Mes Publications

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Chers amis,
Je vous invite à partager cette réflexion que je faisais le 20 juin 1984 et dont l’acuité semble encore nous inviter à la méditation.
Extraits du texte original.

SUR LE JOURNALISME

Pour que le journaliste guinéen puisse exercer correctement et librement son métier, il faut bien qu’il en possède la maîtrise technique par une connaissance scientifique réelle.

A défaut, confondant les genres, ignorant les règles élémentaires des mass-média, il ne pourra jamais s’exprimer de façon éloquente et complète. Quelque soit le mass-média (radio, télévision, ou presse écrite), le journalisme ne s’improvise pas, il s’apprend. Mais il ne s’agit pas d’apprendre seulement par la pratique .

Certes, ‘’la pratique est un maître qu’aucune méthode ne peut remplacer. Mais elle n’enseigne pas toujours tout ce qu’on pourrait apprendre, ni avec autant de rapidité. Souvent elle enseigne à faire une chose comme quelqu’un d’autre à appris à le faire par sa propre expérience, au lieu d’enseigner à faire plusieurs choses de plusieurs manières’’

Si notre pays ne paie pas le prix qu’il faut dans ce domaine, les Guinéens se contenteront meurtris et fustrés dans leur amour propre, de lire ailleurs de bons articles et d’écouter et voir des émissons mieux faites sur d’autres antennes. Ce qui serait dommage .

Non! L’enthousiasme ne suffit pas, il faut le savoir !

Le journalisme n’est vraiment pas une fonction mais une profession .

Une lapalissade qui devrait orienter chacun en matière d’information.

Voici l’histoire du plus prestigieux instrument de musique du Manding: le Soso Bala.
C’est un extrait de mon diplome de fin d’etudes superieures intitule  »Musique et Tradition orale en Guinee ».
D’autres extraits sur le Dyéli et son rôle dans la connaissance de l’histoire africaine suivent.

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Connaissez-vous l’histoire du Gawlo, cet historien du Foutah Djallon? Vous la retrouverez
dans les textes qui suivent.

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Cette page sera regulièrement alimentée de textes de référence. Bonne lecture et revenez plus souvent sur mon site.

LE SOSO BALA

Archétype de la dialectique Musique et tradition Orale

Son histoire est vielle de plus de 700 ans . Le Soso Bala a pu traverser les âges grâce aux soins les plus méticuleux qui l’entourent . Objet sacré, on ne le joue qu’à des moments solennels .

C’est le plus important héritage culturel et l’objet de fierté des Dyéli de Nyagasola à Siguiri . Son hitoire est des plus mystérieuses .
‘’Soso Bala’’ : ce nom est simplement une juxtaposition désigant le propriétaire originel de ce balafon original (Bala Faséké) et le nom de l’instrument lui-même en langue mandingue.

Le Soso Bala est un balafon « géant », long de 1,5 m environ et est à plus de 15cm au-dessus du sol . De couleur gris-noir(certainement l’effet du temps), le soso Bala est formé de 20 planches soigneusement taillées et bien lissées . A chaque planche correspond une gourde , sorte de caisse de résonnance purifiant et filtrant sa sonorité.

Soumaoro Kanté, le Roi des Soso en personne aurait confectionné cet instrument pour se chanter . D’un égocentrisme féroce , il se répandait ainsi en laudations dithyrambiques à son propre endroit.

Personne ne connaissait alors l’étendue de ses talents , ni les réelles possibilités de cet instrument des plus mythiques plongé dans un univers de fétiches de tous genres, de tous les horizons. A l’extrémité supérieure du balafon, jusqu’à nos jours pend un mystérieux sachet à fonction magique. Quelques cinq gourdes sont aujourd’hui remplacées endommagées par le temps ou les hommes, le ‘’Belentuigi’’ (Fadimba Kouyate) a pris la responsabilité de les remplacer .

L’histoire nous apprend alors qu’un jour , Le Roi- Sorcier Soumangourou Kanté était absent, Balla Faseke en captivité chez le roi, se serait glissé dans la demeure à fétiches qui renfermait le Bala , excité par sa curiosité artistique, il se mit allégrement à en jouer. Mais, il ignorait que ce balafon n’était point ordinaire .

Les notes musicales du Bala aussitôt s’envolèrent en direction du maître sorcier qui, courroucé , bouleversé se transforme soudain en tonnerre et fond sur Soso, so royaume. Quand il arriva , Bala Faseke stupéfié, garda courage et se mit à jouer de plus en plus fort et en toute majesté. Inspiration fulgurante. Il improvisa un homme à la gloire des forgerons dont Kanté était le chef, l’homme en frémit de tout son être . Certains traditionnistes affirment même qu’il ne put se tenir debout . Atteint musicalement au plus profond de son être, lui qui aimait surtout se chanter, découvrait subitement que la chose était plus belle quand elle venaint d’autrui.

Depuis ce jour, il ne joua plus au Bala et au lieu de réprimander Bala Faseke qui avait osé franchir le seuil de sa case à fétiches, il le récompensa par le Bala que Faseke rêvait déjà de posséder pour mieux transmettre le message historique à la prospérité . Voilà comment le Soso Bala est devenu la propriétaire de l’ancêtre des griots.

A Niagassola jusqu’à aujourd’hui, le Bala est la propriétaire des Kouyate, le patriarche en est responsable et peut en jouer. Et l’historien Namankoumba Kouyaté, lui-même descendant direct de cette grande famille écrit à se sujet :

« L’autorité du patriarche sur les menbres du clan et sa notoritété dans la science de la tradition historique dépendent dans certaine mesure de l’application soutenue qu’il témoigne dans l’entretien et la conservation du Soso Bala .

Tous les lundis et vendredis ou lors des funérailles d’un grand töntigi sont les circonstances officielles au cours desquelles le Belentigi peut jouer au Bala . Entouré des autres dyélis dont les instruments de dimensoins plus réduites (généralement 17 planches) sont obligatoirement accordés au sien . il est le seul habilité à improviser au cours du jeu et c’est lui également qui choisit les airs à exécuter.’’

Le Soso Bala apparaît donc comme le symbole multi-séculaire du lien indivisible entre la musique et tradition orale. C’est une encyclopédie de la tradition orale . Le mythe qui l’entoure montre tout le caractère sacré que les traditionnistes accordent à cet instrument vieux de plus de 700 ans et qui avait été ‘’invité’’ par l’Unesco pour fêter les 90 ans du Président-poète L.Sédar Senghor.

A- LE DYÉLI

Dans l’historiographie contemporaine de l’Afrique, un personnage transcende par la valeur de ses témoignages oraux : le Dyéli.
Autrefois fortement controversé par un certain complexe européocentriste niant à tous les autres peuples l’acte historique ; aujourd’hui particulièrement sollicité dans la connaissance de l’histoire de continent africain, il est quasiment devenu le référentiel privilégié de nombreuses études et recherches sur le passé africain. L’épopée du Manding du célèbre historien Djibril Tamsir Niane en est la meilleure illustration.

S’il est incontestable que l’histoire est la mémoire de l’humanité, il n’est pas faux d’écrire que le dyéli est la mémoire de la société africaine du Grand Empire Manding .

Le verbe par la place prépondérante qu’il occupe dans nos sociétés tradionnelles revêt un caractère sacré , conférant ainsi à la parole un pouvoir sinon surnaturel mais tout au moins magique . Aussi, n’est-il pas dyéli qui le veut car le dyéli en Afrique Occidentale est le dépositaire privilégié de la tradition orale . C’est à lui qu’incombe le devoir de perpétuer le souvenir historique par sa profonde connaissance du passé de sa société et de son époque .

L’Afrique médiévale est l’ère par excellence du dyéli. C’est la période pendant laquelle il joua un rôle socio-politique de tout premier plan à la cour des grands souverains mandingues.

Voici comment le célèbre voyageur et géographe arabe Ibn Battouba décrit le « le dougha » à la cour du Manding :

« …Dès que le roi est arrivé trois esclaves se précipitent pour appeler son lieutenant. Les commandants arrivent, ainsi que le prédicateur, les savants, qui s’assoient à gauche et à droite devant les hommes d’armes. A la porte, debout, l’interprète Dougha en grand arroi ; il a sur lui des vêtements superbes en étoffe de soie fine. Son turban est orné de franges que ces gens savent arranger admirablement. Il à son cou un sabre dont le fourreau est en or ; à ses pieds sont des bottes et des éperons…Il tient à la main deux lances courtes, dont l’une est en argent, l’autre en or, et leurs pointes en fer…
Chaque commandant a devant lui ses hommes avec leurs lances, leurs arcs, leurs tambours, leurs cors (ceux-ci sont faits d’ivoire avec des défenses d’éléphants ) , enfin avec leurs instruments de musique fabriqués au moyen de roseaux et de courges que l’on frappe avec des baguettes et qui rendent un son agréable (le xylophone sans doute)… Dans l’intérieur de la salle d’audience et sur les croisées, se voit un homme debout. Quiconque désire parler au roi s’adresse d’abord au Dougha; celui-ci parle audit personnage qui se tient debout et ce dernier au souverain. « (1)

C’est le dyéli Dankuma Dua qui , s’émerveillant devant le miracle de la guérison de Soundiata, le prince paralytique chantera avec Sogolon Kedyu la mère de Soundiata ce couplet , désormais célèbre :

« Soundiata si borida ! togo ! Saya kafissa malo yé , togo ba ! »(en bambara)

« Mon rejeton Soundiata a pu marcher ! Honneur ! Plutôt la mort que la honte ! Honneur !. » C’est la pierre angulaire la geste de Soundiata.
Visionnaire, Diankuma Doua prédisait ainsi le destin royal de Soundiata. Mais les rivalités internes, la jalousie morbide de son frère Dankaran Touma vont retarder l’accomplissement de son destin. Il s’exilera. Repli stratégique . A Méma (dans les environs de Ségou) selon certaines traditions et selon d’autres en pays voltaîque(actuel Burkina Faso).

Mais la tyrannie de Soumaoro Kanté appelé aussi Soumangourou, asphyxiait les populations autochtones. Le conseil des Anciens décide de faire appel à Soundiata pour mettre fin au joug du Roi-Sorcier. Rapidement, le Prince-Miraculé regroupe des hommes dans la région du Sankara, du Tinkisso et du Fouta-Djallon . En 1234, il est ainsi à la tête d’une puissante armée de gens unis par la promesse de liquider le régime terrible de Kanté. Mais les pouvoirs surnaturels de l’homme leur infligent de cuisantes défaites .

Pour réussir désormais, il leur fallait être dans le secret de la puissance magique, dans l’intimité de Soumaoro Kanté . Seules les négociations diplomatiques et la ruse pouvaient venir à bout du Roi-Sorcier. C’est là que Bala Faseke, le dyéli de Soundiata va rendre les meilleurs services. D’abord la sœur de Mari-Dyata, Meniamba Suko dite Sogolon Kolonkan, s’offre comme « épouse  » de Kanté. Et Bala Faseke est chargé d’accomplir cette « mission spéciale d’offrande  » auprès de sa majesté Kanté .

Par sa finesse, sa courtoisie et sa verve étonnantes, Bala Faseke convainc Soumaoro qui s’éprend de la princesse Keïta avec une fougue extraordinaire.
Le mariage est aussitôt célébré. Le jour des noces, l’alcool coulait à flots. Soumaoro Kanté, naturellement se servit royalement. Luxurieux, il voulut connaître aussitôt la tiédeur du corps de la princesse, sa nouvelle épouse. Mais celle-ci s’y refusa, conditionnant tout à son entière mise dans les secrets de son fameux « bien-aimé ». Après des jours d’indécision Soumaoro livra sous l’impulsion de ses sentiments le secret de sa puissance.
« Seul un ergot de coq blanc peut me supprimer, dit-il « . Sogolon satisfait Kanté, profitant du sommeil de son souverain, la princesse se déroba et rejoignit Bala Faseke blotti derrière la porte avec un cheval. Ils l’enfourchèrent aussitôt et se dirigèrent vers le Manding.

Peu de temps après, Soumaoro voulut abuser aussi de la femme de son meilleur général Fakoli Koroma . Ce dernier, offusqué rejoignit ipso facto les rangs de Soundiata. C’est pratiquement dans ces conditions de tensions et de terribles contradictions qu’éclatera la bataille de Kirina ,entre Bamako et Kangaba , sur la rive gauche du Niger. Mais le secret de Soumaoro connu, sa mort était certaine.
Au cours de ces sanglantes batailles, il reçut en pleine poitrine, porté par une flèche, l’ergot mortel. Soumaoro Kanté, transformé en tourbillon, disparaît mystérieusement. Nous sommes en 1235.
Le Mali était désormais libre .

Soundiata le vainqueur de Kirina annexe Soso et ses dépendances : le Baghama, le nord du Beledougou , le Ouagadou ,le Bakounou et la ville de Koumbi .

Rassemblés à Kouroukanfuga, prés de Kangaba, les chefs confèrent à Soundiata le titre de Mansa (souverain suprême). C’est à Kurukanfuga également qu’officiellement la fonction de dyiéli fut instituée et c’est Bala Faseke qui , le premier reçut les honneurs officiels dus à son rang, devenant ainsi l’ancêtre des dyéli, que beaucoup ont appelé à tort griots.

Certains traditionnistes affirment que Soundiata aurait dit à Bala Faseke ce jour – là, face à la multitude réunie :
 » I Dya Alulali !  » ce qui signifie : Fais tout pour toujours les réunir !
Cette expression a donné naissance au terme « Dyalilake  » qui par altération a donné « Dyéli », le terme que nous connaissons aujourd’hui .
En tout cas les Dyéli ont été au Manding des personnages de premier plan .

Au sein du gouvernement de l’Almamy Samory Touré , les dyéli occupaient également des places privilégiées. Fins politiciens et diplomates consommés ils détenaient des postes-clés dans la direction des affaires . Moryfindian Dioubaté était le général d’armée en chef de l’Almamy. Fidèle parmi les fidèles, il sera aussi son compagnon d’exil au Gabon sur l’île Ogoué Cependant, Moryfindian Dioubaté n’était pas seul dyéli dans l’intimité du Fama- autre titre du souverain- Dyéli Amara Kouyate de Sansando était également un conseiller de l’Empereur, c’est lui qui tint tête au colonnel Gallieni pour la fidélité du Dioma-Nugu (actuel sous-préfecture de Sansando, dans la ville de Siguiri) .

Amara dyéli de Médina prés de Gbéléban, Nyama – Kande – Amara Dioubaté, frére de Morifndian (exécuté par les français après l’arrestation de Samory Touré , pour son courage , sa fermeté et sa fidélité ) jouissaient tous de la confiance de l’Empereur.
Le chef de dyéli Demba Lanciné, tué au combat de Gbaratomo (1891 – 1892) et Nolfa Abudu, dyéli du Toron négociant d’achat d’armées officiel de Samory, avec les Anglais, étaient de proches collaborateurs du Fama et sa confiance en ces dyéli était totale car ils étaient assermentés, crédibles et fidèle.

