À Conakry, capitale surpeuplée de plus de 2 millions d’habiCtants où les marchés comme Enco5 ou Madina dictent le quotidien, l’approche du Ramadan 2026 et du Carême met le gouvernement guinéen sous pression. Face à une inflation galopante – dopée par les hausses mondiales du blé (à 700 dollars la tonne) et des hydrocarbures –, le président Mamadi Doumbouya et son exécutif déploient des mesures pour stabiliser les prix des denrées de base.
Pourtant, les citoyens, déjà éprouvés par la précarité post-coup d’État de 2021 et les déguerpissements urbains, peinent à boucler leurs fins de mois. Entre allégements fiscaux salués et réalités des étals informels, le contraste est criant.
Mesures gouvernementales pour un jeûne apaisé
Le président Doumbouya a convoqué les opérateurs économiques à un sommet à Conakry, les exhortant à modérer les prix des produits essentiels comme le riz, l’huile et le sucre, tout en promettant un cadre incitatif aux investissements pour relancer l’économie guinéenne, minée par la transition du CNRD.
Le ministre du Commerce a dévoilé une stratégie d’urgence : suppression des taxes douanières et charges portuaires sur les importations de denrées alimentaires, évitant un gel administratif des prix qui aurait pu aggraver la pénurie. Ces mesures, inspirées des précédentes crises alimentaires en Afrique de l’Ouest, visent à contrer les chocs mondiaux sans paralyser les flux au port de Conakry.
Par ailleurs, Karamo Diawara, secrétaire général des Affaires religieuses au Ministère des Affaires Religieuses et du Culte, a rappelé aux imams des grandes mosquées comme celle de Dixinn ou Camayenne l’importance d’observer rigoureusement le croissant lunaire pour proclamer le début officiel du Ramadan, avec une annonce nationale en cas de visibilité confirmée.Réactions mitigées des commerçantsMalgré ces injonctions, les vendeurs des marchés conakryens résistent.
Binta Bah, boutiquière à Enco5, dénonce la flambée de l’huile rouge : de 220 000 GNF à 300 000-400 000 GNF le bidon de 20 litres, imputable aux coûts logistiques exorbitants depuis les fournisseurs de Guinée Forestière, via des routes dégradées comme la nationale Conakry-Mamou.
À Kindia, fief agricole à 120 km de la capitale, le grossiste Mamadou Oury Camara pointe les frais de transport et le carburant dopé par les sanctions internationales : « On maintient une marge minimale pour survivre, sans exagération, mais la chaîne d’approvisionnement craque. »Néné Hawa Barry, au marché central de Conakry, note une volatilité saisonnière : le riz importé reste stable à 280 000 GNF le sac de 50 kg, mais oignons et sucre grimpent de 20-30% en prévision du rush ramadanien.
La galère quotidienne des ménages
Salimatou Camara, ménagère au grand marché de Conakry, rage contre les condiments inabordables : carottes à 15 000-25 000 GNF le kg, obligeant des sauces minimalistes à 4 000-5 000 GNF la portion. « Comment jeûner en famille avec ça ? »À Kindia, Makalé Bangoura, mère de quatre enfants, grogne sur les provisions hebdomadaires et appelle à des contrôles renforcés contre les spéculateurs, surtout en ce mois béni de partage et de solidarité islamique.
Houleymatou Sow, vendeuse ambulante à Ratoma, alerte sur les tomates à 5 000-10 000 GNF le tas : « Mes revenus d’informelle ne suivent plus, malgré les annonces du palais Sékhoutouréya. »Satisfaction partielle et inquiétudes persistantes.
Certains saluent les efforts : le pain de 200 g tient à 4 500 GNF grâce aux exonérations fiscales, évitant une flambée pire malgré le blé mondial hors de prix.Mais d’autres, comme les familles victimes des déguerpissements récents à Wakiri ou Kaloum, craignent un jeûne sous tension, entre chômage urbain (taux officiel à 35%), insécurité alimentaire et marchés informels ingérables.
La précarité s’accentue dans les quartiers populaires de Conakry, opposant les discours étatiques à la rue : plus de régulation s’impose pour un Ramadan en paix.
© Copyright 2000 – 2026 | justinmorel.info





