Les tensions récentes à la frontière guinéenne-libérienne, concentrées autour du fleuve Makona, ravivent des différends anciens liés à des frontières coloniales imprécises. Ces incidents, survenus début mars 2026 près de Foya et Guéckédou, impliquent des militaires et des civils, avec des saisies d’équipements et des gestes symboliques comme le déplacement de drapeaux.

Origines du conflit

Les frontières entre la Guinée et le Liberia remontent aux traités coloniaux franco-libériens et anglo-libériens du XIXe et début XXe siècles, modifiés en 1907 et 1911, qui ont tracé des lignes souvent arbitraires le long de fleuves comme le Makona. Ces démarcations, héritées de la colonisation, souffrent d’un manque de matérialisation et de précision, alimentant des disputes récurrentes en Afrique de l’Ouest sur les ressources fluviales et les zones transfrontalières.

Fondements juridiques

La Guinée invoque les principes de l’OUA (ancêtre de l’UA), adoptés en 1964, via le principe « uti possidetis juris », qui fige les frontières coloniales à l’indépendance, et argue que la juridiction sur un fleuve frontalier dépend du pays de sa source. Le Liberia, de son côté, défend sa souveraineté sur les portions exploitées pour des chantiers locaux, sans revendication formelle documentée, privilégiant une interprétation stricte des traités coloniaux existants.

Incidents récents

Le 2 mars 2026, des militaires guinéens ont traversé le Makona à Solumba (près de Foya) pour stopper l’extraction de sable par une entreprise libérienne, saisissant des équipements et menaçant des civils. Des tensions ont suivi, avec le déplacement d’un drapeau libérien perçu comme provocateur, et un contre-geste guinéen à Sorlumba ; une réunion bilatérale à Guéckédou le 8 mars a abouti à un apaisement temporaire.

Positions des États

La Guinée, via son ministre Ibrahima Kalil Condé, exprime regrets mais fermeté sur sa souveraineté, appelant au respect des lignes existantes et à une vérification des activités minières. Le Liberia, par son ministre Francis Sakila Nyumalin, insiste sur le dialogue pacifique et la préservation de sa territorialité, évitant l’escalade malgré l’inquiétude locale.

Rôle des militaires

Des soldats guinéens, sous ordres comme ceux du général Kandia Mara, ont initié les interventions pour protéger la souveraineté perçue, traversant la frontière et saisissant du matériel. Côté libérien, des éléments sécuritaires ont participé à des réunions d’urgence, avec une présence accrue mais contenue, dans un contexte de coopération militaire antérieure (patrouilles conjointes depuis 2019).

Situation des populations

Les riverains de Foya, Guéckédou et Sorlumba vivent dans l’inquiétude : menaces armées signalées, interruption de chantiers routiers et commerce transfrontalier perturbé, exacerbant des vulnérabilités socio-économiques habituelles (trafic informel, dépendance mutuelle).

Position CEDEAO et UA

Aucune position officielle récente de la CEDEAO ou de l’UA n’est rapportée sur ces tensions spécifiques, bien que l’UA promeuve via son Programme Frontières (depuis 2007) la transformation des « frontières barrières » en « passerelles », encourageant délimitation et intégration. La CEDEAO intervient habituellement en médiation régionale, comme dans d’autres crises guinéennes.

Solutions et rôle du TIJ

Les solutions immédiates passent par le dialogue bilatéral, comme la réunion de Guéckédou (repositionnement de drapeaux, restitution conditionnelle d’équipements). À long terme, une délimitation physique des bornes et patrouilles conjointes sont préconisées ; la Cour internationale de Justice (CIJ), organe judiciaire de l’ONU à La Haye, pourrait trancher via saisine consensuelle des États, appliquant le principe « uti possidetis » comme dans Gabon-Guinée équatoriale (2025).

 

Hussen MORY pour JMI

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