Le football est facteur d’union dans une saine émulation. Le football est aussi émotion. Cette émotion est si vive qu’elle fait perdre en nous le self-contrôle, au point de nous détester un temps soit peu. C’est ce qui arrive souvent entre Guinéens et Sénégalais.

L’histoire remonte à longtemps. Durant les années 50, le grand club de la Guinée française (SSG: Société Sportive de Guinée) jouait souvent contre ses homologues sénégalais qui prenaient le dessus.

Capitale de l’AOF, le Sénégal avait plus d’atouts matériels, financiers que toutes les autres colonies. Les clubs sénégalais étaient plus huppés et l’emportaient souvent. La tendance s’est nettement renversée à partir de la fin des années 60. Le Jaaraf et la Jeanne d’Arc de Dakar, en plus de l’équipe nationale du Sénégal étaient presque à la merci du Hafia et du Kaloum Star de Conakry, ainsi que du Syli National sur plus de 15 ans.

Pour en avoir eu marre de l’obstacle que la Guinée représentait pour son pays, Mawade Wade, le puissant dirigeant du football sénégalais et membre influent de la CAF à l’époque, ne cessait de réagir en faveur d’un nouveau schéma de tirage des éliminatoires.

L’élimination des Sénégalais par les Guinéens était devenue récurrente aussi bien à la coupe Cabral qu’aux autres compétitions africaines. A ce moment, il n’y a pas eu de sentiment anti-guineen à Dakar. Mieux, des Sénégalais venaient suivre des matchs du Hafia à Conakry ; quand bien même, les relations entre les deux gouvernements évoluaient à dents de scie.Résultat de recherche d'images pour "senegal guinee"

Cette phase de l’histoire des relations sportives entre les 2 pays mérite d’être rappelée. A partir des années 80, le football sénégalais a repris le dessus sur le nôtre. L’organisation de la CAN 1992, la prolifération des centres de formation, les résultats des CAN 1994 et 2006 en sont les illustrations dans les confrontations directes. Au titre des palmarès comparés en équipe nationale, le Sénégal a une longueur d’avance sur la Guinée, avec 2 participations à la coupe du monde contre zéro pour la Guinée.

De son côté, la Guinée doit être fière de sa grande avance sur le Sénégal, au niveau des clubs: 4 titres pour la Guinée (trois pour Hafia et un pour Horoya) contre zéro pour le Sénégal. Il faut reconnaître la valeur de ton cousin, même si tu aurais aimé être à sa place.

Contrairement à ce que certains écrivent sous l’effet de l’émotion, je refuse de croire que les Sénégalais n’aiment pas les Guinéens. Je refuse de croire aussi que les Guinéens n’aiment pas les Sénégalais. Le Sénégal a été de tous temps, le pays qui accueille le plus grand nombre de Guinéens vivant à l’extérieur.

La Guinée est l’un des premiers pays à accueillir des Sénégalais aux premières heures de la période coloniale. Parmi les footballeurs internationaux Guinéens des années 60 et 70, figurent des Sénégalais d’origine : Dia Aly Badara, Sagna Oumar, Alkaly et Mbaye Dour,.. Dans les rangs des Lions de la Teranga, bien de joueurs d’origine Guinéens ont mouillé le maillot (Henri Camara, Souleymane Camara, Keita-Balde et bien d’autres).

La plainte du Sénégal ayant abouti à l’élimination du Syli cadet de la coupe du monde, ne doit pas être récupérée pour développer un sentiment de haine entre les deux pays. Sur ce sujet, nous devons nous en prendre à nous mêmes.

Nos dirigeants sportifs auraient dû chercher les fautifs dans nos rangs. Le cas échéant, anticiper les sanctions à leur encontre, et faire valoir la diplomatie entre les deux fédérations et les deux Gouvernements. Le Sénégal aurait certainement compris l’innocence de notre fédération et retiré sa plainte.

Au lieu de vérifier l’accusation et chercher les coupables, nous avons donné l’impression de jouer au donneur d’ordre aux coupables. C’est dommage pour nous. Mais, ce n’est pas une raison pour certains d’entre nous d’invectiver les autres Guinéens qui soutiennent le Sénégal à ce niveau de la CAN.

C’est le seul voisin qui reste en course. N’oublions pas que lors de la CAN 1976, tout le Sénégal soutenait le Syli National face au Maroc, que lors coupe du monde 2002, toute la Guinée vibrait pour le Sénégal. C’est cette dymanique qui devrait nous habiter.

Les mauvaises humeurs de cousins émotifs et peu mâtures ne doivent pas entacher le cousinage tel que recommandé par notre sociologie.

Bonne chance aux Lions du Sénégal, seul représentant de la CEDEAO dans la compétition!!

Ibrahima Jair KEITA

Conakry, GUINEE

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