Il ne sert pratiquement à rien d’avoir un potentiel en ressources naturelles si celles-ci ne sont pas mises en valeur au profit de tous les citoyens. Cette mise en valeur ne peut évidemment se faire sans l’intervention de ressources humaines qualifiées.

C’est justement dans cette optique que nos décideurs devraient enfin agir pour valoriser au mieux nos compétences. Et ces compétences complémentaires pourraient bien être trouvées auprès de nos compatriotes vivant à l’étranger.

Autrement dit, notre diaspora par le biais d’un transfert de savoir- faire, le know how et d’un apport de ressources financières inestimables contribuerait dans une grande mesure à régler de nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés depuis quelques années.

Un contexte plus favorable

Aujourd’hui, le contexte actuel beaucoup plus favorable à l’intégration progressive de nos compatriotes vivant à l’étranger devrait être mis à profit par le ministère en charge des Guinéens de l’extérieur.

Faute d’une politique cohérente et résolument tournée vers la réconciliation de nos compatriotes, la diaspora Guinéenne a longtemps souffert de ces errements. Sous la première République, des milliers de compatriotes ont été obligés de s’expatrier pour des raisons politiques. Installés principalement au Sénégal et en Côte d’Ivoire, ils ont fait diverses fortunes dans ces pays.

A la prise du pouvoir par l’armée en avril 1984, en dépit de la volonté exprimée par les nouvelles autorités, aucune mesure concrète n’a été prise pour faciliter leur retour et leur intégration dans les secteurs d’activité. La démission de Jean Claude Diallo, à l’époque ministre des guinéens de l’extérieur n’a guère facilité les choses par la suite. Ce département fut tout simplement supprimé des années durant. Ce vide institutionnel a maintenu la fracture entre le pays et ses fils vivant à l’étranger.

La gouvernance du pays

Maintenant qu’un changement s’amorce dans la gouvernance du pays, il y a lieu de mettre les bouchées doubles pour résorber le retard accusé dans l’intégration de notre diaspora dans le processus du développement socio économique. La diaspora constitue un formidable potentiel pour le pays. Dotés d’un savoir faire acquis dans des pays beaucoup plus développés et organisés, nos compatriotes devraient bénéficier de structures d’accueil très attractives et incitatives. Dans cet ordre d’idées, le gros du travail revient à nos représentations diplomatiques pour la constitution d’une base de données fiables. Il s’agit d’identifier systématiquement tous nos compatriotes par secteurs d’activité. Ce fichier par pays est à centraliser par le ministère en charge des Guinéens de l’étranger.

Pour le travail d’encouragement et d’organisation de nos compatriotes de l’étranger, une structure comme le Haut conseil des Guinéens de l’extérieur est à créer. Ce Haut conseil avec statut d’association serait ainsi une organisation faîtière des Guinéens de l’extérieur avec un rôle consultatif auprès du gouvernement. Entre autres, il aura pour objectifs :

– de rassembler tous les émigrés Guinéens de l’extérieur sans distinction d’origine ethnique, régionale, confessionnelle, sociale et de sexe ;

– d’amener les ressortissants Guinéens à participer plus activement à la vie du pays ;

– d’inciter l’épargne de l’émigration aux fins d’investissements en Guinée ;

– d’apporter toute assistance aux membres de la communauté dans la mesure de ses moyens ;

– de faire mieux connaître et respecter les conventions, lois et règlements des pays d’accueil.

Diaspora et flux financiers

Au sujet des flux financiers provenant de la diaspora, nous enregistrons un formidable manque à gagner. Ces transferts de ressources financières pourraient conforter dans une large mesure notre monnaie nationale et les dépôts en devises du système bancaire. A titre d’exemple, au Mali voisin en 2005, une étude faite par la Banque Africaine de développement

révèle que le montant annuel des transferts de fonds des Maliens de l’extérieur en direction de leur pays s’élèverait à près de 300 milliards de francs CFA (soit 458 millions d’euros). Ce qui représente 79% de l’aide publique au développement et 12% du PIB. Un véritable pactole pour ce pays.

Cet exemple fort évocateur, montre à suffisance qu’il nous reste encore du chemin à faire pour effectivement valoriser la diaspora du pays.

 

Thierno Saïdou DIAKITE pour JMI

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