« L’Amérique d’abord ! » Martelé depuis des mois par le prochain président des États-Unis, ce slogan suggère ce que sera sa politique étrangère. Un mélange d’unilatéralisme — le dédain des accords internationaux —, de brutalité — une augmentation des budgets militaires — et de mercantilisme — la subordination de la plupart des autres objectifs à l’intérêt commercial de son pays. Sans oublier une certaine imprévisibilité…

Difficile de savoir précisément à quoi va ressembler la politique étrangère de M. Donald Trump. Le prochain président américain n’a détaillé ses intentions ni dans des documents écrits ni dans des discours. Beaucoup lui attribuent une approche peu informée, nourrie des gros titres de la presse et de son expérience d’homme d’affaires. Quelques entretiens ou propos de campagne et, plus récemment, le choix des membres de son administration permettent d’y voir un peu plus clair. M. Trump possède une vision, peut-être pas mûrement réfléchie mais relativement cohérente, du monde et de la place qu’y occupe son pays. Elle tranche avec celle de la plupart des experts ou responsables politiques cotés à Washington.

Ceux-ci, comme s’en aperçoit vite quiconque séjourne dans la capitale, voient des cercles concentriques qui se déploient à partir de la Maison Blanche. Le Canada, le Royaume-Uni et les autres alliés anglophones se situent sur un premier anneau ; les autres membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), le Japon, la Corée du Sud et Israël sur un deuxième ; les partenaires économiques et militaires de longue date, tels que Taïwan, les Philippines et l’Arabie saoudite, sur un troisième ; et ainsi de suite. À l’extérieur de ce système de relations de dépendance se trouvent les rivaux et adversaires des États-Unis : la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord.

Pendant des décennies, la politique étrangère américaine a visé à renforcer les liens avec et entre les pays amis, et à affaiblir ou à isoler les exclus. Parfois, cela a impliqué d’entrer en guerre pour protéger des alliés périphériques par crainte, réelle ou supposée, que les alliés plus proches ne se trouvent en danger.

Copyright © LeMonde /par Michael Klare

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