Si certains historiens bourgeois ont comparé le dyéli aux trouvères ou troubadours européens, il nous est aisé aujourd’hui d’affirmer à la lumière de faits historiques concrets que les dyéli, avaient un plus différentiel, car ils aussi étaient des philosophes guidant les souverains, éduquant les princes, prêchant la cohésion sociale. Ils étaient pratiquement la conscience historique de leur époque . Armés d’une pédagogie rigoureuse et souple, véritables ‘’sacs à paroles ‘’ et livres vivants, ces hommes savaient que le verbe était sacré .

On disait et on dit encore au Manding que la « parole peut manger un homme » (kumaye mkö damuna Manden ). Le dyéli, en effet ne doit pas tout dire, il doit taire tout ce qui peut être facteur de désunion, de haine, de guerre. Ce qui requiert une impérieuse éducation inculquant les principes essentiels de la sagesse .

L’Education du Jeune Dyéli .

L’un des objets de cette éducation c’est la maîtrise du verbe comme support de la tradition orale. L’on enseignera donc au jeune dyéli les techniques de l’art oratoire avec toujours un support musical. L’instrument de musique est généralement un balafon . Cependant, le koni -espèce de luth traditionnel- est parfois utilisé chez les Diabaté du Mali par exemple .

Il s’agit en fait d’un véritable système de mnémotechnie. Le professeur Namakouba Kouyaté à ce sujet : « La transmission séculaire de la tradition de bouche à oreille fait ainsi l’objet d’une organisation systématique. Fondé sur exercice intense de la mémoire et une pratique instrumentale rigoureusement calquée sur le modèle du maître, cet enseignement vise à donner à l’élève les éléments de la tradition tels qu’ils ont été conservés afin de lui permettre d’assurer la continuité historique de la société. Toutes les précautions sont prises pour atteindre ce but.

En effet, l’enseignement ne se limite pas à la récitation des listes généalogiques, il se complète nécessairement par la pratique méthodique de l’instrument de musique ancestral . » (2)
Il y a donc nécéssité d’initiation. Si le tam-tam est l’informateur de la société traditionnelle parce que servant à annoncer le plus rapidement possible des nouvelles urgentes ou des faits secrets, cependant, dans le cas du dyéli, c’est le balafon qui est l’instrument-roi.

Son jeu va au-delà des nouvelles événementielles.
Le jeu du balafon pour l’initié est porteur de message historique. La musique inspire l’homme, la parole l’engage.
C’est certainement pourquoi chez les dyéli la parole et la musique revêtent un caractère sacré et deviennent rituelles en fin de compte. La période initiatique est donc très importante parce que l’initiation est le passage de l’enfance-adolescence à la maturité complète, l’humanité totale; le passage de l’inconscience à l’âge de responsabilité et de raison . Namankoumba Kouyate divise cette période initiatique en deux étapes .

La première regroupe l’enfance et l’adolescence . Cette étape pré-initiatique est faite d’enseignement général .

La deuxième est celle initiatique et post-initiatique. Elle est importante, elle est le temps de la spécialisation, l’éducation devient plus systématique et prépare pratiquement le sujet à ses futures fonctions de maître du verbe ‘’Belentigui’’.

Le premier milieu éducationnel de l’enfant est sa famille. Le jeune dyéli y reçoit les premiers cours pratiques. Il vit dans une ambiance culturelle chargée de savoir historique. Le premier souci des parents dyéli est de donner les premières leçons musicales au jeune. Elles lui serviront plus tard de repères mélodiques sur lesquels ou entre lesquels il déclinera les plus longs des grands arbres généalogiques de sa famille, puis ceux de sa tribu, de son royaume et de son pays.
Entre 4 et 6 ans, pour aiguiser son sens de la musique, il apprend à imiter son père et quand plus tard il aura son petit balafon, ses reflexes seront déjà exercés, son talent aiguisé.
Dans ce premier stade d’apprentissage, les erreurs, les fantaisies sont réprimandées par le maître. Rien ne doit en effet altérer la profondeur du message historique. C’est une école de « copie du son  » qui exige : fidélité, sang-froid, mémoire, rigueur. Ici l’oreille et l’esprit doivent cheminer ensemble.

Cependant, dans cette étape pré-iniatique, le jeune dyéli qui n’a pas encore un maître titulaire ne reçoit pas encore les vrais cours d’histoire chantée. Quelques rudiments historiques sur son  » histoire immédiate » l’oriente peu à peu. A travers les épopées , il commence à s’interroger sur de nombreuses choses. Les légendes l’étonnent et le séduisent, les contes l’amusent et l’éduquent imperceptiblement. Tout s’anime devant lui. Curieux, le jeune dyéli veut tout savoir tout de suite et pose énormément de questions.

On lui apprendra, par exemple, que les Keita sont ses « Dyatigi » et les autres du clan Manding des « Tontigi » des hommes libres. Depuis Kurukanfuga , les Koroma, Traore, Kamara etc ; sont frères et amis des Keita.

Parallèlement, l’enfant vit pleinement toutes les activités de son groupe d’âge. Ces activités font éclore sa personnalité. Elles cultivent en lui les vertus de la solidarité, aiguisent le sens de l’abnégation, l’audace, le courage, l’amour de la vérité.
Cette ambiance sociale le sécurise et le privilégie. Les connaissances apprises de manière embryonnaire dans la famille vont être fécondées par le groupe en discussions fructueuses.
Par la suite, les cérémonies de circoncision vont lui apprendre la résistance et l’endurance .

La cadence régulière des réunions villageoises donne l’occasion au jeune dyéli d’épanouir ses talents oratoires en tant que « transmetteur de la parole  » des aînés s’adressant au public. Le dyéli servant alors de  » haut parleur  » (kuma minala) tentera de livrer avec plus d’éloquence les propos du chef en les revitalisant du sel de sa science du verbe, nouvellement acquise. C’est le zèle des prosélytes.
Ailleurs, Il exhortera également ses camarades d’âge au travail en jouant du balafon.

Devenu adolescent, il doit exécuter au cours des fêtes populaires les différents chants des tribus, connaître les formules préludant les grands débats .

Comme cela apparaît, la classe d’âge donne en définitive au jeune dyéli le sous- bassement culturel lui permettant de passer à la classe des hommes, celle des initiés. Cette première étape éducationnelle aura donc été celle de l’apprentissage.
Quelques bribes de connaissances musicales, quelques phrases poétiques emplissent la bourse du savoir du jeune dyéli. Il sait déjà beaucoup de choses séparement. Il lui reste à connaître les liens solides qui les régissent et leurs conséquences. Suivant donc sa maturation physique, l’éducation traditionnelle va avec l’évolution intellectuelle de l’enfant.
Mais c’est la seconde étape de cette éducation qui est la plus décisive . Elle est fondamentale.

La période initiatique : La circoncision est l’étape charnière. Elle introduit le jeune dans le monde des grands. Le jeune dyéli y entre même temps que ceux de son âge. Les cérémonies qui accompagnent cet acte sont grandioses dans la savane mandingue.

A Niagassola, dans le Hamana, dans le Dioma, partout au Manding, ces manifestations atteignent une ampleur indescriptible .

Moment solennel et instant nodal dans la vie de l’adolescent, l’initiation est préparée avec tous les soins. C’est là vraiment que le jeune dyéli fait ses preuves. Lui qui a grandi dans une atmosphère propre au souvenir et à l’inspiration rapide aura un avantage certain sur ses compagnons d’âge.

C’est à la sortie du camp d’intiation qu’un balafon sera officiellement remis au jeune dyéli qui, initié, peut rejoindre le groupe des hommes.

Dans cette seconde vie, le jeune dyéli va apprendre réellement à officier les cérémonies. Mais, il devra apprendre à fabriquer un balafon, connaître les gammes mineures et majeures qu’il peut en tirer. Seuls l’assiduité , la fidélité et les sages conseils des aînés pourront réellement le guider . C’est là qu’apparaît le rôle prépondérant du Belentigui. Les causeries entre le maître et l’élève sont fait autant de cours d’histoire, de pratiques sociales. Au jeune dyéli , il va encore avec plus de sérieux donner des litanies généalogiques qui essaiment les récits historiques pour les étayer de précisions plus fines : les goûts, les couleurs des vêtements, les loisirs,etc.

Le Belentigui met constament en garde son élève sur le caractère sacré de ses propos. Il ne devra donc pas dire des choses pour s’amuser, n’importe où et n’importe quand. Il lui apprend ainsi les épopées des grands souverains du Manding. Pour sortir son élève des « méandres inextricables » de ces généalogies, il lui donne des repères mélodiques, des phrases musicales qui, sitôt jouées, éveillent en lui la suite logique et chronologique de ces longues listes. Son balafon l’aidera dans cette tâche car chaque épisode possède un air chanté spécifique.

Il s’agit donc de chants-archives »comme les gestes de Soundiata Keita ( Soundiata Fasa) de Keme Burema , Dyandyon , Boloba etc …) loin de toute flagornerie , les louanges du dyéli sont presque toujours des psaumes ou transparaissent nettement des paroles de valeur morale réelle.
Le Belentigui apprend l’art des poèmes chantés à son élève, qui ont un rôle de balance entre les parties récitée et les partitions instrumentales .

Du point de vue de la valeur didactique, ces séquences musicales visent à inculquer dans l’esprit de l’enfant des éléments historiques dont la simple évocation retrace des pages d’histiore entières.

Si le dyéli s’occupe essentiellement de l’histoire générale de la société. Il y a cependant d’autres traditionnistes dont les connaissances nous édifient.

B- LE SÈNÈ DYÉLI

Les Sènè Dyéli sont des groupes d’artistes traditionnels spécialisés dans l’exhortation des vertus de la terre. Ils s’adressent à tous les hommes afin qu’ils comprennent que sans la terre l’homme n’est rien. Ils participent aux travaux champêtres par leurs jeux de tam-tam et la beauté de leur mots , ils excitent les paysans aux labours .

Les Sènè-dyéli ne connaissent pas l’histoire globale de la société, il chante les héros de la terre : les « konkobas »
Ils sont comme les Séréwa de grands panégyristes .

C- LES SEREWA

Ils sont des chasseurs pour la plupart . La brousse n’a point de secret pour le vrai « Séréwa ». Ils chantent les prouesses de leurs confréries ou de leurs corporations. Ils se chantent aussi en racontant leurs expériences des hommes et des choses.

Les Sènè-Dyéli comme les Serewa s’occupent de domaines et de groupes spécifiques de la société.
Ils ne sont pas en réalité détenteurs privilégiés et autorisés de la Tradition historique. N’empêche quand même qu’ils puissent nous être utiles par l’apport de données sociologiques complémentaires qu’ils peuvent offrir.

(1)Ibn Battouba cité Joseph Ki Zerbo in : Histoire de l’Afrique Noire . Editions Hatier – Paris 1972. 139 (2)Kuyate (N) : Recherches sur la Tradition Orale au Mali (Pays Manding ) Alger Déc. 1970 p.29

LE GAWLO

Héraut, généalogiste, exceptionnel médiateur et entremetteur, musicien, le gawlo est par-dessus tout un grand homme de culture possédant un savoir quasi encyclopédique. Les mots justes, la beauté des périphrases, la recherche passionnée des anagrammes, la force incisive et persuasive des maître du verbe. On pourrait dire que le Gawlo est le dyéli du Foutah.

Quand il ouvre la bouche, ce qui en sort est nimbé de métaphores, de litotes, de tournures archaiques (conservées pour leur authenticité ). Légendes, épopées, poésies, contes et caetera , tout est dit avec un art oratoire consommé.

Gawlo est le singulier de awlubhe : les Awlubhe comme les dyéli sont des hommes de castes comme l’écrit le professeur guinéen Bonata Dieng : « ce sont des musiciens chantant les louanges du Prophète ou celles des castes supérieures, mais aussi des guérisseurs. Maîtrisant les « asko »(1), c’est à dire qu’ayant une parfaite connaissance de la généalogie des nobles auxquels ils sont attachés… Enfin, spécialistes des relations sociales, les Awlubhe interviennent pour régler des problèmes de mariage, de divorce, de réparation de torts et d’outrages etc… Là, la liberté de leur langue et leur franc parler avec tout un chacun facilitent la tâche conciliatrice ou réconciliatrice . »(2)

Chaque Gawlo a la charge éducationnelle de son enfant. Mais au cas où il n’est pas bon instrumentiste, il le confiera à un autre plus compétent ou doué que lui.

Généralement , c’est après la circoncision qu’on apprend au jeune gawlo le « asko ». Les hommes se spécialisent ainsi dans la déclinaison des généalogies et les jeunes filles dans les chants et danses de cérémonies : le « yélaa » et le « sayaa ». Lors des veillées, elles simulent des mariages, des baptèmes ou autres cérémonies, les parents leur en « expliquent’’ les paroles .

Quand un Gawlo est émérite, il devient ‘’Farba’’, c’est le titre honorifique consacrant avec faste le haut degré de connaissance historique atteint par un gawlo.
C’est donc un privilège d’une importance nodale dans la vie d’un maître du verbe .
« La nomination au titre de Farba était l’occasion d’une concurrence acharnée entre les différents prétendants, d’autant plus que dans chaque diwal (province) plusieurs awlubhe luttaient pour la suprématie. Chacun d’eux avait maîtrisé à l’école paternelle la chronique et la narration épique ; chacun d’eux était musicien accompli et un politicien dont les sages conseils avaient fait leurs preuves (…) .
C’est donc le chef diwal qui choisit parmi les concurrents celui qui serait son farba. Il choisira celui qui réunit les meilleures aptitudes, c’est-à-dire celui qui saura égayer ses veillées, galvaniser ses hommes et qui, aux rencontres des chefs, saura de la plus haute et plus belle voix , déclamer des heures durant ses louanges et les hauts faits de ses ancêtres .’’
Le Farba, à la différences des autres Awlubhe de la province portera un turban rouge : son exceptionnel signe de distinction pour ses nombreuses victoires de joutes oratoires fleuries de connaissances et de sagesse.

Le père qui confie donc son enfant au ‘’Farba’’ est indubitablement assuré de sa formation. Après un séjour de deux à trois ans, l’élève retounera dans sa famille où ses connaissance en « askö » seront éprouvées par un dignitaire. En présence d’un auditoire averti, il devra déclamer le « askö » appris. Si ce test oral révèle un brillant sujet et confirme ses acquis culturels, les parents heureux offriront des présents au maître et des cadeaux à l’élève.

L’étude approfondie des « askö » est le souci majeur du bon gawlo. Par exemple le Farba El hadj Hamady Sow de Tata (Labe) est allé jusqu’au Sénégal apprendre le « asko » des Toucouleurs, des Torobhè, il s’est rendu à Timbo puis à Singuéti dans la région de Gaoual pour y apprendre la geste des Kalduyabhe c’est à dire celle de Alpha Yaya.

