Le Premier ministre a rendu sa démission au Chef de l’Etat IBK. Dans la nuit d’avant hier, il a officialisé son départ après des semaines de divergences de vue autour de sa personne.

A quelques heures de la motion de censure le concernant ,Soumeylou Boubeye Maiga a rendu le tablier. En ces termes il a déclaré : « Mes cher(e)s compatriotes, J’ai remis ce soir au Président de la République, Chef de l’Etat, SEM Ibrahim Boubacar Keïta, ma démission et celle du Gouvernement. J’ai exprimé au Chef de l’Etat notre reconnaissance et notre gratitude pour sa confiance et notre fierté d’avoir pu servir notre pays et nos concitoyens à un si haut niveau de responsabilité dans une période cruciale de notre Histoire. Je saisi l’occasion pour exprimer à tous les membres du Gouvernement mes félicitations et ma reconnaissance pour les résultats obtenus au service de l’Etat. »

DÉPART DANS LE TIMING

C’est donc la tombée des rideaux d’une saga où les débats de personne ont pris fin. On se souvient que depuis peu, la société civile conduite par les leaders religieux avait demandé son départ. Du meeting de Yirimadio à la marche démonstrative du vendredi 5 Avril , Boubeye était au cœur de la fronde sociale. Il fut traité de toutes sortes de noms d’oiseaux au nom de la conjoncture socio-sécuritaire que traverse le Mali.

De surcroît , il quitte la cité administrative à un moment où la motion de censure était brandie contre son gouvernement.Fait anodin , c’est la majorité et l’opposition qui ont déposé la fameuse motion. Comme pour dire que la classe politique était prête à tout , pour que SBM soit mis à la retraite. Conscient de la déchirure du tissu politique en vue si la plénière sur la question avait lieu cette journée de vendredi , le désormais ex-PM a quitté ses fonctions.

Il a montré que sa personne importe peu et que le Mali prime en vrai Homme d’Etat !

QUI POUR LE REMPLACER ?

La démission du président de l’ASMA était devenue un préalable pour certaines formations de son camp notamment l’EPM. Ouvertement on ne se cachait plus de voir partir celui qu’on nomme affectueusement LE TIGRE. Depuis peu, les rumeurs avaient pris de l’ampleur avec la nomination de l’ancien PM Modibo Sidibé. Au fil des semaines , c’est l’ombre du ministre Ag Earlaf qui a fini par planer. Ce dernier actuellement au département de l’administration territoriale est une figure du parti présidentiel RPM.

Pourtant les partisans de sa motion à l’image du député Mamadou Tounakara ont plutôt opté pour Dr Bokary tréta. Actuel président du RPM , il a toujours fait office de Premier Ministre naturel pour la famille politique du Chef de l’Etat. Beaucoup dans les rangs des tisserands ont considéré son absence à la Primature comme une trahison.

Or , l’actuel ministre de la justice notamment Tiena Coulibaly fait partie des solutions externes au RPM. L’ancien onusien pourrait être préféré par Michel Sidibé non moins Directeur Exécutif sortant d’ONU SIDA. Comme pour dire que le poste de Premier Ministre ne manque pas de prétendants. Si le départ de Soumeylou Boubeye Maiga reste une victoire pour ses détracteurs dont le RPM , est ce que le parti présidentiel sera à même de dicter au Président IBK sa ligne de conduite quant au choix du 6ème  chef de gouvernement en ..6 ans aux affaires ?

BILAN A LA HAUTEUR DES ATTENTES

Quoi qu’on dise , le Premier Ministre démissionaire a été à la hauteur des défis. Arrivé à un moment où la discipline n’était plus dans les rangs du gouvernement, il a vite rappelé à l’ordre les ministres qui se pensaient intouchables. Mieux , EL TIGRé a imposé une ligne de fidélité aux membres de la majorité d’alors à savoir la CMP. Ce qui lui vaudra une guerre de leadership avec Dr Bokary Tréta qui était décrié par les partis alliés. Pourtant , les formations politiques soutenant IBK ont vite fait de dégager leur positon avant l’heure de la présidentielle de 2018.

Une élection où le candidat de Soumeylou Boubeye Maiga a gagné pour la seconde fois. C’est d’ailleurs cette façon d’orchestrer qui séduit dans la société malienne au vu des adhésions massives à l’ASMA. Même lors des législatives avortées de fin 2018 , les députés vomis par leur base ont trouvé comme issue le parti du TIGRE.Sa reconduction à son poste aura prouvé que sa gestion des affaires du pays en valait bien la chandelle.

Même le train de vie sera revu à la baisse à travers ce courrier émis en janvier, où les dotations en carburant et beaucoup d’autres choses étaient décriées. Si le Nord du pays a fini par être contenu durant son ministère à la Primature , le Centre du pays aura eu raison de lui. La situation a fini par s’enliser au fil du temps et cela a été utilisé contre lui politiquement. Car ceux-là même qui le combattent dans la rue ou au sein du parti présidentiel voire de l’EPM , ont vu leur vivres coupés du fait d’émarger officieusement sur le budget de l’Etat.

Soumeylou Boubeye Maiga n’a donc pas à rougir de son mandat ou le taux de réussite s’élève à 74% en 1 an 4 mois à la tête du gouvernement soit 16 mois.

UN TIGRE DÉSORMAIS DANS L’ARÈNE

Toute mission a une fin ! Ceux qui croient avoir barré définitivement SBM se trompent largement. Ils l’ont plutôt enlevé plusieurs épines du pied. Car il quitte la Primature dans un contexte où son successeur aura fort à faire. Aussi , le président de l’ASMA se retrouve ( enfin) hors de projecteurs. Etre Premier Ministre , c’est aussi se voir exposé au jour le jour. Or un tigre, un vrai , ne bondit que sur sa proie après un moment d’effacement.

C’est dire que l’arène politique sera mouvementée car le parti de Soumeylou Boubeye Maiga aura désormais son mot à dire. Il ne faut pas oublier qu’avant qu’il n’arrive à la Primature il avait moins de 6 députés. Au moment de quitter la tête du gouvernement  de son pays, il se retrouve avec plus de 20 parlementaires qui ont su rester fidèles en ne créant pas de groupe parlementaire ( du moins pour l’instant).

Le dernier congrès de l’ASMA en Décembre 2019 a montré que l’ancien Premier Ministre dispose d’une base forte et représentative. Les alliances autours de son parti pour les prochaines législatives ne sont donc pas fortuites. Aussi , les arguments sont là pour qu’il prétende au fauteuil de Koulouba bien que nous n’en sommes pas encore là. L’heure sera désormais à la consolidation des acquis pour SBM qui a une connaissance accrue des défis du Mali et apportera sa contribution même étant hors du gouvernement.

 

Idrissa KEITA pour JMI

Correspondant particulier de JMI au Mali

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