Le Malgache a été élu jeudi, à la surprise générale, président de la Confédération africaine de football (CAF). Il avait donné une interview exclusive au «Matin» il y a deux semaines.

Le Malgache Ahmad Ahmad a été élu jeudi, à la surprise générale, président de la Confédération africaine de football (CAF) lors d’une élection l’opposant au Camerounais Issa Hayatou, qui dirigeait l’organisation depuis 1988. Cette élection a eu lieu à Addis Abeba, en Éthiopie.

A l’annonce des résultats officiels, les poings victorieux se sont levés et une clameur a éclaté dans la salle rassemblant les représentants des Fédérations africaines votantes: 34 voix pour M. Ahmad, contre 20 pour M. Hayatou.

Relativement méconnu par rapport à son adversaire, M. Ahmad a déjoué la plupart des pronostics en obtenant un mandat de quatre ans à la tête de la CAF. M. Hayatou (70 ans), dernier dignitaire du foot mondial épargné par les affaires qui ont emporté Sepp Blatter et Michel Platini, en était le favori.

Il y a deux semaines, Ahmad Ahmad avait accordé une interview exclusive au «Matin». Nous vous la reproposons en intégralité.

– Ahmad Ahmad, pourquoi vous êtes-vous lancé dans la course à la présidence de la CAF?

«J’aime beaucoup cette notion grecque de kairos qui signifie l’instant T de l’opportunité: avant, c’est trop tôt et après, trop tard. Et là je sens que le temps du changement est venu pour refonder une nouvelle CAF. Je veux résolument incarner un nouveau mode de gouvernance. Je ne serai pas un président qui décide seul dans son bureau de façon autocratique mais je ferai participer toutes les associations nationales dans mes grandes décisions.»

– Vous avez en face de vous Issa Hayatou, un monument des instances du football mondial, qui en connaît toutes les ficelles. Quel est votre plan pour le faire trembler?

«Mon objectif n’est pas de le faire trembler mais de le battre. Monsieur Hayatou qui est en fonction depuis plus de trente ans est le garant d’un héritage. En dépit de tout le respect que j’ai pour lui, il y a un devoir d’inventaire à mener. Vous savez, en politique, la notion d’usure du pouvoir est une réalité. Après sept mandats, il est tout à fait naturel de sombrer dans une espèce de léthargie et de routine où la force de l’habitude freine toute velléité de changements et de réformes.»

– Franchement, est-il réaliste d’y croire?

«Vous savez, une élection comme celle de la CAF, c’est comme un match de football: ce n’est pas toujours le favori qui gagne. Et j’ai de nombreux soutiens derrière moi, comme ces nombreuses associations nationales qui n’ont qu’une seule hâte: que le changement arrive enfin!»

– Certains de vos adversaires prétendent que vous n’avez pas les épaules pour ce poste…

«Moi je trouve cela plutôt bon signe. Cela signifie que mes adversaires sont fébriles et qu’ils n’ont pas d’arguments de fond à m’opposer. J’ai été Ministre dans mon pays, j’ai le cuir épais. Je connais par cœur les basses manœuvres d’une campagne politique.»

– Quels sont vos atouts?

«À 57 ans, j’ai à la fois l’expérience et l’énergie pour servir au mieux le football africain. De plus, je suis un homme de dialogue toujours soucieux des points de vue de mes interlocuteurs. Ainsi, mon bureau restera toujours ouvert, je serai un président accessible qui aura comme objectif suprême de réconcilier les acteurs du football africain.»

– Et quelles sont vos autres priorités?

«Elles sont évidemment nombreuses tant le chantier est immense. Je veux mettre en place une gestion moderne, dynamique et surtout transparente. Tous les dirigeants de la CAF seront soumis aux contrôles d’éligibilité et d’intégrité avant les élections. Les structures permanentes du siège de la CAF au Caire seront entièrement repensées pour éliminer les lourdeurs et alléger les procédures. Le personnel permanent qui travaille au siège de la CAF en Egypte devra répondre à un nouveau système de quota. Avec moi, la moitié du staff permanent devra provenir des 53 autres pays afin d’apporter un plus grand équilibre entre les associations africaines.»

– Justement qu’est-ce que vous demandent les fédérations africaines?

«Elles me demandent d’en finir avec le népotisme et le clientélisme. Elles veulent aussi jouer un rôle plus important au sein de la CAF. Ça tombe bien, c’est précisément dans mon programme! Ainsi, je serai un président de la CAF qui n’aura ni tabou ni opacité en matière de transparence dans la gestion de ses finances. Je partagerai donc ma responsabilité sur les finances avec un Collège Spécial des Présidents d’associations nationales. Vous savez, les associations sont copropriétaires de la CAF et elles doivent être traitées non pas comme des vassaux mais avec tout le respect qu’on leur doit.»

– Que reprocheriez-vous au règne sans fin de Monsieur Hayatou?

«Au-delà du règne sans fin, c’est plutôt une fin de règne que les acteurs du football africains ressentent. Mais je répète, il n’y a rien de personnel contre Issa Hayatou. Entre lui et moi ce sont d’abord des divergences sur la manière de gouverner le football africain.»

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