Au Foutah théocratique, un Chef sans Farba est considéré comme un isolé, sans conseillers. Parce que le bon Farba ose dire la vérité à un Chef mieux, quelquefois, le guider même. C’est lui qui joue pour le souverain, pour le distraire ou l’instruire. Il connaît le Coran et n’hésite pas à citer des versets pour consolider son argumentation.

Les chansons des Awlubhe sont de véritables poèmes. Voici le « asko  » dédié à Alpha Ibrahima
FARI
Yeddetaake yoo , Fari , yeddetaake ! !
Mô yeddi Fari maaya
Mô Fari yeedi maaya !
Landho tikka mödyo tyerdi,
I tô mbaggu työndi,
Landho waado naange, nangee
Tellô, gue wadha tyereli !
Hettyere wambe , seeka mbootu
Tellinô fero dyon saare
Dyodho dyanga Rimaawu !
Wogô wôgôondu maundu
Wogô wurô ,wettô dyon saare.
Ngatan poolu maungu
Fadha maunge,widho gaynaakö
TRADUCTION :

FARI : GRAND CHEF

Grand chef ! ton pouvoir est sans limites ;
Qui te contredit périt
Qui tu contredis périt !
Lorsqu’en campagne tu entres,
Tes fusils tu charges !
Le soleil ne brille qu’après ta victiore !
Très tôt , du dos maternel tu es descendu,
Renverser les trônes des tyrans
Et comme si de rien n’était, réciter le Coran
O ! toi grand loup qui disperse les troupeaux
Et terrorise les cités :
O ! toi Grand Lion qui ,
Du bœuf le plus grand n’en fait qu’une bouchée
Et qui , sans coup férir , fais fuir le berger !

Chez les awlubhe, les femmes ne sont pas autoriser à posséder le « askô ». Elles chantent et dansent principalement. Cependant, elles peuvent librement reprendre en chants les déclamations des hommes. Ce faisant, elles participent ainsi à l’encensement du souverain et peuvent participer au ‘’yelaa’’.

Le « Yelaa » est une musique de cour, sorte de sérénade propice à égayer les veillées royales Le rythme est lent et majestueux. La danse est si noble qu’elle est pratiquement dominée par l’aspect choral. C’est pourquoi il ne serait pas faux de dire que le Yelaa est plus chant que danse .

Mais c’est le Sayaa qui est réellement une danse . Son rythme est rapide, crescendo , il devient vite envôutant et fulgurant. Sur des calebasses renversées, sur des bassines remplies d’eau (les dyidundun ), des baguettes percutent pour donner une batterie infernale qui finit par dominer les chants. Le Sayaa est exécuté surtout au cours des mariages ou à la veille des cérémonies initiatiques .

(1) asko : déclamations généalogiques
(2)Dieng (B) : Monographie des Awlubhe du Foutah Djallon. Mémoire D.E.S I.P.G.AN.C. 1970 p. 23

LES DERNIÈRES PAROLES DE DEMBA

LE DRAGON DE LA CHANSON AFRICAINE

Ils sont très nombreux ,-oui-très nombreux , ceux qui comme ont connu Demba , mais peu , très peu sont ceux qui comme moi ont eu le privilège de pénétrer son intimité.
Cette révélation , je la fais avec modestie mais non sans fierté, car Demba était pour moi plus qu’un ami, il était un frère : le dragon de la chanson africaine. Pour avoir reçu de lui, fraternité, amitié et confiance, je me dois de vous livrer les dernières paroles de Demba, disons la dernière interview fraternelle à coeur ouvert: Demba répondant aux questions que mon frère Ahmed Tidjane Diop de Radio Sénégal et moi même, lui posions quelques jours seulement après le 9 ème festival national, c’est à dire quelques jours avant Dakar.

* Demba Camara, voilà bientôt 12ans que vous êtes chanteur du Bembeya –JazzNational . Que signifient donc pour vos douze ans ?

– Ces 12 ans sont pour moi et pour moi et pour mes amis de l’orchestre synonymes de réussite.
Mais attention, prenez garde de croire que cela a été facile pour nous. Nous nous sommes battus, sérieusement battus pour devenir ce que nous sommes aujourd’hui. Et dans notre combat, nous avons toujours reçu de notre Peuple et de notre Parti, un soutien inconditionnel dont nous leur serons toujours reconnaissants.
Au public africain qui nous a surtout connus grâce à notre 33 tours «Bembeya Jazz-10 ans de Succès» vont également nos fraternelles et militantes amitiés.

* Mais comment êtes vous venu à la chanson?

– De la manière la plus simple. Au début, j’aimais beaucoup la musique et aussi j’avais un faible pour la danse. De danseur donc je suis devenu chanteur sur les conseils de Emmanuel Katty actuellement animateur de la Voix de la Révolution, autrefois chanteur. Cela se comprend bien pour qui connaît l’Afrique car chez nous, le chant appelle à la danse. Ainsi, ne pouvant pas toujours faire appel à mes amis pour chanter afin que je puisse danser, j’ai décidé de faire les deux à la fois. Alors j’ai commencé à chanter .
Avant d’en finir avec cette partie, je dois vous dire que la première troupe de mon comité Kabada II à Kankan a évolué sous ma modeste direction .

* En matière de musique il est dit : «Toutes les voix expriment un sentiment mais peu de voix savent les communiquer ». Mais vous, Demba vous savez le faire, comment vous y êtes-vous pris ?

– D’abord merci, pour ces compliments. Je dois à la vérité de dire que je participe à mes chansons, c’est-à-dire que j’essaie de tout mon être de me laisser pénétrer par elles afin de pouvoir pénétrer le coeur des autres. Mais comme vous pouvez l’imaginer, c’est un travail très difficile. Il faut du courage et de la persévérance. Je crois que si mes chansons sensibilisent c’est que souvent, je chante ce que tout le monde peut chanter avec moi .

* Pour ce faire, êtes-vous chanteur populaire ou alors seulement chanteur des chansons populaires ?

– Je crois être les deux à la fois mais je suis certainement plus l’un que l’autre, c’est-à-dire chanteur populaire. Car, par exemple, enregistrant dans un studio et communiant en direct avec le public, je ne suis pas toujours le même. La preuve: des disques comme Tentemba et Mamie Watta (Ambianso) enfin Whisky et Soda.

* Alors quells sont vos chansons préférées ?

– Sans trop de bavardages d’abord « Regard sur le passé », Toumaran, Tentemba (d’ailleurs j’ai un side-car qui porte ce nom ) ensuite Mamy Watta que j’appelle aussi Ambianso ou ambiance et enfin si vous voulez tout le reste.

* Avez-vous un message pour le public sénégalais qui vous attend avec une grande impatience,?

– Oh! Oui dites-leur simplement que nous arriverons. Le reste du message nous le dirons à Dakar nous-mêmes.

* Et la musique sénégalaise vous inspire-t-elle quelque chose ?

– Oui , j’aime beaucoup la texture de cette musique , surtout le calme dynamique de ses chanteurs. Enfin je puis vous dire (entre nous) que j’ai dansé le «Sabar» dans les quartiers de Dakar.

* Aux musiciens sénégalais et africains, avez-vous quelques mots ?

– Nous devons savoir rester authentiques tout en nous ouvrant aux valeurs universelles. Cela est très important.

* A présent en tant que chanteur national, quelle est votre mission Demba Camara?

– Eh bien! C’est un point sur lequel je ne suis pas bien compris par mes amis de Bembeya, car je leur dis toujours qu’à partir du moment où nous avons été consacrés orchestre national, moi Demba, je me considère comme membre de toutes les formations musicales guinéennes. Et c’est pourqoi d’ailleurs je dois bientôt enregistrer deux morceaux avec le Kalum Star de Conakry I. Il s’agit de deux chansons pathétiques: «Sala Donso» qui sera le premier blues africain authentique et elle a une partie commentée par qui sera faite par mon frère Justin Morel Junior. Ce morceau est l’opposé de Tentemba qui est en réalité le premier rythme authentique africain. Il vient du Ouassoulou .
Enfin la deuxième chanson c’est « Ile Mousso ». Une chanson tres particulière. Ces deux chansons, nous allons bientôt les enregistrer. Ce sera certainement avant Dakar car le Kalum Star entrera bientôt en studio.

* Avant Dakar , avez vous quelque chose pour le Peuple de la Guinée ?

– A ce peuple , à mon Peuple qui m’a donné ma liberté, ma dignité, je fais le don de ma vie.
Pour terminer , je dois vous dire entre frères que Dakar 73 sera pour Bembeya la consécration totale , tout est prêt. Tout.

Après le drame de Dakar, de retour à Conakry , à l’aéroport international Conakry-Gbessia, Ahmed Tidjane m’a dit, les larmes aux yeux: «Demba a vu Dakar, Dakar n’a pas vu Demba.» et je lui ai répondu: «Oui, Dakar n’a pas entendu celui qu’il avait attendu. C’est bien malheureux! ».
Avec cette fin dramatique, le mythe Demba commence : fantastique.
Justin Morel Junior
Extrait du journal Horoya du 14-04-73 Page 7

ET LA MUSIQUE HALPULAR EXPLOSA…

La musique halpular semble exploser subitement dans le hit parade national au grand étonnement de nombreux mélomanes qui avaient juré que cette musique là ne pouvait se débararasser de son style marqué par la récitation d’éternelles litanies généalogiques.

Mais voilà que la réalité les dépasse et les musiciens halpular font cartonner leurs succès, depuis qu’un certain 2 aout 1997, un artiste nommé Yéli Sayon par sa musique simple, sincère et synthétique bouleversa l’ordre des valeurs établies. Le secret de sa réussite tient d’une part à son indéniable talent et d’autre part à l’expérience culturelle de Justin Morel Junior , son producteur .

En effet depuis que JMJ était journaliste, il portait un intérêt particulier aux ensembles qui exploitaient le folklore peulh comme celui de Tougué, le Kolima jazz de Labé,le Télé-Jazz de Télimélé et autre Kinkon Jazz de Pita. Plusieurs tournées à l’intérieur l’avaient convaincu de la richesse de mélodies pastorales.C’est pourquoi devenu réalisateur,son premier clip vidéo sera également consaré au défunt Sadio Bah dans son titre ‘’Yérélélé » .

Restait à la musique du Foutah de trouver un porte-voix capable de tordre le cou aux ritournelles traditionnelles, d’associer aux belles mélodies des textes sensés dans une musique dynamique. En découvrant Yéli Sayon ce guitariste –chanteur, JMJ venait de gagner le pari. La preuve: le retentissant succès de l’album bien nommé ‘’Foutah Djallon’’.

Pour la première fois et pour longtemps le folklore peulh venait s’installer dans la première loge du hit parade national avec des titres comme  »Mahin, Hare Faroden » (Avancez!). Par cettte porte grande ouverte Sékouba Fatako et Petit Yéro sauront chacun, avec sa personnalité entrer pour continuer à bercer et à faire danser un peu partout dans le pays.

Ce nouveau mouvement n’est pourtant pas le fruit du hasard. Avant ces deux artistes, des musiciens modernes comme Diallo Breveté, Binta Laaly, Abdoul Gadiry Diallo’’l’international’’, Ahmadou ‘’Accordéon ‘’ Barry, Mike Paraya et surtout Doura Barry avaient déjà eu des succès d’estime mais l’histoire retiendra que c’est Yeli Sayon qui fit le premier la révolution de la musique peulh moderne.

Cela a été possible certainement grâce à l’intelligence de Yéli Sayon, la beauté de sa voix mais aussi à la fusion mélodique et rhythmique réalisées par des musiciens venus d’horizons culturels guinéens différents et même de la Sierra Leone voisine.

C’est aujourd’hui une véritable pléiade de musiciens halpular qui débarquent sans complexe dans l’arène nationale ce sont entre autres parmi les plus poulaires : Lamarana Sidibé, Mamadou Barry, Ismael Touré, Tikho Tokoun, Léga Bah, Thianguel Barry…

Ils sont tous cependant redevables aux pionniers comme Sarsan de Mamou, Modjere Bah, Fatou Nylon, Ilou Djohere, Sory Kandia Kouyaté,Mouctar Baldé, qui les premiers interprétèrent publiquement ces mélodies des montagnes du Foutah dans leurs langueurs tourbillonnantes. Timidement la saga commençait pour atteindre aujourd’hui la notoriété nationale que les mélomanes saluent avec enthousiasme.

LA PETITE HISTOIRE DU BOLON

De nos jours la vie des hommes est impensable sans musique . Celle-ci est inimaginable sans instrument. Pourtant, c’est la nature qui, la première inspira les hommes qu créèrent les premiers instruments de musique. La légende, on la connaît… « le dieu égyptien THOT, se promenant un jour le long des rives du Nil, découvrit une carapace de tortue évidée, à laquelle adhéraient encore des tendons. L’air faisait vibrer ces tendons comme des cordes, sur cette caisse de résonnance primitive. C’est ce qui inspira au dieu égyptien l’idée de la première lyre.
La flûte elle, naquit des sons que le vent faisait naître en s’insinuant dans les roseaux … ». La légende est longue mais elle cotoie l’histoire.

Les instruments de musique sous le flux talentueux, imaginatif et inventif de l’homme ont dépassé la nature et atteint la société pour se mêler à toutes ses activités. Tel est le cas du bolon, cette espèce de contre-basse africaine. Instrument de chansons guerrières, il est surtout célèbre dans l’Afrique mandingue du moyen-âge. Il accompagnait toujours les guerriers ou simplement le plus brave guerrier de l’armée royale. Le joueur de bolon est de ce fait témoin oculaire des combats. En chantant, il parle aux gueriers, vante leurss mérites, gonfle leurs poumons de témérité. Tous les ordres militaires dictés par le roi, relatifs aux comportements stratégiques sont repris par lui, mieux commentés pour donner plus de vivacité à chacun et hâter la victoire.
La bataille engagée :

Malgré la chaleur et l’âpreté des affrontements, le boloniste ne devra jamais quitter ni la chaleur, ni l’apreté des affrontements. Le boloniste ne devra jamais quitter le champ de bataille. Car lui, plus que nul autre, doit donner espoir au soldat qui n’en a plus ou peu .

Par l’appel constant à la lutte , par le rappel des consignes royales et l’honneur des ancêtres à sauvegarder . Après le combat , sur les chemins du retour, le seul son de son instrument infprme les villegeois de la défaite ou du succès de la mission à des distances considérables. Alors tous se dirigent vers la place publique . Le roi en tête va s’installer majestueusement sur son trône, entouré de sa cour, des guerriers, des populations locales et environnantes.
Tout le monde est là attentif, les oreilles tendues, le cœur en alerte. Un silence. C’est le moment solennel. Le joueur de bolon, d’un regard d’aigle fige sur lui toute l’assemblée. Témoin de visu, il est plus qu’un reporter autorisé . Il prend la parole, retrace avec fidélité le film des batailles. Du son grave de son bolon, il explique tout, fait revivre avec verve l’atmosphère des combats .
Louant ceux qui le méritent, réprimandant les autres, chante la geste des morts. S’adressant enfin au roi, il lui dit comment tout le succès n’a été possible que grâce à sa sagesse, à ses enseignements et à son intelligence.

