La Haute Autorité de la Communication (HAC) rappelle avec fermeté que la liberté d’expression, garantie par la Constitution et les lois organiques sur la presse, n’est ni absolue ni affranchie de toute responsabilité juridique.
L’instance de régulation avertit que les plateformes numériques ne sauraient être des zones de non-droit et que leurs utilisateurs s’exposent aux mécanismes de régulation et aux poursuites prévus par les textes en vigueur.
Une alerte sur les dérives numériques
Dans une note rendue publique le mardi 14 avril 2026, et signée de son président Boubacar Yacine Diallo, la HAC dit observer « avec préoccupation » la prolifération de contenus diffusés sur les plateformes numériques, comportant des propos inappropriés, des attaques verbales, des informations non vérifiées et des messages de nature à affecter la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
Ce constat s’inscrit dans un contexte où l’espace digital est devenu un canal majeur de diffusion d’opinions, souvent en marge des règles qui encadrent les médias classiques.
Le rappel du cadre constitutionnel et légal
S’appuyant sur la Loi fondamentale et les textes organiques relatifs à la liberté de la presse et de la communication, la HAC rappelle que la liberté d’expression, si elle est consacrée par la Constitution, doit s’exercer dans le respect de la dignité humaine, de la vie privée, des valeurs fondamentales et des institutions de la République.
La législation guinéenne sur la presse et la communication interdit déjà la diffusion de contenus portant atteinte à l’ordre public, à l’unité nationale ou aux droits de la personne, et prévoit des sanctions en cas de manquements, y compris pour les services de presse en ligne et autres formes de communication numérique.
Dans cette perspective, l’organe de régulation insiste sur la nécessité, pour chaque utilisateur, de vérifier la fiabilité des informations relayées et d’adopter un comportement conforme aux principes éthiques qui fondent la vie en société.
La HAC se situe ainsi dans une logique de rappel à l’ordre juridique: ce qui est réprimé dans les médias traditionnels – diffamation, incitation à la haine, atteinte à la sécurité nationale – l’est tout autant lorsqu’il est publié sur les réseaux sociaux.
Influenceurs en première ligne de responsabilité
Au-delà du grand public, la HAC cible particulièrement les influenceurs et créateurs de contenus, devenus des acteurs centraux de la formation de l’opinion sur les réseaux sociaux. L’institution les exhorte à changer de posture, à faire preuve de discernement, de responsabilité et de retenue dans la production et le partage d’informations, afin de contribuer à un espace numérique apaisé et respectueux.
Ce rappel s’inscrit dans une tendance de fond : en Guinée comme ailleurs, les autorités de régulation tentent d’étendre, de façon cohérente, le régime juridique applicable aux médias à l’univers numérique, tout en évitant de porter une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. La régulation des contenus en ligne devient ainsi un enjeu central de la gouvernance de l’information à l’ère des réseaux sociaux.
De la sensibilisation à la sanction
Si la note met l’accent sur la prévention et la sensibilisation, la HAC laisse clairement entendre qu’elle est prête à activer l’arsenal répressif prévu par les textes si les dérives persistent. Elle prévient qu’elle se réserve le droit de prendre toutes les mesures de régulation nécessaires, conformément aux lois en vigueur, allant de la suspension de comptes ou de contenus jusqu’à la saisine des juridictions compétentes à des fins de poursuites.
Ce durcissement de ton intervient dans un contexte où la régulation des réseaux sociaux est devenue un défi majeur pour les autorités, en particulier en période de tensions politiques ou sociales.
Entre protection de la liberté d’expression et impératif de préservation de la cohésion sociale, la HAC tente de tracer une ligne d’équilibre, en rappelant que le droit s’applique désormais aussi pleinement à la sphère numérique qu’à la presse dite « classique ».
FATIMA BARRY POUR JMI
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