et je sais que vous le faites bien et voilà, je reste joignable, je suis à votre disposition à tout moment.

Interview réalisée Léon KOLIE et Oumar KEITA pour JMI

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