‘’Tu n’a pas fini de grandir,
Tu grandira encore.’’

En cas de défaite, il fait renaître l’espoir, exhorte les guerriers à toujours mieux faire et les populations à faire confiance .

‘’Notre destin est toujours plus grand. Nous devons savoir rester grands même dans la défaite qui n’est que provisoire. Le monde ne s’arrête pas avec aujourd’hui.’’

Le contact facile, le boloniste a toujours des mots pour chacun et les notes de son instrument pour tous. Quelque soit l’issue des batailles; le chef, les guerriers et les populations se quittent toujours l’espoir au cœur par la magie du verbe du boloniste et peut être le mystique du bolon.

Justin Morel Junior

ZAINOUL ABIDINE SANOUSSI ’’ZAS’’

UN BAOBAB DE L’INTELLIGENTSIA GUINEENNE EST TOMBÉ

LE TEMOIGNAGE DE JMJ

ZAS ! Zainoul Abidine Sanoussi, je le connais depuis une éternité. Je l’ai rencontré pour la première fois dans les années 60, alors qu’étudiant, il vivait dans la famille Turpin, au quartier Almamya, que je fréquentais aussi à cause de Nico, mon ami d’enfance.

Les Turpin, une famille d’origine bissao-guinéenne, où le charismatique leader Amilcar Cabral venait régulièrement voir son compagnon de lutte de première heure, M.Richard Turpin dit Böbö, le père de mon ami.

Zainoul, avait été surnommé affectueusement Bapou, pour sa tête que l’on trouvait un peu grosse, mais que lui disait, bien pleine. Avec Pablo, Salva et Helmut…il formait un quatuor de feu. Des jeunes intelligents, frimeurs et même flambeurs à leurs heures de gloire. Bref des adolescents, moulés dans le creuset d’une éducation révolutionnaire qui faisaient et refaisaient le monde toutes les nuits, au rythme de leur réthorique cuisinée à la sauce du matérialisme dialectique, où les héros avaient pour noms: Hegel, Marx, Engels, Lénine, Che, Fidel, et j’en oublie encore …

J’ai donc connu Zas avant même sa vie d’homme politique. Je l’ai connu étudiant brillant et sûr de lui, professeur exigeant et percutant, ami fidèle et perfectionniste…

Zas était un amoureux du beau, du vrai, de l’original. Homme de toutes les passions, il savait se battre pour ses idées, pour ses amis et combattre ses adversaires avec un panache dévastateur. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, tout le monde reconnaissait en lui un homme compétent, communicateur et qui était resté, malgré toutes les situations administratives et promotions qu’il avait connues, l’éternel enseignant, toujours soucieux du détail. Il était un homme entier, à prendre ou à laisser…

Historien de formation, Zas cultivait le sens de l’analyse. Avec sa mémoire d’éléphant, il était capable de confondre plus d’un, sur le terrain de la logique méthodique et scientifique. Sur ce plan, il fut souvent incompris dans ses réactions. Ses colères étaient légendaires, mais toujours passagères. Ses cris n’étaient pas des cris, il avait simplement, la voix haut perchée, la déformation de l’enseignant qui doit se faire entendre jusqu’au fond de la salle. Sa mère qu’il adorait, disait toujours de lui :’’ Bapou aime crier, mais il n’est point méchant…’’. Il avait surtout la répartie facile et la culture de la compagnie avec cette amicale tentation à toujours jouer au ’’grand frère’’, au ‘’patriarche éclairé’’

Communicateur de talent, il aura vécu certainement les plus beaux moments de sa vie quand il fut ministre de la Communication. Là, il n’hésita point, il innova en s’entourant de cadres sémillants et compétents, aimant le travail collégial. Et lui, en chef d’équipe averti, initiera la première révolution de la presse guinéenne, ouverte au jeu libéral et à la démocratie. Il va impliquer tous les médias (radio, télé, journaux) dans un vaste mouvement de créativité et de liberté responsables.

Sous son impulsion personnelle, tous les médias publics feront plus que leur toilette. Ils vont changer pour s’adapter à la Guinée nouvelle. Avec, en prime, une recherche constante de la spécificité nationale. Il fera la chasse aux médiocres, bonifiera les créateurs. Il inventera le Feskora, les semaines artistiques et culturelles, la nuit des Oscars, les semaines de l’Unesco, les Concours nationaux de la percussion, la nuit des Etoiles; il célébrera les artistes, invitera Aragon, Kassav, Tshala Mwana, Mpongo Love, José Missamou; fêtera les 10 de la Télé nationale avec éclat et encouragera la création de grandes émissions de débats politiques : Causerie Libre avec le Chef de l’Etat, entouré de ses ministres, une première mondiale… Point d’Interrogation… Des programmes qui ne survivront pas à son départ.

C’était aussi un fana des gadgets électroniques (téléphones, ordinateurs, cameras, tv, etc.), il avait un plaisir amical, connaissant aussi ma passion, dans le domaine, à frimer devant moi, quand il avait du nouveau. Il m’appelait pour partager la nouveauté, en admirer les performances, et très souvent pour m’en offrir…

Zas et moi, Il avait pour moi une fraternelle admiration et un respect intellectuel que j’ai toujours voulu garder intacts, malgré les vicissitudes du temps, malgré les charges de ses diverses fonctions.
Il savait que j’avais le courage de mes idées et adorait discuter avec moi, travailler avec moi. Il me rendait souvent visite pour échanger ou recueillir mon modeste avis. C’est pour ces raisons, je crois, qu’il n’a jamais hésité à me donner l’opportunité de m’accomplir professionnellement. Je lui en garde une reconnaissance éternelle.

Parrain de mon mariage, il fut pour mon épouse Marguerite , nos quatre enfants et moi-même, un attachant conseiller dans les moments difficiles, au carrefour de nos destins croisés.

Zas malade. Chacun de ses amis et de ses proches a vécu dans sa chair cette lente agonie, cette inexorable descente vers la mort. Chacun a vécu, presque en direct, le combat d’un homme qui aimait la vie et qui voulait vivre pour servir longtemps encore son pays.
Depuis deux ans, tout le monde le voyait fondre à l’écran dans les reportages sur ses activités ministérielles. Mais Zas, n’était pas de la race des hommes qui abandonnent le combat face à la mort.

En février dernier, je lui rendais visite dans la chambre 260 de l’ Hopital Américain, à Paris. Malgré son mal apparent, à ma vue, il a crié son bonheur avec une voix de stentor. J’étais aussi heureux de retrouver là, son ami de toujours, Souleymane Baldé, avec lequel il avait longtemps enseigné dans les universités guinéennes, à Kankan et à Conakry.

Pour la petite histoire, ils avaient longtemps partagé la joie de posséder une 504 Peugeot, au début des années 80, dans les périodes difficiles de leur jeunesse. Cette voiture, ils l’avaient surnommée : ‘’la mandarine’’, à cause de sa couleur visible et peut-être des senteurs de son intérieur. Zainoul avait soutenu une brillante thèse sur l’ethnie minoritaire des Nalous de Boké, préfecture dont lui même était originaire. Né il ya près de 58 ans.

Zas, homme de famille, était marié à Geneviève Millimono dont il avait eu quatre enfants. Deux garçons (You et Che) , deux filles (Helène et Raissa). Ils pleurent aujourd’hui un père dont ils peuvent être fiers, car peu de guinéens peuvent se targuer d’avoir eu une vie aussi bien remplie, un parcours aussi flamboyant dans la durée : universitaire, plusieurs fois ministre (éducation, jeunesse, information, culture, tourisme, intérieur-décentralisation, affaires étrangères), délégué à l’Unesco, diplomate aux Nations unies et au Japon, conseiller du chef de l’Etat.

Mais le titre dont il était le plus fier lui-même, a toujours été, celui de professeur… Dites, Professeur Zas, et il était aux anges…avant même ce jour fatidique du 25 avril, qui nous arrache cet autre baobab de l’intelligentsia guinéenne.

Le dimanche 22 avril 2001, je suis venu voir Zas, au Centre International Médical de Conakry, à son chevet, Dr Richard Turpin, homonyme de son ancien tuteur, spécialement dépêché de Paris, pour l’assister durant son voyage retour de la France. Il le massait patiemment, quand, exceptionnellement, j’ai été admis dans la salle de soins intensifs. Le médecin lui annonça alors :’’ Bapou, Bapou, c’est JMJ…’’.

Zas murmura à peine et referma les paupières. Je ne pus retenir mes larmes. J’avais compris. Je me suis retiré pour rejoindre bouleversé à jamais, le grand cercle des amis qui attendaient dehors et qui n’avaient pu accéder à lui. Car Zas, c’était ça son fort : des amis partout et beaucoup d’amis. Des ennemis aussi, peut-être, nés dans le tumulte de la vie, des contradictions politiques, des frustations occasionnelles et des rancoeurs accumulées. Des rivalités humaines, tout simplement. C’est la vie. Aucun destin ne s’accomplit sans incompréhension.

Zas était un être fidèle et la présence d’un Turpin achevait de me convaincre. La boucle était bouclée. ‘’Aboré, Punto Final’’, comme il le disait lui-même.

Croyant, Zas le fut en tous cas. Sa foi, il la pratiquait avec réalisme et son credo, il le clamait toujours :’’ Il n’y a de Dieu que Dieu! Et quand, au cours de discussions, il arrivait à son interlocuteur de dire ‘’’Dieu est grand’’, Zas répliquait toujours : ‘’ Dieu n’est pas grand, Il est la grandeur ! ’’

Il rejoint le Seigneur dans sa grandeur; Fasse Dieu qu’il partage les splendeurs du ciel dans un repos éternel. Amen.

Justin Morel Junior

SEKOUBA BAMBINO REÇOIT SON DISQUE D’OR  »AFRICANDO »

C’est en présence de nombreux ministres, diplomates, fans, parents et amis que le célèbre chanteur guinéen, memdre du groupe international AFRICANDO, a reçu son disque d’or pour l’album BETECE, cet après-midi du 23 aout 2001 à l’HOTEL CAMAYENNE.

En lui remettant le disque du précieux métal, le Ministre de la Jeunesse A.Kader Sangaré a précisé en le congratulant qu’une plus grande fête lui sera très prochainement dédiée. Un gala national pour célébrer le jeune vertueux et talentueux qu’est SEKOUBA BANBINO dont la modestie rime avec sa popularité.

Rappelons que Sekouba a été gratifié aussi d’un Grammy de la BBC, remis également au cours de la cérémonie. Le manager de la maison Syllart Productions est venu à Conakry pour superviser l’évènement. Parmi les invités de marque, le Directeur Général du BGDA, Riad Chaloub a salué dans une émouvante interview le succès de Bambino et espéré que l’exemple Bambino soit suivi pour assurer la reconquête de sa  place de pionnière de la Musique africaine.

Toutes les vedettes guinéennes s’étaient données rendez-vous pour saluer le brillant transfuge du Bembeya Jazz National. Le Bembeya était  là au grand complet pour vanter les mérites de Sékouba et surtout la simplicité qu’il su garder et ses excellentes relations avec le groupe malgré ses nombreuses sollicitations internationales.

BEMBEYA JAZZ NATIONAL….LA RECONQUETE ?

Les musiciens du légendaire Bembeya Jazz National quitteront le 6 septembre Conakry pour une grande tournée sénégalaise. Ce séjour qui se veut historique passera par Dakar, Ziguinchor  et Tambacounda. Les organisateurs annoncent même une excursion musicale sur Banjul en Gambie. L’orchestre qui répète depuis le mois d’avril a promis de relever le défi en comblant tous ses fans de musique authentique durant toute une quinzaine.

Le Directeur Général de l’Agence Guinéenne de Spectacles, M. Isto Keira,  qui a goupillé toute cette opération en partenariat managerial avec des spécialistes sénégalais, confirme le sérieux de l’opération qu’il situe volontiers dans le cadre de la célébration des 40 ans du groupe mythique.

L’Agence de promotion Cocorico de Siré Diabaté a, dans une intervew accordée à la RKS (Radio Kaloum Stéreo) insisté sur le professionnalisme qui caractérise cette véritable fiesta que prépare le Bembeya pour le public sénégalais. Le Sénégal où plane encore l’ombre tutélaire du  »Dragon de la Chanson africaine », le chanteur Aboubacar Demba Camara, mort à Dakar le 5 Avril 1973, victime d’un terrible accident de la circulation.

Les stars du Bembeya sont au rendez-vous, le virtuose Sékou Bembeya, « Diamond Fingers », à la guitare solo, Youssouf Ba, est de retour, apres ses problèmes de santé; Sékouba Bambino est en tournée au Canada, mais promet de rejoindre l’orchestre tres rapidement.

Bembeya pourra-t-il accomplir le miracle…? Lui sera-t-il possible de reconquérir le public sevré depuis une éternité ? A suivre…

EXCLUSIF YOUSSOU NDOUR

La célèbre vedette sénégalaise Youssou Ndour a profité du séjour du Bembeya Jazz National au pays de la Teranga pour rendre un vibrant hommage au légendaire orchestre et à la musique guinéenne.

<<  Pour moi, le Bembeya, c’est emblématique, mais c’est surtout une légende. Quand j’ai entendu la publicité, je me disais que c’était pas vrai. On se rend compte que c’est une réalité, maintenant, bravo à tout le monde: les musiciens d’abord, les gens qui ont aidé à ce que le groupe soit reformé, à ce que le groupe se déplace, à ce que le groupe spécialement vienne au Sénégal à Dakar et aussi qu’aujourd’hui je me retrouve dans mon club, le Thiossane, que le Bembeya y joue, ça me fait énormément plaisir.

Surtout quand on parle de la musique guinéenne, cette musique qui nous a tant donné, énormément donné; pour moi les méga stars ce sont d’abord des chanteurs comme Kouyaté Sory Kandia, Boubacar Demba Camara, pour moi ,ce sont ces gens qui m’ont fait aimer la musique…… Manu Dibango, pour moi c’est ça des méga stars.

