Depuis 2024, la Guinée fait face progressivement à une pénurie récurrente de liquidités en espèces, avec des files d’attente devant les banques et une rotation monétaire entravée.

Selon la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), environ 94% des billets émis circulent hors circuit bancaire, alimentant une économie informelle estimée à 35-40% du PIB (Banque mondiale, 2025). Le taux de bancarisation reste faible à 23% des adultes (rapport BCRG 2025), tandis que la dépendance au cash freine la masse monétaire active, avec une inflation sous-jacente à 8,2% en 2025 (FMI).

Une période de galère frappe les banques primaires sans exclusive qui se montrent incapables de payer même les salaires des travailleurs. La situation est d’autant plus grave que certaines entreprises privées de la place qui n’ont pas encore fini de démonétiser leurs payements quotidiens, sont confrontées à une montagne de problèmes. Leurs comptables font la queue au niveau des halls des banques, dans l’espoir qu’un jour des chèques qu’ils détiennent depuis le 25 du mois précédent soient honorés. Pour que les salaires des employés leur soient enfin versés.

Mesures d’urgence : nouvelle émission de billets

Sous l’impulsion du président Mamadi Doumbouya, le gouvernement a autorisé une émission de nouveaux billets à partir de mars 2026, après 1 400 milliards GNF injectés en 2025 (communiqué BCRG). Cette décision vise à combler le déficit de circulation fiduciaire, évalué à 20% de la masse monétaire. Politiquement, elle répond à des pressions sociales et parlementaires au CNT, mais, les économistes avertissent d’un risque inflationniste sans réforme structurelle.

Blocages économiques et informels
La crise révèle des faiblesses systémiques : absence de centralisation des devises minières (bauxite et or, 25% des exportations), réticence du secteur informel (60% des emplois) et méfiance bancaire. La BCRG peine à superviser une monnaie bloquée hors statistiques, compliquant la politique monétaire.

Politiquement, cela fragilise la transition post-coup d’État de 2021, avec un déficit budgétaire à 4,5% du PIB (FMI 2026).

Stratégie de digitalisation et convergence régionale

L’administration Doumbouya combine urgence et vision à moyen terme : injection de cash immédiate et modernisation des paiements sous 3-4 mois. Objectif : réduire la dépendance au cash à moins de 50% d’ici 2028, via paiements mobiles et fintech, en s’alignant sur les standards internationaux (85% de transactions scripturales dans la zone CFA).

Le Premier ministre Amadou Oury Bah insiste sur une inclusion pédagogique, avec digitalisation des salaires publics et aides sociales.

Mesures concrètes et réformes annoncées

Centralisation des flux miniers et télécoms pour sécuriser les réserves de change (3 mois d’importations, BCRG). Renforcement de la bancarisation via campagnes et infrastructures (couverture 4G à 75%, ARPT 2025). Développement de fintech aligné sur l’OHADA et l’ECO, pour une interopérabilité régionale.
Les experts de la CEDEAO proposent une gestion accrue des changes et une dollarisation partielle des contrats miniers, favorisant la convergence vers l’ECO (monnaie unique ouest-africaine prévue post-2027).

Enjeux politiques et régionaux

Économiquement, la crise menace la croissance (5,8% projetée en 2026, FMI) et l’attractivité minière. Politiquement, elle teste le pouvoir de Doumbouya avant les élections inclusives promises. Vers l’ECO, la Guinée doit accélérer la numérisation pour respecter les critères de convergence (bancarisation >30%, inflation <10%). Sans inclusion numérique (accès internet à 45% rural), les inégalités s’aggraveront, freinant l’intégration CEDEAO.

Kerfalla KOUROUMA pour JMI

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