A peine les observateurs se livraient à l’évaluation de la première année de fonction du Premier ministre, que la nouvelle de la démission du ministre de la justice est tombait dans la matinée du lundi. Une annonce qui a surpris plus d’un.

En effet le garde des sceaux, en dépit des récriminations faites à l’endroit de la justice apparaissait  aux yeux de l’opinion publique comme un technocrate au-dessus de la mêlée. Bien que concerné au premier chef du débat, qui fait actuellement rage autour du projet de modification de la constitution, il avait pris ses distances et observait avec indifférence les agitations en cours.

Après donc la démission du ministre de l’unité nationale et de la citoyenneté le 14 novembre 2018, le ministre de la justice lui emboîte le pas ce 27 mai. Une démission qui va probablement laisser des traces dans le gouvernement. Depuis quelques semaines, la justice est en proie à des critiques acerbes de la part de responsables de la mouvance présidentielle. Une attitude qui a conduit l’Association des magistrats à envisager des représailles. A cette situation délétère, s’ajoute la confrontation –encore verbale- entre les partisans d’une modification de la constitution et ceux qui s’y opposent. C’est donc dans ce climat, que le ministre Sako a décidé de rendre le tablier depuis la France d’où il est venu pour occuper une fonction ministérielle.

Dans une missive datée du 20 mai adressée au chef de l’Etat, il explique avec force détails les motifs de sa décision. Le 14 avril dernier, il aurait exprimé au président de la république son intention de ne plus servir le pays, et demandé son remplacement. Parmi les raisons de ce départ du gouvernement de maitre Cheikh Sako, figure notamment son opposition à une modification de la Constitution guinéenne qui vise à permettre à Alpha Condé à continuer à diriger la Guinée au-delà de 2020.

Qui est Maître Cheick Sako ?

Très peu connu en Guinée, il serait intéressant de suivre le parcours de celui, qui  a pris son courage à deux mains pour renoncer à sa fonction ministérielle. C’est à la faveur de la constitution du second gouvernement du premier ministre Mohamed Saïd Fofana en janvier 2014, que l’ex avocat au barreau de Montpellier était nommé ministre d’Etat à la justice et Garde des Sceaux. Vivant en France depuis 37 ans, il a ouvert son cabinet de juriste et d’expert à Montpellier. En homme avisé, il avait laissé sa famille en France, et résidait durant son séjour dans un réceptif de la place.

Globalement ce technocrate bénéficie de la compréhension de l’opinion publique, qui trouve en lui un homme de conviction. La démission n’est pas encore systématique dans les mœurs de notre pays. Nos ministres dans leur majorité préfèrent jouir de leurs privilèges et autres avantages matériels et financiers, quitte à sacrifier l’intérêt public.

Que retenir de cette démission ?

Le départ de ce ministre ‘’ apolitique’’ va probablement conforter la thèse des faucons du pouvoir favorables au projet de la nouvelle constitution. Il ne serait pas surprenant de voir un homme lige occuper le poste vacant. Ce qui affecterait sérieusement la séparation des pouvoirs socle de l’ancrage démocratique dans un pays.

Sur un autre plan, il serait intéressant de voir si cette démission aura un effet d’entraînement au sein du gouvernement. En dépit des rassurances des responsables de la mouvance présidentielles, des ministres ne partagent guère le projet de la nouvelle constitution. Le problème est de savoir si ces ministres silencieux oseront imiter Maître Cheick Sako.

 

Momo SOUMAH pour JMI

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