La musique guinéenne elle est ce qu’elle est avec énormément de mélodies surtout. Les grandes compositions aujourd’hui de la musique ouest-africaine sont forcément, à plus de 50% des compositions guinéennes et les grandes voix ouest-africaines sont forcément à près de 50% ou plus de 50% guinéennes, donc pour moi la musique guinéenne avec toute cette facette avec tout ce mouvement de diversités, elle reste quand même une des musiques de base de la musique ouest-africaine et généralement africaine.>>

Propos recueillis par Moussa Mara

SOCIETE: MGR ROBERT SARAH:  » JE DIRAI TOUJOURS LA VERITE, LA VERITE LIBERE L’HOMME  »

Conakry, 19 novembre 01 – Dans l’homélie de ses adieux à la Guinée, au cours de la messe d’action de grâce concélébrée à Conakry , ce dimanche 18, Mgr Robert Sarah a confessé. Extraits:  » Des commentaires tronqués de mon adresse au dîner organisé par le gouvernement   ont été rapportés au Président de la République. Je vous prie de lui remettre la copie originale de mon intervention. J’ai toujours été exigent dans la proclamation de la vérité et je mourrai au service de la vérité car, elle seule libère.

Vous savez combien je vous aime et combien j’aime ce pays. Mais je me sens rejeté, au moment où je quitte  la Guinée et cela m’attriste. Je supplie Dieu Tout-Puissant de maintenir la Guinée dans la paix et la justice. Durant mes 22 ans de ministère en Guinée, si j’ai blessé quelqu’un, qu’il me pardonne, car je l’aurais certainement fait par devoir….Que cette messe d’action de grâce soit le moment et de réconciliation. Comme vous le savez, j’ai toujours fait un examen munitieux de la situation socio-politique nationale…

Aux jeunes, je dis: Ayez la hantise du travail bien fait et menez le combat contre la corruption. Que le soleil ne se couche jamais sur votre colère. Engagez-vous avec générosité dans le débat politique et n’entrez point dans les violences qui détruisent l’Afrique. Et vous, parents, il faut montrer aux jeunes par la parole et l’exemple, qu’ilest possible à des hommes et des femmes de caractère de résister à certaines tendances de notre époque, ou même de modifier le cours des événements et de prouver ainsi que le torrent n’entraîne pas le rocher. Seul le sable est emporté par le courant. Le rocher au contraire, détourne le cours du torrent. Mais y a-t-il aujourd’hui des rochers….  ».

Ce sermon prononcé en guise d’adieu a ému plus d’un guinéen, chrétiens ou musulmans, car Mgr Robert Sarah a toujours cultivé la différence fondée sur la quête constante et courageuse de la vérité. Comme il se décrivait lui-même, deux jours avant, au dîner offert par le gouvernement guinéen:  »   une sentinelle, un guetteur à la porte de la cité guinéenne. »

La cérémonie qui a duré environ trois heures, a connu la participation de 15 à 20.000 fidèles toutes religions confondues. Le soleil était ardent, malgré les manguiers et autres palmiers dont l’ombrage était recherché par tous.

Les chrétiens ont espéré la visite du Président Lansana Conté qui l’avait promis à Mgr Sarah, au cours de l’audience qu’il avait accordée au prélat, au lendemain de sa nomination de Secretaire chargé de l’Evangélisation des Peuples (Département Asie), par le Pape Jean Paul II.

Cette absence est interprêtée par les uns et les autres comme la confirmation de la tristesse avouée par Mgr Robert Sarah, qui a cependant, demandé de prier pour les responsables guinéens afin que Dieu les éclaire et guide leurs pas. En effet, fidèle à lui-même, l’ex-archevêque de Conakry, aurait aimé une dernière fois dire, de visu, sa part de vérité au président Conté, comme il l’avait fait en son temps avec le président Sékou Touré. Cette occasion ne lui a pas été donnée, mais les échos de ses deux dernières interventions ont eu un tel retentissement que l’homme de Dieu peut partir avec la conscience du devoir accompli. Ses inquiétudes exprimées d’une façon limpide ont achevé de convaincre tous les guinéens sur ses qualités d’homme de foi dont le sacerdoce est incorruptible.

Si, pour les jeunes de Guinée, le départ de l’archevêque n’est qu’un aurevoir comme l’affichaient les t-shirts qu’ils arboraient pour la circonstance, en réalité, ce n’est certainement pas demain que  Mgr Robert Sarah, qui rejoint le gouvernement du pape, reviendra.

Alors chacun, peut -etre se souviendra de ce proverbe:  » Le mensonge peut construire mille cases, c’est la vérité qui un jour les habitera. »  Et chacun se souviendra un jour de ces mots de Mgr Robert Sarah:  » Je ne pouvais quitter la Guinée sans interpeller une dernière fois notre conscience personnelle et collective face à nos responsabilités historiques… C’est l’amour de mon pays qui me donne l’audace de proclamer ce que je crois. Et comme je voudrais communiquer à chaque guinéen, surtout aux responsables et leaders politiques, la passion qui me dévore pour la prospérité de la Guinée. »

IN MEMORIAM: MADIGBE KOUROUMA N’EST PLUS

LA MORT D’UN HOMME COMPETENT ET JOVIAL

Conakry, 14 novembre 01- Madigbè Kourouma, Représentant de l’UNESCO au Burkina Faso est décédé le lundi, 12 novembre, aux environs de 22 heures, dans un hopital parisien, foudroyé par la maladie. Ce philosophe et idéologue guinéen était   fonctionnaire onusien depuis une vingtaine d’années. Sa compétence, son sérieux et sa grande sociabilité lui ont permis de grimper progressivement tous les échelons professionnels du Système.

Originaire du village Baranama, Madigbè Kourouma est né à Kankan, en février 1944. C’est dans cette ville légendaire qu’il fera ses études primaires, secondaires et universitaires, avant de descendre sur Conakry, la capitale. Produit de l’Université guinéenne qu’il  servira longtemps, avant de devenir Inspecteur général du Parti, puis de l’Education, à la fin des années 70.

Grand homme de culture, pédagogue averti et administrateur vigilant, Madigbè avait la faconde des maîtres de la parole, livrée dans une plaisante modestie. Pour la petite histoire, l’on retiendra qu’il fut chanteur de l’orchestre Julius Nyéréré de l’Université de Kankan. Son titre-phare traitait de l’alphabétisation. Plus tard, il se spécialisera dans cette problématique.

La cinquantaine grisonnante, la poitrine forte et de gros yeux, Madigbè était un homme de conviction dont la sincérité et les connaissances avait séduit feu Mamady Keita, célèbre philosophe et ex-Ministre de l’Education qui l’avait rapproché de lui et offert toutes les opportunités professionnelles pour son total épanouissement. Il lui en est resté très reconnaissant. Et ce n’est donc pas par hasard que son fils aîné avait gardé le patronyme de cet ami.

Moi je l’ai  connu à l’Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser de Conakry, alors que j’étais étudiant en philosophie et histoire. Il faisait partie du groupe de jeunes professeurs que j’aimais bien pour leur ouverture d’esprit et leur engagement intellectuel. Depuis, nous sommes restés amis et, malgré les tempêtes du temps, la fidélité est restée notre chaîne et la culture, le ciment de nos relations.

Je n’oublierai jamais nos soirées au Fesctac 77 à Lagos avec l’équipe des Zas,  Bailo Télivel, Souleymane Baldé, Dirus Doré… Madigbè Kourouma était l’un des principaux organisateurs de ce grand Festival Africain des Arts et de la Culture. Je n’oublierai jamais aussi, mes escales sénégalaises où il venait presque toujours me chercher à l’aéroport pour un brin de discussion. Il avait la répartie et la réflexion faciles et savait sans vexer personne faire passer le message de ses convictions, surtout quand son interlocuteur ne les partageait pas. C’est cette empathie qui fera de lui pendant plusieurs années le président de l’Association du Personnel UNESCO au BREDA, à Dakar.

Affecté au Sénégal en 1979, il sera chargé du programme Alphabétisation. Il y travaillera sans relâche près de dix huit ans, avec l’appréciation constante de ses supérieurs, ce qui lui  valut finalement sa promotion comme Représentant de l’UNESCO au Burkina Faso en 1997.

Il nous quitte alors qu’il avait encore tant à donner, lui qui savait dans l’épreuve, garder un sens rare de l’humour et de la tolérance. Lui, Madigbè Kourouma, dont l’image d’époux débonnaire, de père jovial et d’ami loyal nous restera.

Le Système des Nations Unies, ne te pleurera pas, Madigbè, il te montrera toujours en exemple, fier de ton travail et de ton humanisme véritable.

A Bana, ton épouse, à tes cinq enfants, tes parents et tous tes amis, vont  nos condoléances les plus attristées.

Que ton âme repose en paix. Amen.  JMJ

AVANT-PREMIERE: SEKOUBA BAMBINO EN EXCLUSIVITE MONDIALE

Conakry, 17 janvier 2002- Il y a une semaine aujourd’hui, le staff de production de la vedette Sékouba Bambino Diabaté, invitait les journalistes de la place à une séance d’audition exclusive, en première mondiale,  du prochain opus de l’artiste guinéen. C’était au night club Madrid, quartier Madina, corniche sud.

Pour la plupart des journalistes présents, le 7ème album de Bambino crache du feu. Il est téméraire. Il s’attaque au public hip hop et aux mélomanes de la world music. Avec un invité de marque comme Disiz La peste, le rapeur sénégalo-français, Bambino n’oublie donc pas la nouvelle vague des jeunes branchés. Un autre Bambino, une nouvelle vision. Des arrangements de grande main. Un album bien équilibré.

Les instruments traditionnels comme le Ngoni, le Bolon et le Balafon, sont valorisés par un heureux mixage. Par-dessus tout, l’artiste demeure fidèle à ses traditions, même quand il reprend avec bonheur l’inimitable Soul Brother n*1, Mr Dynamite James Brown, c’est en…malinké qu’il chante. Il laisse le soin aux choristes de fredonner avec éclat les doux refrains de  »It’s Man’s man’s world ». Une éblouissante restitution qui fera sourire ou frémir plus d’un. Jean Baptiste Williams, journaliste musicien de son état a déjà littéralement craqué.

Douze titres fouettés avec un talent fou. A retenir: Sinikan, Nimafèlè, Famou, C’est compris, Ntiwara, Habib Cissoko, Atétolama, Gnaniginin, Bambino, Promesse, N’nafila, It’s Man’s man’s world.

L’événement était goupillé par Syllart Productions et CDS. Sortie de l’album le 23 février au Stade du 28 Septembre de Conakry.

AVANT-PREMIERE: SEKOUBA BAMBINO EN EXCLUSIVITE MONDIALE

Conakry, 17 janvier 2002- Il y a une semaine aujourd’hui, le staff de production de la vedette Sékouba Bambino Diabaté, invitait les journalistes de la place à une séance d’audition exclusive, en première mondiale,  du prochain opus de l’artiste guinéen. C’était au night club Madrid, quartier Madina, corniche sud.

Pour la plupart des journalistes présents, le 7ème album de Bambino crache du feu. Il est téméraire. Il s’attaque au public hip hop et aux mélomanes de la world music. Avec un invité de marque comme Disiz La peste, le rapeur sénégalo-français, Bambino n’oublie donc pas la nouvelle vague des jeunes branchés. Un autre Bambino, une nouvelle vision. Des arrangements de grande main. Un album bien équilibré.

Les instruments traditionnels comme le Ngoni, le Bolon et le Balafon, sont valorisés par un heureux mixage. Par-dessus tout, l’artiste demeure fidèle à ses traditions, même quand il reprend avec bonheur l’inimitable Soul Brother n*1, Mr Dynamite James Brown, c’est en…malinké qu’il chante. Il laisse le soin aux choristes de fredonner avec éclat les doux refrains de  »It’s Man’s man’s world ». Une éblouissante restitution qui fera sourire ou frémir plus d’un. Jean Baptiste Williams, journaliste musicien de son état a déjà littéralement craqué.

Douze titres fouettés avec un talent fou. A retenir: Sinikan, Nimafèlè, Famou, C’est compris, Ntiwara, Habib Cissoko, Atétolama, Gnaniginin, Bambino, Promesse, N’nafila, It’s Man’s man’s world.

L’événement était goupillé par Syllart Productions et CDS. Sortie de l’album le 23 février au Stade du 28 Septembre de Conakry.

MUSIQUE: PLEINS FEUX SUR LE NOUVEL ALBUM DE SEKOUBA BAMBINO

Conakry, 25 janvier 2002– L’album « SINIKAN » de Bambino est enregistré dans les Studios OPUS de Michel SARDOU, en France. Les arrangements sont assurés par le célèbre musicien français François Bréant qui est à son troisième album africain, après ceux de Salif keita (Soro et Koyan).

Ce nouvel opus de Bambino a connu la participation des grands ingénieurs de son comme Herve Marignac.   Syllart Productions qui a produit cet album, a investi plus de 100 000 dollars US, sans compter les frais d’arrangement. La réalisation de l’album « SINIKAN » de Bambino a pris un an de travail et de recherche artistique pour aboutir.

De grands noms comme Dizis Lapeste, Ousmane KOUYATE et Jean Jacques MILTO ont participé à l’oeuvre. Après la finition de l’album « SINIKAN » il a été écouté et apprécié par certains médias privés européens qui ont décidé de prendre part à la sortie officielle de la cassette à Conakry, prévue le Samedi 9 Mars 2002, pour voir l’artiste dans son milieu et avoir une plus large image culturelle de la Guinée.

Le Monde, Libération, Folk Roots, Beat, Télérama, France 2,  et CFI ont confirmé leurs arrivées. Une Sonorisation de 70 000 Watts de puissance sonore est prévue pour livrer un spectacle de dimension internationale au Stade du 28 septembre.

SANTE: VACCINATION DE 400.000 ENFANTS DE GOMA ET KIROTSHE

Goma, 5 février 2002- Watoto Kwanza ! Watoto Kwanza ! crient en choeur, les enfants de cette école en ruine. En Swahili cela signifie : ‘’Les enfants d’abord !’’ Tout un programme. Surtout en ces lendemains qui déchantent à Goma.

Goma est une ville fille du Lac Kivu, bâtie sur sa rive gauche, qui émerge même au coeur de cette interminable chaîne volcanique des Virunga, où deux cratères encore actifs s’amusent, périodiquement, en spectaculaires éruptions au grand dam des populations, apeurées, sinistrées, tuées. Pourtant, Goma jouit en temps normal d’un climat agréable, adouci par les vents du Kivu, le jour, et la nuit, par la brise ravalant les sommets d’une moyenne de 1500 mètres.

Mais depuis la dernière éruption du 17 janvier et ses terribles conséquences humanitaires, la situation a bien changé et l’on craint désormais que la rougeole ne fasse des ravages parmi les populations vulnérables que sont les enfants, d’autant plus que les dernières statistiques montrent selon l’Unicef que la majorité des cas soit 56 % ont été plutôt observés chez les plus de cinq ans.

