Suite à la proclamation des résultats catastrophiques de l’examen d’entrer au collège, beaucoup de nos compatriotes sont déçus. Certains s’en prennent à l’actuel Ministre, comme ils l’ont fait en 2007 avec le Ministre Ousmane Souaré et l’an dernier, avec le Ministre Bano Sow.
Nous avons un problème. Nous voulons être au niveau des autres. Mais nous ne voulons pas imprimer la rigueur qui fait l’excellence chez les autres. C’est hélas, la Marque IN GUINEA : la facilité. Toujours la facilité.
À mon avis, à l’image de son prédécesseur, l’actuel Ministre de l’éducation a le mérite de faire le bon infirmier qui ose faire pleurer un patient porteur d’une puante plaie, mal soignée depuis des décennies. En réalité, ce sont nos dirigeants qui ont laissé la démagogie, la médiocrité et le clientélisme prendre corps dans le système éducatif guinéen dès après les 10 premières années de notre independance.
Historiquement, voici ce que je crois être les étapes de la dégringolade du système éducatif de notre pays Carton Vert - Réemploi de cartons - Takagreen
1) 1968. La proclamation de la Révolution culturelle socialiste, suivie d’un enseignement de masse vite récupéré par des démagogues qui ont pris la gouvernance du système éducatif en otage, à tous les niveaux.
2) 1972. La radicalisation de la Révolution, suivie de l’enseignement de toutes les matières dans les 8 langues nationales d’une part et d’autre part, la disparition des filières techniques dans les rares lycées qui en disposaient.
3) À partir de 1985.
La fermeture progressive des écoles professionnelles techniques (IPS) et des facultés d’agronomie.
4) À partir des années 90. L’inarticulation de la formation par rapport aux besoins en main-d’œuvres qualifiées d’une économie désormais diversifiée et libéralisée.
5) À partir de la moitié des années 90.
La transformation de l’école en activité commerciale : la corruption dans les écoles publiques, la floraison des écoles privées, puis des universités privées dans le seul but de faire profit.
Au lieu de construire les écoles en fonction de la progression démographique, l’Etat se frotte les mains et laisse les privés jouer son rôle.
6) À partir des années 2000. L’introduction du système LMD. Un système mal maîtrisé et peu performant, avec des filières quelconques aux lendemains incertains : les étudiants des filières techniques représentent à peine 5% des effectifs de nos universités.
Conséquences : plus de 100 000 Diplômés aux métiers littéraires et assimilés, sans emplois dans un pays en construction. Je ne parle pas des généralités connues de tous, qui portent grosso modo, sur le manque évident de volonté de nos Présidents successifs (élus ou autoproclamés) depuis 1984 :
☆ Véritables investissements progressifs dans la construction et l’équipement des écoles,
☆ Formation, perfectionnement continu et motivation du personnel enseignant.
J’attends la proclamation des résultats du bac pour tenter de faire l’autopsie sur le désastre et faire, comme à mon habitude, une esquisse de ce que je crois être des solutions.
Nous, Guinéens, avons un défaut : notre prétentieuse autoproclamation d’être parmi les meilleurs, alors que nous marchons très souvent À RECULONS.
Nous avons un sérieux besoin d’introspection induviduelle et collective à tous les niveaux et dans tous les domaines. Acceptons de faire violence sur nous-mêmes pour avancer.
Sur ces entrefaits, je félicite le Ministre Guillaume Hawing. On ne peut pas vouloir de bonnes omelettes sans casser les œufs. J’ai 2 filles qui ont fait l’une le Brevet et l’autre le bac. J’ai 2 neveux qui ont fait le Brevet. Malgré leurs performances en classe, ils sont habités par l’anxiété depuis la récente proclamation. Je souhaite qu’ils soient admis.
Le cas contraire, je les encougerais et féliciterais leur ministre, comme je viens de le faire au plus jeune de mes neveux qui vient d’échouer à l’entrée au collège. Le ministre de l’éducation a mis la main dans notre plaie que nous avons laisser gangréner depuis 4 décennies, dans une auto-satisfaction coupable.
Ailleurs, le niveau de l’enseignement baisse très légèrement. Chez nous, c’est la chute permanente.
Demandons aux anciens : Pourquoi les élèves et étudiants guinéens étaient (durant les années 50 et 60) parmi les 3 meilleurs de l’Afrique de l’ouest francophone, particulièrement dans les filières scientifiques ?
En qualité d’Extra-muros, je donne des cours dans des universités et Instituts supérieurs. Je sais de quoi je parle.
Nous avons quelques enfants très intelligents qui sont malheureusement englués dans un magma de médiocres, lesquels ont complètement raté la base à l’école primaire, par la faute de l’Etat et des parents. Ces étoiles font 1% à 3% des effectifs.
Comment voulons-nous produire des compétences vertueuses lorsque nos Universités ne reçoivent que des bacheliers d’un niveau démesurément bas ?
☆ Comment pouvons-nous préparer nos enfants aux grandes écoles et à la formation d’élite, lorsque nos lycées ne reçoivent que des collégiens d’un niveau très bas ?
Comment pouvons-nous qualifier la formation professionnelle lorsque les institutions spécialisées ne reçoivent, le plus souvent, que les médiocres des médiocres ?
Comment voulons-nous façonner nos adolescents lorsque nos collèges ne reçoivent que des élèves du primaire très mal préparés, en lecture, en grammaire, en vocabulaire, en conjugaison, en calcul…?
Comment pouvons booster notre enseignement, sachant que beaucoup de nos enseignants sont d’un niveau quelconque ?
Le mal (notre mal ) est si profond qu’il nous faut au minimum (avec tout le sérieux) une décennie d’efforts continus dans la rigueur, pour mettre le système éducatif guinéen à niveau.
Pour ce faire, la Transition doit être une opportunité en vue d’imprimer la rigueur devant servir de feuille de route aux futures gouvernances issues des élections.
Sinon, nos futurs dirigeants « démocratiquement » élus continueront de gonfler « démocratiquement » les résultats des examens scolaires par populisme ou par peur de la réaction de la rue.
Bravo M. le Ministre de l’éducation nationale. Les présents résultats sont notre vrai cliché. Prenons-en en conscience. Je suis aussi révolté que tous les Guinéens.
Sauf qu’à la différence de beaucoup d’autres, ma révolte n’est pas guidée par l’émotion ou la sensation. Après la proclamation des résultats du bac que je présume catastrophiques, je terminerai le présent diagnostic par une esquisse de solutions à la lumière de ma modeste expérience.
Les résultats-ci et ceux très attendus, sont et seront le reflet du niveau de nos enfants, mais aussi, de notre niveau général. Hélas.
A N’TÖRÖMA !
Ibrahima Jair KEITA pour JMI