Dans un arrêté n° 045/MATD/SGG/2026 du 6 mars 2026, le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), Ibrahima Kalil Condé, a prononcé la dissolution de quarante formations politiques, dont plusieurs poids lourds du paysage guinéen.
Cette mesure, fondée sur l’article 7 de la Charte des partis politiques (décret D/2021/289/PRG/SGG) qui impose une conformité stricte aux obligations d’agrément, de transparence financière et d’activité effective, vise à purger le registre partisan, en amont des élections législatives et communales du 24 mai 2026.
Les faits juridiques en substance
L’arrêté concerne des partis emblématiques tels que l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) d’Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du peuple de Guinée Arc-en-ciel (RPG Arc-en-ciel, ex-parti d’Alpha Condé) et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré.
Conformément à l’article 28 de la loi organique L/2016/064/AN, ces entités perdent immédiatement leur personnalité morale, entraînant l’interdiction de toute activité sous leurs sigles, logos ou emblèmes sur l’ensemble du territoire national.
Les sièges nationaux et représentations locales sont placés sous scellés, tandis que leur patrimoine immobilier, mobilier et financier fait l’objet d’un séquestre étatique avec nomination d’un curateur-gestionnaire (art. 29 de la Charte).
La police républicaine, la gendarmerie nationale et les autorités décentralisées sont réquisitionnées pour l’exécution effective, dans la continuité d’une évaluation lancée en 2024 ayant déjà conduit à 53 dissolutions et 54 suspensions en octobre dernier pour motifs similaires : agrément caduc, absence de comptes bancaires dédiés, gestion opaque ou inactivité prolongée (art. 25, loi L/2016/064/AN).
Neutralisation totale et purge normative
Au-delà de la dissolution pure et simple, l’arrêté ordonne une cessation immédiate des opérations et la saisie des actifs pour prévenir toute tentative de reconduction, s’inscrivant dans une dynamique d’assainissement du champ politique. Les formations sous observation bénéficient d’un délai de mise en conformité de trois mois, comme précédemment octroyé. Cette opération cible prioritairement les partis historiques jugés non conformes à la Charte, qui exige une activité militante effective et une reddition de comptes annuelle auprès du MATD.
Répercussions immédiates et contestations
La décision provoque un séisme politique : démantèlement physique des structures partisanes, privation de ressources économiques (bâtiments, fonds de campagne) et réactions outrées de l’opposition, qui dénonce un « muselage » instrumental et conteste la légalité devant les juridictions compétentes (art. 32, Charte des partis).
Certains analystes y voient toutefois un assainissement salutaire, favorisant l’émergence de formations transparentes et actives, alignées sur les exigences constitutionnelles post-transition (Constitution de 2020, art. 47 sur le pluralisme politique encadré).
Horizon électoral et recomposition
Fixées par décret présidentiel n° D/2026/020/PRG/SGG du 20 février 2026, les législatives et communales du 24 mai marquent la fin de la transition post-2021. La Direction centrale des élections (DCE, ex-DGE) supervise les préparatifs via un chronogramme technique pour un scrutin inclusif.
Affaiblie, l’opposition peine à présenter des listes unifiées, ouvrant la voie à une recomposition sous surveillance des partenaires internationaux (CEDEAO, Union africaine).
L’ascension de la GMD comme force dominante ?
Au cœur de cette reconfiguration émerge la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), mouvance pro-Mamadi Doumbouya structurée fin 2025 sous l’égide du Premier ministre Bah Oury. Fort du triomphe présidentiel de Doumbouya (86,72% en décembre 2025), son slogan « Bâtir Ensemble ! » fédère adhésions individuelles et consultations pro-pouvoir, visant les bastions urbains (Kaloum, Matam).
La GMD ambitionne de s’imposer comme un « grand parti » majoritaire à l’Assemblée nationale et aux conseils locaux d’ici juillet 2026, dans un cadre légal respectueux de la loi électorale (art. 112 et suivants du Code électoral).
Hussen MORY pour JMI
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