Les craintes d’une épidémie de rougeole sont justifiées, car les taux de couverture vaccinale sont généralement faibles. Et Docteur Facinet Yattara, Coordonnateur des Journées Nationales de Vaccination (JNV) en Est RDC, précise que ‘’les taux étaient respectivement de de 46% pour Goma et 61% pour Kirotshe et beaucoup moins les trois années précédentes, ce qui augmente le risque. De même, les conditions de vie précaires des populations déplacées qui ont perdu toîts et biens préparent le terrain à la malnutrition sévère surtout chez les enfants de moins de cinq ans, ce qui représente un facteur important de létalité accrue dans cette tranche d’ age au cours d’ une épidémie de rougeole.’’

La campagne de vaccination contre la rougeole qui démarre demain est donc préventive. Elle durera six jours (du 6-11 février) et concernera les zones sanitaires de Goma et de Kirotshe, situé 40 kilomètres plus loin. A Kirostshe, les enfants pourront être rapidement touchés, car les écoles y fonctionnent normalement, tandis qu’à Goma, il faudra surtout compter sur les centres d’accueils temporaires, l’appui des ong locales et internationales présentes sur place pour pouvoir atteindre de nombreux enfants dispersés depuis le sinistre.

L’équipe de l’Unicef et les autorités sanitaires locales saisiront cette opportunité pour administrer une dose supplémentaire de vitamine A à la même tranche d’âge, environ six mois après la campagne de supplémentation effectuée au cours des JNV 2001. Cette fois, ce sont près de 400.000 enfants âgés de six mois à 15 ans sont ciblés par cette campagne de vaccination de masse, conformément à la stratégie nationale de la RDC programmée pour 2002 et 2003 pour un meilleur contrôle de la rougeole.

Pour garantir la réussite d’une telle opération, l’Inspection provinciale de la Santé qui pilote la totalité de l’opération, l’Unicef et l’OMS, MSF Belgique et Save the children ont préparé la logistique adéquate et consolidé la gestion de la chaîne de froid. La communication se déploie en un vaste mouvement soutenu par la mobilisation sociale, encouragée par les médias locaux (presse écrite, radio et télévision), supportée par ce qu’on appelle ici, ‘’les lance-voix’’, ces puissants mégaphones transportés à bord de bus collectifs. Une communication de proximité efficace dont espère beaucoup ici. Ainsi, 350 infirmiers seront mobilisés sur une centaines de sites choisis pour cette opération. Une campagne qui mobilise les églises, les maires de communes, les chefs de quartiers et d’avenues, unis dans une lutte solidaire contre la rougeole.

L’Unicef pour sa part, a dégagé quelque 200.000 dollars américains, pour entre autre, assurer l’achat des vaccins, la fourniture du matériel de vaccination et divers coûts opérationnels. Chacun des partenaires engagés dans l’opération souhaite que cette campagne de vaccination aboutisse à une large couverture vaccinale des enfants et puisse permettre aux services sanitaires de reprendre leur travail sur des bases fortifiées par cette campagne de grande envergure. Et tout Goma pourra proclamer : ‘’nous avons fait Watoto Kwanza !’’

Justin Morel Junior

Camp Goma

GOMA: APRES LE VOLCAN, LA VIE…

Goma, 04 fevrier  2002 Voici donc Goma, ville meurtrie, ville martyre. Le volcan Nyiragongo a balafré la cité de ses laves fluides et incandescentes, de ses scories fumantes puis refroidies. Les fumerolles que les vents poussent, transportent encore cette odeur de méthane qui enveloppe la ville en plusieurs endroits.

Comme une pieuvre rapace, Nyiragongo a étendu ses tentacules partout dans cette ville de quelque 450.000 habitants. Entre ces amas calcinés, ces cendres envahissantes, erre encore une population sur laquelle le volcan a impitoyablement craché sa colère. Ces gravats de 3 mètres de haut, ces arbres carbonisés, ces maisons décoiffées ou découpées, ces rues recouvertes de scories, ces immeubles terrassés, ces écoles et marchés enfouis; bref, toutes ces ruines témoignent de la violence de l’éruption du 17 janvier qui a fait de 30% des habitants de Goma désormais, des sans-abris.

Si les premiers jours, ce sont environ 150.000 personnes qui s’étaient réfugiées au Rwanda voisin, dans les villes de Gisenyi et Ruhengeri; depuis, la plupart sont revenus, malgré les conseils des volcanologues les invitant à la prudence. Les populations ont avec bravoure autant que possible déblayé les rues des tonnes d’immondices, pour permettre une certaine fluidité de la communication. La ville qui n’est plus divisée en deux, essaie de survivre en tutoyant quotidiennement le danger.

Dans ce décor de désastre, des enfants perdus, éberlués, plus à la recherche de pitance que de leurs parents. Les femmes gardent cependant leur dignité devant cette catastrophe, mais les bébés qu’elles portent au dos pleurent leur faim. La lutte pour la survie est un combat de tous les jours. Soixante dix-sept mille familles sont ainsi en situation de précarité absolue, nécessitant une action concertée immédiate.

Les humanitaires sont venus de partout pour aider les populations en état d’urgence. Mais l’Unicef qui était déjà en activité à Goma, s’est rapidement déployée pour cerner la situation et essayer de donner les appuis nécessaires aux populations en détresse. Les mouvements des populations sinistrées entre le nord Kivu et le Rwanda ayant provoqué d’énormes déplacements d’enfants non accompagnés, particulièrement sur l’axe Goma-Sake-Minova-Bukavu ou encore Goma-Rutshuru, L’Unicef, en collaboration avec Save the Children et le CICR, s’est engagé dans le volet enfants non accompagnés ou séparés de leurs familles dans la zone de Goma. Deux cents enfants ont pu être identifiés au Rwanda, 250 à Goma et 89 à Bukavu. Par ailleurs 707 demandes de recherches ont été déposées par des familles. Entre identification des enfants et réunification des familles, L’Unicef, le CICR et les Ong locales internationales, ont pleinement collaboré pour améliorer la situation des uns et des autres. Une réponse humaine rapide qui a permis de sauver beaucoup d’enfants de l’insécurité ambiante.

L’urgence a consolidé à Goma la synergie entre les agences humanitaires et c’est tant mieux. S’appuyant sur une stratégie de communication de proximité, L’Unicef grâce à ses messages diffusés sur les antennes de la Radio locale et la mise en place de points d’écoute a pu assurer en harmonie avec les parents et les responsables communautaires une assistance directe à près de 400 enfants victimes du Nyiragongo, et cela, malgré la destruction de ses magasins par les éléments déchainés, qui ont aussi rayé 45 écoles de Goma de la carte, livrant ainsi à eux mêmes 24.000 élèves du primaire et du secondaire.

Une situation préoccupante qui fait l’objet de toutes les réflexions actuellement, même si certains annoncent que le 25 février devrait voir la reprise des cours. Il est vrai que ce n’est pas une tâche facile, pris en étau entre les conseils de prudence des scientifiques et l’attachement viscéral des populations à leur Goma natal, les humanitaires présents à Goma sont pressés de toutes parts de priorités en santé, en nutrition, en eau et assainissement, etc.

Impliquée effectivement dans les différentes opérations depuis le 17 janvier, L’Unicef a pu fournir entre autres, 200.000 tonnes de matériels d’urgence non alimentaires ( couvertures, savons, bidons, bâches,), mais aussi des kits nutritionnels, 21.200 pastilles de purification de l’eau et quelque 900 kilogrammes de chlore pour le traitement de l’eau, 30.000 tonnes de lait thérapeutique, etc. Cette aide a pu profiter à près de 77.000 familles.

Pour prévenir une propable épidémie, l’Unicef en collaboration avec ses partenaires habituels, notamment l’OMS ainsi que des ONGs internationales (MSF- Belgique, Save The Children) appuiera une grande campagne de vaccination contre la rougeole du 6-11 février 2002, ciblant les 400.000 enfants de 6 mois à 15 ans de la ville de Goma et de la zone sanitaire de Kirotche. La ville de Bukavu qui abrite environ 20.000 déplacés a reçu également une assistance en non vivres pour faire face à l’épreuve. Des médicaments y seront prépositionnés pour une intervention rapide en cas de choléra.

Pendant ce temps, malgré tous les risques annoncés par les experts, (car la terre frémit encore à Goma), de jour comme de nuit, des bruits sourds secouent de façon spasmodique la ville; en dépit de tout cela, la vie reprend le dessus. Les populations s’affairent à retrouver leurs lopins perdus dans ces déchets volcaniques. Tandis que les volcanologues continuent leurs relevés techniques, les habitants de Goma, ramassent des tôles par-ci, des briques ou des blocs par là, pour se refaire un toit. Une situation incertaine qui est un défi permanent à… demain que tout le monde ici redoute tout en s’accrochant éperdument à Goma.

Justin Morel Junior

EDUCATION:OU EST MON ECOLE ?

Goma, 8 Février 2002- Entre ces ruines toujours fumantes, sur ces vastes étendues noires de lave compactée, deux enfants dessinent au loin des figures géométriques bizarres. Les pierrailles crépitent de chaleur sous leurs petites savates poussiéreuses et la pluie qui tombe s’évapore aussitot en fumée blanche odorante, sous l’effet des braises ardentes qui parsèment ces lieux.

Ces enfants ne jouent pas, ils essayent plutot de repérer ce qui, il ya seulement trois semaines était leur cour de récréation. Aujourd’hui, ils s’y perdent. Devant ces monticules de lave, ils semblent mesurer la profondeur des cicatrices que Goma portera longtemps encore. Une espèce de scarification volcanique qui aggrave leur situation et entraîne chaque jour un peu Goma dans une vie plus précaire, avec ses 20.000 maisons détruites.

Les responsables de l’éducation annoncent la destruction de 45 écoles, certains mêmes parlent de 50 établissements engloutis par l’océan de lave. A présent, 24.000 élèves du primaire et du secondaire sont privés d’enseignement. Les enseignants eux-mêmes sont sinistrés, beaucoup ont perdu leurs maisons et biens, surtout ceux du quartier de Katindo.

Dans ces conditions, les priorités se bousculent et s’éliminent quelques fois, faute de moyens. Une situation dramatique à laquelle Goma ne pourra jamais faire face toute seule. Comment en réalité affronter tous ces problèmes, avec des parents plus appauvris, des enseignants déboussolés, des élèves affamés ? Les institutions onusiennes (Unicef, Ocha, Pam, Hcr,etc) et les Ong locales et internationales (Save the Children, Msf Belgique, etc), la Croix Rouge, contribuent chacune à sa manière à amoindrir les effets de la catastrophe et fournissant vivres et non vivres aux populations éprouvées. La date du 25 février est retenue pour le retour des enfants à l’école, mais quelle école, puisque la plupart des enfants se demandent maintenant où est leur école?

La Directrice Régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Madame Rima Sala, en séjour à Goma, a promis que l’Unicef appuiera le retour à l’école en contribuant à la réhabilitation des écoles détruites et la fourniture de matériels scolaires pour 12.000 élèves de l’enseignement primaire public, soit la moitié des effectifs. Elle a également annoncé la distribution prochaine par l’Unicef, de 500 kits scolaires (cahiers, crayons, craie, ardoises,etc) et des tables-bancs pour aider les enfants à reprendre le chemin de l’école.

Cette action, selon les responsables de l’éducation, est de nature à soulager sérieusement les élèves et les parents inquiets pour l’ avenir. Mais, comme dit un vieux sage de Biréré, quartier animé de Goma: ‘’la vie est une aventure, l’on peut toujours recommencer, il faut seulement savoir garder espoir.’’

Justin Morel Junior

Camp Goma, 8/02/02

SANTE: GOMA, MAKISI, DEMAIN EST UN AUTRE JOUR…

Goma, 7 Février 2002- Courbée sous le poids de son gros sac de charbon, ses deux filles devant, elle avance péniblement sur les côteaux qui longent le lac Kivu, en direction de Bukavu.

Les véhicules qui passent, les plongent dans un nuage de poussière argileuse, qu’elles chassent de leurs mains, pour respirer la brise qui remonte du Lac Vert. Cette femme a décidé la nuit dernière de se rendre au Centre de santé de Bwérémana, où les enfants devront être vaccinés, selon ce que lui a dit le chef de quartier, qui le tient du chef de la localité, qui lui, est en contacts réguliers avec les responsables de la santé de Kirotshe à 40 km de Goma.

Makisi Mawatu est une brave femme dont la vie est un mélange de douleurs et de misères. Veuve depuis deux ans, elle a, seule, la charge de ses deux filles que lui a laissées son mari défunt, victime d’une affaire de lopin de terre. Le charbon qu’elle transporte, elle le revendra au détail sur les étals du village Minova, pour subvenir à ses petits besoins et à ceux de ses deux filles.

Sur la route qui les mène au centre de santé elle parle à ses enfants de sept et cinq ans: ‘’ Vous savez, actuellement, il faut faire attention, les maladies se promènent beaucoup, surtout depuis cette affaire du volcan de Nyiragongo, beaucoup de mauvaises choses circulent et vont nous faire très mal, mais il faut supporter. J’ai même appris que les gens de Goma ont amené la rougeole…Alors, attention. Les infirmiers ont parcouru tous les coins et hameaux pour informer tout le monde de se faire vacciner pour se protéger. Vous devez absolument éviter d’attraper ‘’Suluba’’(rougeole), cette sale maladie. Ca fait mal et peut tuer… N’ayez donc pas peur, c’est une piqûre que l’on vous donnera et c’est fini… Et puis, c’est gratuit, c’est l’Unicef et l’OMS qui nous aident comme ca.. »

Les deux filles un peu craintives, donnent quand même leur accord à leur maman. Elles continuent leur marche dans ce paysage de rêve, où les montagnes et les collines font une course à l’infini.

Elles arrivent au Centre de santé, déposent leur charge de charbon et rejoignent les rangs déjà formés par des dizaines de femmes, d’enfants, et de bébés à califourchon sur le dos de leurs mamans. Des paroles échangées furtivement. Des cris. Des pleurs. Le rang avance. C’est à présent leur tour. Une injection. Un cri. Une caresse d’infirmier. La vaccination est terminée. Les enfants soupirent, la mère respire enfin.

La vaccination se poursuit, tandis que le chef de la Zone de Santé explique aux journalistes de la Radio Télévision Nationale Congolaise, la stratégie développée pour atteindre les tranches d’âge cibles (6 mois à 15 ans) de la campagne de vaccination dans le Sud Kivu, avec l’appui des écoles, des familles et des communautés. ‘’Ici, selon Dr Asini, nous profitons même de la vaccination dans le village de Shanga, pour faire de la récupération nutritionnelle’’.

Le médecin, comblé par l’affluence au Centre de Santé, continue à entretenir les médias sur les 189.339 enfants qui seront vaccinés sur les 402.848 habitants de Kirotshé, il est convaincu que cette campagne sera un succès.

Quant à l’équipe de supervision de la campagne, de passage à Kirotshe, elle conseille de faire attention aux cas des enfants non scolarisés et déscolarisés. Elle insiste sur le fait que toutes les tranches d’âge ciblées doivent être effectivement touchées. Dr Elie Mashimango conclut: ’’Il faut communiquer, remonter les résultats pour qu’ils soient analysés et diffusés, en vue d’une meilleure connaissance de la situation.’’

Pendant que les techniciens discutent encore, Makisi Mawatu et ses deux fillettes Bahati et Moséka s’éloignent. Elles marcheront sept kilomètres pour rejoindre la chaleur de leur cabane.

Demain est un autre jour…

Justin Morel Junior

Camp Goma, 7/02/02

ENFANCE: NYIRAGONGO ET LES ENFANTS DE GOMA

Goma, 6 Février 2002- De son petit visage de noix de coco, semble dégouliner de fines larmes. Les yeux embues, le cheveu ras, avec une petite robe marron à carreaux, Amini Ebatuma a cinq ans. Elle a fui avec ses deux soeurs Riziki et Mapenzi, dans la débandade générale qui a suivi l’explosion du volcan Nyiragongo, alors que les laves fumantes étaient à 50 mètres de leur vieille hute..

Depuis, elle s’est retrouvée à Massisi (71 km de Goma), recueillie par une famille inconnue, dans un élan de solidarité admirable. Puis, grâce à SOS Grands Lacs, une Ong locale qu’appuie l’Unicef, elle a été retrouvée, identifiée et répertoriée. Elle est ici aujourd’ hui, à Saké, au Centre de transit des enfants non accompagnés.

La tête baissée, elle murmure, puis, marmonne en mots saccadés, sa terrible aventure. Sa soeur Riziki, s’approche, la soutient, la relève et nous traduit ses mots arrachés à la douleur du souvenir:  » Notre mère est une vendeuse de charbon et notre père travaille avec les grosses machines qui entretiennent les routes. Quand ils ont vu que les laves foncaient sur notre maison, ils nous ont demandé de monter dans le bus qui attendait dehors, mais nous, nous avions tellement peur de nous retrouver bloqués dans une auto, que nous avions préféré nous enfuir à pied. » Mapenzi (13 ans) poursuit:  » ce jour-là, les marcheurs étaient plus rapides que les bus, car les embouteillages étaient nombreux et tout le monde courait comme des fous. Nous avons fui avec beaucoup d’enfants voisins. »

Les voilà donc toutes trois au camp de Saké, à 27 km de Goma, un centre de transit soutenu par l’Unicef et oú travaillent les volontaires de l’Ong SOS Grands Lacs, d’autres de la Croix Rouge et des Guides et Scouts de la région. Elles attendent désormais de retrouver leur famille.

Une quarantaine d’enfants sont dans ce centre, encadrés sous le double signe de la prévention et de la protection. En ces temps de calamité, nous explique Bony Mushayuma, le responsable de SOS Grands Lacs: » il y a des risques d’exploitation sexuelle des enfants, nous devons donc faire attention aux liens de parenté. Ce ne sont pas tous ceux qui se déclarent parents qui le sont réellement. En effet, certains pourraient être tentés de profiter de la misère des enfants, pour en faire tout simplement des petits esclaves, ou boys, comme on dit ici. »

Les recherches seront donc approndies et des monitorages réguliers sont faits pour mieux suivre les conditions d’existence des enfants dans certaines familles d’accueil volontaires. Ce centre de transit héberge les enfants pendant 30 jours, tout au plus. Le temps de retrouver les traces de leurs parents, de les identifier et de réunir les familles séparées dans la fournaise des laves volcaniques de Goma.

Pendant leur séjour, les enfants sont pris en charge de manière à les ‘’détraumatiser’’ et à les soigner.. Amini, par exemple, souffre de râle crépitant au niveau du poumon gauche, les agents de santé du Centre de Saké sont convaincus qu’elle est victime des poussières minérales du Nyiragongo et d’autres gaz toxiques drainés par les laves en furie. Elle est donc soumise à un traitement d’antibiotique conséquent. Ils sont des centaines d’enfants qui ont aujourd’hui besoin de traitement physique, mais surtout psychologique pour mieux les sécuriser intérieurement.

Mapenzi (8 ans), la seconde soeur d’Amini affirme: »nous sommes tranquilles ici, nous jouons et nous étudions avec les autres enfants. Mais nous n’oublierons jamais ce vilain volcan qui nous a chassées de chez nous. ».

Depuis le 17 janvier, le volcan Nyiragongo, comme tout honteux s’est vêtu de brume, et plus personne ne l’a encore revu. Amini et ses soeurs, elles veulent vraiment enfin, revoir leur famille. Ce à quoi SOS Grands Lacs, l’Unicef et la Croix Rouge et s’attèlent dans une fructueuse collaboration.

Justin Morel Junior

GOMA: BILAN D’UN VOLCAN…

Goma, 11 Février 2002- Le fleuve de feu dans sa rage du 17 Janvier a éventré les tuyauteries de la ville, fait fondre les robinets des bornes-fontaines des quartiers populaires et recouvert de nombreuses installations, privant ainsi pour longtemps, les habitants de Goma de sources d’eau potable. Deux cents millions de mètres cubes de magma déversés jusque dans le Lac Kivu, créant de nouveaux rivages et polluant les eaux.

Défrichage, concassage, déblayage, c’est le lot quotidien des ‘’Gomatraciens’’(habitants de Goma), au lendemain de la coulée mortelle de laves.

Au bord du Lac, l’Ong Oxfam et MSF Belgique, travaillent à ravitailler les populations en eau potable. L’Unicef a fourni du chlore nécessaire à l’opération. Les ouvriers vont ainsi pomper entre 600 à 800.000 m3 par jour. Dans les quartiers populeux, chaque apparition de citernes pleines d’eau,  est saluée par les enfants et les femmes en applaudissements joyeux. C’est alors que les ‘’Shukudu’’, ces bicyclettes en bois ‘’made in Goma’’, entrent en scène pour livrer à domicile, moyennant quelques sous, la précieuse denrée.

En attendant, les pertes humaines sont estimées entre 60 et 100 morts dont la majorité suite à l’éruption et l’explosion de la station d’essence. Les pertes physiques et financières ne sont pas encore totalement chiffrées. Ce qui est sûr, elles atteindront plusieurs dizaines de millions de dollars au moins.

Les églises, les industriels, les pharmacies, les planteurs, les commerçants, les hommes d’affaires annoncent des montants qui aboutissent à des sommes pharaoniques. Que dire de l’aéroport détruit au tiers…Si l’on ajoute à ce bilan l’incendie du dépôt d’urgence de l’Unicef (valeur 800.000 dollars américains) et les couts des bureaux totalement calcinés de l’OMS, l’on obtiendra une facture que le Nyiragongo ne pourra jamais payer !

La campagne de vaccination initiée par l’Unicef et l’OMS et qui vise 400.000 enfants, sauvera certainement la plupart d’entre eux de la rougeole, mais qui les sauvera (eux et leurs parents) de la faim, du dénuement, de la misère ?

Avant la catastrophe déjà, le taux de chômage à Goma, tournait autour de 70%, à présent l’on craint bien que 90% des 5000 travailleurs ne soient obligés de rester dans la rue.

Les urbanistes, en vue de prochains recasements ou transferts au site du Lac Vert, ont préparé 2000 parcelles de trois catégories, accessibles aux plus faibles bourses. Des écoles et commerces y ont leurs places. Les industriels occuperont l’extrême ouest de la ville. Trente mille ménages sont aujourd’hui considérés, soit 210.000 personnes.

Mais, le recensement complet de tous les sinistrés et de leurs biens perdus s’avère être une autre paire de manche, certains, dans cette confusion générale sont tentés de multiplier leurs pertes, par deux, ou trois. Le rôle des ‘’Nyumba Kumi’’, responsables de 10 maisons sera nodal dans ce travail pour éviter d`être complices d’éventuels tricheurs.

De jeunes géologues du Centre universitaire de Bukavu sont venus cartographier Goma et ont même identifié des cheminées dont la stricte surveillance, permettra de limiter relativement l’effet de surprise du volcan Nyiragongo.

Les volcanologues, pourtant estiment qu’avec les récentes fissures découvertes en ville (notamment vers l’aéroport) et les tremblements de terre qui continuent à secouer régulièrement la ville, les chances de survie à Goma se réduisent sérieusement. Mais, les populations locales préfèrent mourir ici et sont prêtes contre toute attente à reprennent déjà leurs activités.

La guerre des parcelles a déjà commencé et les spéculateurs et autres petits malins abusent de la bonne foi de citoyens malheureux et nécessiteux.

Cette attitude quelque peu suicidaire met les humanitaires dans une délicate position, car il sera difficile de leur part d’engager des interventions pérennes sur un espace dont les spécialistes décrivent les risques et les dangers.

Avec toutes ces émanations de gaz, une épidémie d’infections respiratoires est bien possible. Les autorités locales de ce territoire sous contrôle du RCD, lancent tous les jours des messages invitant les populations à la retenue et à la discipline.

Partagées entre les sites de transit où l’ECHO (European Community Humanitarian Office), le Bureau d’ Aide Humanitaire de la Communauté Européenne est très actif, et les futurs sites de réinstallation, pour les institutions onusiennes, sous la coordination d’OCHA(Bureau de Coordination de l’Aide Humanitaire des Nations Unies), la priorité est d’abord de faire face au présent. C’est d’abord ça l’urgence!

Cette situation pourrait durer entre 3 et 6 mois selon les spécialistes, mais c’est compter avec les inconnues des ‘’équations volcaniques’’.

Combien de temps durera encore ce dilemme ?

Qui prendra la décision de partir face à une population déterminée ?

A quand la prochaine éruption ?

Autant de questions de survie…

Justin Morel Junior

Camp Goma

11/02/02

VIH/SIDA: ‘’ HANGE NA SIDA ! ’’

Goma, 10 Février 2002- Le vieil homme peine à tirer sa brouette de riz, le garçon traîne sa bicyclette en bois surchargée de fagots…de bois, les femmes forment de longues colonnes bruyantes, jerrycans à la main, attendant leur tour pour remplir leurs bidons. Images quotidiennes. Scènes de vie banales. Nous sommes devant le siège de l’association ‘’Hange na Sida’’, en Swahili, attention au Sida ! ‘’…Vous voyez, le Nyiragongo est un volcan jaloux, il a surtout frappé le coeur de la ville, les quartiers Virunga, Office, Katindo, Biréré, les parties les plus animées de Goma, où les danseurs se déhanchaient au rythme de ‘’ndombolo’’ frénétique danse locale, où vrombissaient les plus puissants haut-parleurs, où chacun oubliait jusqu’à l’existence même du sida. C’était la vie, la belle vie ! Nous avons choisi de nous installer ici pour toutes ces raisons. Et, puis certains de nos amis sont morts de sida. Tout cela nous a motivés.’’ C’est par ces mots que nous accueille, Kabwé Tshingoma, le chef de l’association ‘’Hange na Sida’’.

L’éruption du 17 janvier est venue rappeler à tous les dangers d’une vie de flambeurs et aux jeunes de l’association ‘’Hange na Sida’’, l’importance de leur mission de sensibilisation dans un des secteurs les plus chauds de la ville : Biréré, un quartier reconnu mal famé où les comportements à risques sont courants. Ici, les populations sont encore abasourdies par la violence des éléments qui ont enseveli une bonne partie de la ville sous des laves de 4 mètres de haut, par endroits. Dans ce quartier de Biréré, le volcan a épargné par miracle des cabanes en bois, pour calciner des bâtiments en ciment. Le volcan a fait de nombreux sans-domiciles-fixes, surtout chez les plus pauvres. L’association pense que c’est un facteur aggravant, il ne faut donc pas baisser les bras, le travail doit continuer.

‘’Hange na Sida’’ a très tôt associé l’Unicef à ses activités, pour en faire un partenaire régulier. Ses conseils et son appui financier, ont aidé l’association à développer des séances d’animation sociale dans les 3 principaux secteurs de Biréré, à savoir : Mikeno, Mapendo, Kahembé. Des moments intéressants, mais harassant tout de même.

Kabwé Tshingoma, avertit : ‘’Nous disons à tous les adolescents qui veulent nous rejoindre, ici, ce n’est pas 8 heures au travail, mais bien 8 heures de travail par jour…Nous sommes 30 jeunes volontaires, décidés d’aider Biréré à faire face à ses problèmes de santé reproductive. Notre rôle consiste à encourager les adolescents et tous les autres à éviter le ‘’vagabondage sexuel’’, à se protéger, à adopter un comportement responsable pour ne pas être victimes de leurs corps et du virus maudit.’’

‘’Hange na sida’’ a été fondée, il y a à peine six mois, mais déjà leurs multiples activités sont fort appréciées des habitants du coin. Ils ont déjà pu toucher 3783 personnes dans leurs campagnes de sensibilisation qui sont animées de projections vidéo, de débats avec les séropositifs et tous ceux qui veulent prendre leur vie en charge. ‘’Hange’’ organise des séances de formation au cours desquelles, la parole est donnée à chacun pour qu’il se libère et dépasse le seuil de la gène du regard collectif. Des chansons contre le sida et pour la responsabilité communautaire ont été composées par des prosélytes du groupe pour mobiliser toutes les forces vives contre le sida : maîtres d’école, chanteurs, pasteurs, peintres, commerçantes, etc.

Les centaines de cassettes musicales qui circulent dans les quartiers, diffusent des messages de sensibilisation sur la prévention, le dépistage et la prise en charge. Les citoyens qui les écoutent les trouvent harmonieuses, mais surtout, ils en discutent souvent le contenu pour voir comment les mettre en pratique. De l’autre côté de cette rue serpentine, les posters géants qui ornent les murs invitent chacun à utiliser les préservatifs pour se protéger et protéger les autres.

Pour les jeunes de ‘’Hange na sida,’’ le sida n’est pas une maladie, c’est toutes les maladies, car, le corps affaibli, sans défense immunitaire peut être agressé par toutes sortes d’épidémies. Sur une population de 450.000 habitants, la séropositivité est de 9%, soit environ 40.500 personnes concernées.

L’exemple réussi de collaboration de l’Unicef avec cette association devra se poursuivre avec de nombreuses autres qui existent dans ce pays-continent. Le prochain programme de coopération avec la République Démocratique du Congo, (2003-2005), qui met en priorité la lutte contre Vih/Sida, trouvera certainement là des opportunités de futurs succès.

 

Justin Morel Junior

Camp Goma, 10/02/02

PRESSE: MOTS CHOISIS DE LA CONFERENCE DE MANFILA KANTE

Conakry, 25 janvier 2002– La conférence presse du guitariste-chanteur Manfila Kanté s’est déroulée hier au Centre Culturel Franco-Guinéen. Elle a drainé du beau monde: une centaine de journalistes et admirateurs, le réalisateur Cheick Doukouré, le célébrissime arrangeur malien Boncana Maiga,  le directeur de la Radio nationale Issa Condé, le directeur de l’Agence Guinéenne des spectacles Isto Keira et …bien d’autres encore.

Les vedettes de la place s’étaient aussi mobilisées pour rendre hommage à celui qu’elles appellent le doyen. Citons entre autres: Kerfallah Kanté, Mory Djely Deen, Zénab Kouyaté, Yaya Bangoura, Alhassane Barry, Oumou Dioubaté, Koulako Sagno, Petit Condé. L’on regrettera l’absence des doyens de la musique guinéenne, surtout ceux des orchestres nationaux, pourtant résidant à deux pas, dans la cité de la paillote, mais c’est peut-être une autre histoire.

Le journaliste culturel Jean Baptiste Williams en maître de cérémonie courtois et inspiré, a planté le décor musical de Manfila Kanté, avec une biographie concise mais dense. C’est après que la star du jour prendra la parole pour présenter son album et sa personne. Les journalistes, comme ils l’avaient promis vont  »cuisiner » le doyen’. Voici donc, en exclusivité, quelques passages choisis.

 »Moi, je suis né en 1946 dans une famille pauvre, et je n’ai pas honte de vous le dire. Mes parents se sont battus pour me donner une bonne éducation et je les en remercie. »

 »Je suis polygame, je sais que ce n’est pas un bon exemple, mais il faut dire la vérité aux journalistes. Jj’ai deux femmes et beaucoup d’enfants. Je ne vous dirai pas le nombre, car je ne veux pas faire comme un de mes amis, qui racontait qu’il avait 6 enfants et demi… (Rires dans la salle). Mais attention pour moi, le divorce est la pire des choses, car ce sont les enfants innocents qui en souffrent toujours. ».

 »Mon conseil aux producteurs guinéens c’est d’espacer les sorties des albums pour permettre au public de mieux apprécier leurs produits et aux cassettes de mieux se vendre. »

 »J’ai deux complices dans ma vie, ce sont Salif Keita et Amadou Sodia. Et c’est Salif Keita, le malien qui m’a fait découvrir le talent de mon compatriote Ahmadou Sodia. »

 »Vous, les journalistes guinéens, je dis que vous êtes civilisés, nous à Paris, on nous parle de quotas. Ici, vous êtes plus ouverts à la culture des autres et cela n’empèche pas, comme on le voit les guinéens d’aimer leur musique. »

 »Avant, quand j’étais inconscient, je composais 5 titres par jour, depuis que j’ai compris, je n’arrive pas à composer un titre par mois. »

 »Pour  moi, les pirates sont des vampires parce qu’ils sucent notre sang. »

 »Chaque disque est comme un accouchement, une délivrance et j’ai mon planning musical, comme d’autres ont leur planning familial. Voilà pourquoi maintenant, je mets du temps entre mes albums. »

 »Un disque d’or pour Farabana?, je n’y pense pas. Je sais que mon frère Mory Kanté a repris 3 ou 4 fois Yèkèkè, avant de pouvoir réussir la consécration internationale et obtenir des disques d’or. »

 » Je suis contre les jeunes qui font du Dombolo ou du Mbalakh dans notre musique. »

 »Je suis un voleur comme tous les compositeurs. On prend toujours quelque chose de quelqu’un quelque part. »

 »Rénovateur ou innovateur, non, je ne sais pas ce que je suis. A vous de voir. »

Les débats se sont poursuivis avec le souci de savoir comment enrichir la tradition sans la trahir, comment pouvoir garder à la fois la beauté des mélodies et la profondeur des paroles. Presque deux heures de conversations agréables, vraies et directes.

Pour terminer, Alhassane Barry, Yaya El Bango et Koulako Sagno ont offert des play-backs de leurs meilleurs titres.

DISPARITION: M. KOUMANDIAN KEITA, LE SYNDICALISTE PANAFRICAIN N’EST PLUS

Conakry, 12/07/02- Le corps de l’illustre disparu a quitté Conakry dans la nuit du 11 juillet, pour Kouroussa, où seront organisées les funérailles, selon la volonté de la grande famille des Keita, ce vendredi 12.

La mort de M. Koumandian Keita a été ressentie avec beaucoup de tristesse par le peuple de Guinée. Les amis, les parents, les admirateurs et même les badauds viennent en flots incessants, dans la cour de l’école réalisée par le puiné du défunt, et qui porte le nom de son exemplaire père, présenter leurs condoléances et s’associer à la douleur de la famille éplorée, en les consolant de leur présence massive.

El Hadj Koumandian Keita est né à Koumana (Kouroussa) en 1916, instituteur principal à la retraite, ex directeur de l’Ecole de Dixinn, ex Secretaire Général du Syndicat des enseignants de Guinée, ex Secretaire Général des Enseignants d’Afrique Noire et président du Bloc Africain de Guinée (BAG), en 1954, principal part d’opposition au PDG-RDA de Sékou Touré.

Les enseignants guinéens, frustrés par leurs misérables conditions de vie, rédigèrent un  »memorandum à l’intention du gouvernement.  Ce Mémorandum fut considéré par le PDG (parti démocratique de Guinée), parti unique au pouvoir, comme un pamphlet inspiré par des forces réactionnaires. Et, la  »Révolution » décida de sévir.

Les enseignants furent traités de  »traitres comploteurs » et la plupart furent arrêtés et emprisonnés pour des années. C’est que les hagiographes du PDG ont appelé  »le complot des enseignants’. Une triste page de l’histoire de la Guinée indépendante, qui annonça le premier divorce entre l’élite intellectuelle et le président Sékou Touré.

Koumandian ser arrêté et emprisonné en 1961, suite au Memorandum rédigé par les Enseignants, relatif à l’amélioration de leur situation administrative. Relaxé en 1966, il reprit avec courage ses activités dans l’enseignement  jusqu’à la retraite. Il meurt le 9 juillet 2002, malade et démuni, mais digne.

Les amis de prison vivants parmi lesquels, il faut citer les professeurs Niane Tamsir Djibril et Bah Ibrahima Caba, se proposent d’organiser, avec le soutien de la famille et des autorités guinéennes, un grand symposium sur la vie et l’oeuvre de M. Koumandian Keita.

MEDIA: MORT ACCIDENTIELLE DE TH. MADJOU BAH, ANCIEN DIRECTEUR DE LA RADIO RURALE DE LABE

Conakry, 12/07/02- La démarche feutrée, la courtoisie innée, le savoir discret, Thierno Madjou Bah, ancien directeur de la Radio rurale de Labé et chef de la planification, à la Direction générale des Radios rurales, nous a quittés le mercredi 10 juillet, fauché par un violent accident de la circulation, à 8 kilomètres de Mamou. Il se rendait à Donghol (Pita), pour presenter ses condoléances à la famille, pour sa marâtre disparue, quand il a rencontré son destin.

Journaliste brillant et sobre, sorti de l’école allemande, il mariait avec bonheur la rigueur de son éducation peule aux principes universitaires de la RDA socialiste, qu’il connut. Il a travaillé au quotidien national Horoya, a participé à la naissance de la Radio Rurale avec l’inoubliable Cheick Sylla. Homme de terrain, il s’investit par passion, depuis longtemps dans l’agriculture. Intellectuel ouvert, il travaillait régulièrement avec les ONG et les institutions internationales comme la FAO, l’UNICEF, le PNUD, et ses compétences étaient hautement appréciées.

Il nous quitte à 58 ans, père de 10 enfants. Que son âme repose en paix. Amen.

DISQUES: THE BEST OF YELI SAYON, ECOUTÉ PAR AFRICULTURES

Conakry, 8/07/02-     A l’écoute des premières mesures on craint le pire : on connaît hélas trop ce gouzi-gouzi de synthétiseur bon marché, marque de fabrique de tant de disques africains enregistrés sur place avec de pauvres moyens…

Et puis soudain la découverte de cette voix magnifique lamine les préjugés. On se dit que vraiment, l’Afrique de l’Ouest regorge de Salif Keita en puissance, qu’il suffirait de leur donner un peu plus de moyens… Yeli Sayon est un griot Peul de Guinée qui a pas mal d’heures de vol : il fête ses 40 ans et plutôt que de vous en dire plus je vous invite à lire le texte du livret.

Car une fois n’est pas coutume, si le disque africain se signale en général par l’absence ou l’indigence du commentaire, cette collection Bolibana a toujours brillé par sa différence grâce à la prose cultivée et fleurie de l’écrivain guinéen Justin Morel Junior. Même si par instants la flûte de feu des Bambara et des Peul se mêle amoureusement à son chant, Yeli Sayon n’a rien d’un artiste folklorique.

On le sent galvanisé par la frénésie des orchestres de danse d’Afrique centrale, même s’il garde la majesté et le phrasé dramatique qui sont les signes distinctifs de la musique « mandingue ». Finalement, les synthés de John Wisdom sont plutôt séduisants, la flûte de Camara Laye renversante, les arrangements d’une rare sensualité et de toute façon cette voix de ténor souveraine emporte tout sur son passage.

Un vrai chef d’oeuvre, au même titre que le dernier Salif Keita, même si le budget a dû être cent fois, même mille fois moindre ! (GÉRARD ARNAUD, Africultures.).

  1. J’ai souri en découvrant que l’auteur me prenait pour un écrivain. Je lui écrirai pour lui préciser que je suis simplement tout simplement, un journaliste. Ou peut-être, il faudrait que je devienne écrivain, par amitié pour lui et d’autres, qui m’y encouragent, et pour le plaisir d’écrire sur des gens et des choses dont j’ai été témoin de l’évolution. JMJ

 

COMEDIE MUSICALE: ABDOULAYE OSKY, LA MUSIQUE EN RIANT

Conakry, 09/10/02 – C’est le samedi 12 octobre que les Etoiles de Boulbinet vont nous faire découvrir au Palais du Peuple, un jeune comédien-musicien qu’ils ont arrangé et qui va offrir son premier opus, dans un spectacle de dédicace qui promet de mobiliser du beau monde.

Abdoulaye Osky, va-t-il devenir le nouvel amuseur public, le jovial saltimbanque dont rêve un grand nombre pour chasser les soucis du quotidien… A en croire les commentaires dithyrambiques qui précèdent sa sortie, l’on pourrait rapidement se prendre au jeu. Osky se moque de lui-même et de tout le monde. Bien. Très bien.

Ses chants sont des tranches d’humour bourrées de textes populaires, de dénonciations téméraires et de provocations et conseils gratuits. Les Etoiles de Boulbinet lui ont cuisiné une musique folklorique adaptée à son style et aux exigences de la littérature comique. Cette production est signée Papa Yans, le manager des Etoiles de Boulbinet. L’album est baptisé  »Tna Kha fé » est tout acoustique, tout traditionnel. Retour aux sources.

Le public semble entrer dans le jeu, mais pour combien de temps encore…En  attendant, avec lui au moins, un peut apprendre à voir la vie du bon côté. Et lui faire la musique en riant et en nous faisant rire à coeur-joie.

CULTURE: LES PROVERBES, QUINTESSENCE DE LA SAGESSE AFRICAINE

Conakry, 10/10/02 – Les proverbes sont la quintessence de la sagesse africaine. Concis et précis, le proverbe résume toujours le conte. Epousant des formes symboliques, métaphoriques ou paraboliques, le proverbe cristalise le conte, le livre en formules lapidaires à ceux qui vivent dans cet univers traditionnel . Chaque proverbe est en fait un abrégé du monde traditionnel qui l’a enfanté. Un proverbe est un musée.

Le diseur de proverbes doit nécessairement connaître les réalités sociales qui les ont générés, faute de quoi , il risque de travestir la force de la pensée et la noyer dans un snobisme serville. Le défunt  Madigbè Kourouma écrivait  dans la philosophie du Sanda (proverbe en manika) :  » le proverbe manifeste un sens aïgu et pertinent de l’observation et du comportement humain. ll constitue l’arme suprême de la pédagogie traditionnelle. »

La collectivité entière est l’auteur du proverbe. C’est un genre anonyme, caractéristique principale de son essence sociale. Sanda (en manika) Taali en susu , Tindol (en pular), le proverbe porte toujours le sceau de la collectivité qui l’a synthétisé. Qu’il soit à caractère humaniste , humoristique , économique , stoïcien etc…le proverbe est toujours de plein de philosophie . Bien que revêtant des couleurs locales, les proverbes en tant qu’archétypes de la conception de l’univers, partout où l’homme affronte l’homme ou la nature ont une irremplaçable valeur.

Le proverbe est la finale du conte.

Le proverbe peut donc réfléter les contradictions de classe de la société dont il est le fruit. La galerie animale que peut comporter un proverbe n’est souvent en réalité que le transfert de notre société, avec ses vices et ses vertus, ses faiblesses et ses forces, la lutte des puissants et des opprimés.

Généralement en Guinée, tout proverbe peut être introduit dans un chant. La gamme de choix étant large, le traditionniste, selon la nature du choix, trouvera le proverbe conséquent . Les proverbes fortifient les chants , ils concourent  à former un ou plusieurs couplets ou  sont alors des refrains.

Dans les chants pular par exemple, la phrase ordinaire est généralement maintenue. Autrement dit que toute phrase peut-être chantée selon la circonstance, la puissance d’improvisation de l’artiste, la force de son inspiration . Ainsi les proverbes sont introduits dans les chants sous la même forme que dans les discours ordinaires .

En Guinée, les proverbes existent sous deux formes: les proverbes chantés et les chants en proverbes.

NOUVEAUTÉ: IZO ISMAEL, UN RAYON DE SOLEIL REGGAE

Conakry, 10/10/02 – Une nouvelle vedette est née est Guinée : IZO ISMAEL. Un jeune charmant et créatif. Il invente le’’Reggae-Respect’’, une musique à la sauce guinéenne, avec des ingrédients tropicaux de qualité. Son style est fait de paroles solides que le quotidien du guinéen lui inspire.Un album de 10 titres sort de sa première expérience pour l’imposer simplement comme le nouveau porte-drapeau du Reggae made in Guinea avec la notion de ‘’Reggae-Respect’’.

Respect des traditions guinéennes, respect des aînés, respect des valeurs africaines. Avec IZO ISMAEL, le reggae guinéen explore de nouveaux horizons grâce à la voix limpide et cristaline de ce jeune trentenaire, venu de nulle part et qui va terrasser nos habitudes musicales. IZO ISMAEL est une nouvelle découverte de la maison Clipson en partenariat avec un certain Hady Yansané, un producteur qui fait ses premiers pas.

Electricien de formation, IZO ISMAEL étonne par la densité de ses textes, la force de son timbre et l’harmonie naturelle de sa voix. Les émules du légendaire prophète du Reggae, Bob Marley, commencent petit -a petit à occuper la place. Les musiques composées par IZO ISMAEL apparaissent comme le début d’une grande aventure, d’un grand amour entre les mélomanes guinéens et lui. De son vrai nom Ismael Sylla, le jeune chanteur a créé un charmant sobriquet qui pourrait le mener loin, surtout que sa monture est bien faite et solide.