Cette semaine M. Abass Bangoura, Directeur général du Bureau Guinéen des Droits d’auteur, BGDA, s’est longuement entretenu avec notre site, pour nous plonger au cœur des préoccupations de son service. Les artistes, leurs droits, qu’il appelle leur « halal », leurs déviances aussi, enfin leurs messages, etc. Tout un programme. 

JustinMorel.Info: Vous venez d’être confirmé à votre poste de Directeur général lors du dernier remaniement au niveau de votre département, vous paraissez vraiment motivé…

Abass BANGOURA: D’abord tout le plaisir est pour moi de recevoir dans les locaux du BGDA les journalistes dun site d’un grand homme de culture de ce pays, je veux parler de Justin Morel Junior. Pour revenir à la question, ma confirmation représente pour moi quelque chose d’interpellatif, un nouveau défi par rapport aux actes positifs que j’ai posés auparavant. Ce qui signifie qu’il me revient la lourde tâche de relever ce grand défi, à travers les actes qui vont être beaucoup plus visibles et beaucoup plus positifs que les premiers.

C’est pourquoi d’ailleurs, que, revenant de l’Académie de L’OMPI, qui est la sommité de la formation en propriété intellectuelle dans le monde entier, je vais mettre l’occasion à profit pour user des expériences acquises de cette formation, d’user des enseignements reçus de cette formation, pour les appliquer aux réalités de la Guinée afin de booster d’avantage le niveau de l’organisme des droits d’auteur que j’ai la lourde charge aujourd’hui de diriger, à travers une confiance, la confiance inestimable du Professeur Alpha Condé, sur proposition, de Monsieur le ministre Bantana Sow à qui je resterais éternellement devoir en reconnaissance à son.attention soutenue aux différents actes. On peut poser des actes mais si on a pas la chance que ces actes soient perçus par son chef du département qui apprécie à juste valeur, vous pouvez imaginer ce que ça peut donner … J’ai été très touché par cette confirmation et la réponse que je dois donner à cela est de faire mieux qu’avant

JMI: Quels changements comptez-vous apporter au BGDA pour le bien et le bonheur des artistes ?

AB: La.meilleure façon de répondre à une confiance renouvelée consiste à apporter des changements qualitatifs aux actes préalablement posés. Quarante huit heures après ma confirmation, je suis allé à l’Académie. Aussitôt revenu j’ai commencé à faire des rencontres au sein d’abord du ministère, à l’interne ; mais au delà du ministère je rentre à peine de la primature et du ministère du budget où j’ai eu des séances de travail par rapport au renforcement, car ce qui reste incontournable pour notre bon fonctionnement aujourd’hui, ce sont les moyens financiers. Je suis allé me mettre avec les services techniques du budget où je viens de constater, je profite de votre média pour le dire, qu’une omission a été faite des redevances des droits d’auteur, qui représente le « Halal » des artistes, comme je le.dis; vous pouvez imaginer ce que ça.fait?

Alors donc j’en fait ma préoccupation personnelle; du ministère du budget je suis allé voir mon ministre sectoriel, le ministre Bantama Sow pour attirer sa haute attention que les redevances des droits d’auteur dans la loi des finances ont étés omises. Monsieur le ministre qui m’a accordé son.soutien, m’a demandé de faire une lettre qui devra.être adressée à son homologue du budget, afin de remédier à cette erreur, car vous savez ce que représentent les droits d’auteur pour les auteurs.

C’est l’oeuvre qui représente le sang de l’auteur. Je profite de l’occasion pour dire que les droits d’auteur que l’État paie pour les artistes n’est pas un cadeau, c’est payé par rapport à l’utilisation faite par les médias d’État des œuvres de ces auteurs. Donc étant un halal,  on va mettre les bouchées doubles pour le débloquer. Parmi les changements que je compte apporter, il s’agira aussi des renfoncements de capacité à travers des missions de formation que j’ai initiées, je suis entrain de concevoir un plan de formation en faveur des travailleurs du BGDA.

Il va y avoir des missions.en.Guinée, en dehors de la.Guinée pour aller s’abreuver à la.source d’autres organismes de droits d’auteur qui sont, il faut le reconnaître, grandement en avance en Afrique de l’ouest aujourd’hui comme le bureau burkinabé des droits d’auteur d’où je reviens, comme le Bureau ivoirien des droits d’auteur, comme l’Algérie un peu plus loin; j’ai réussi à sceller un pacte avec mes homologues des organismes de ces différents pays pour que l’envoi soit fait de certains cadres de chez nous pour aller copier ou prendre ce qu’ils ont  de positif afin de rehausser le niveau de perception du bureau guinéen des droits d’auteur. Ça fait partie de certains nombres d’initiative que j’ai prises dans le cadre du rehaussement du niveau de perception du BGDA.

JMI: Monsieur le Directeur, le cas de l’artiste Djaman défraie la chronique ces derniers temps dans la cité, qu’en pensez-vous, et que pouvez-vous nous en dire ?

AB : C’est avec un cœur serré j’aborde le sujet sur Djaman, je.suis.très désolé que ça se passe ainsi. Aujourd’hui, sans exagérer je suis un peu comme « le père des artistes » en république de Guinée, car la mission régalienne d’un organisme des droits d’auteur, c’est la protection des intérêts matériels et moraux des auteurs de la république de Guinée mais aussi ceux des auteurs étrangers dont les œuvres sont utilisées ici, mais les gens ont tendance à croire que ce n’est que les droits des œuvres des auteurs guinéens qui doivent faire l’objet de protection. Mais à travers la convention mère sur les droits d’auteur qu’on appelle la Convention de Berne, dont l’un des principes fondamentaux s’appelle le traitement national CR, qui veut dire de protéger les œuvres étrangères, de la même manière que nous protégeons les œuvres nationales.

C’est pourquoi pour aborder le sujet, j’ai exprimé d’abord ma désolation. Me réclamant être « le père des artistes », vous pouvez imaginer ce que ça fait qu’on se comporte comme Djaman est entrain.de le faire. Ainsi les artistes qui posent des actes vraiment qui honorent la famille culturelle vont mériter des récompenses, les enfants de la famille culturelle qui vont mal se comporter, seront mis à la disposition des services compétents pour les sanctionner. J’ai été très touché, je revenais de mon voyage d’études quand la brigade de lutte contre la piraterie a attiré mon attention sur cet état de fait. J’ai dit que je ne m’opposerai à quoi que ce soit à l’encontre de toute personne qui exposerait la nudité de la femme, qui tiendrait des propos injurieux. La fois dernière les gens ont voulu me faire comprendre que Koundouwaka ferait la même chose ainsi que Cheka, je leur ai dit non, ces deux se sont servis de figures des style, on nous l’a appris en technique d’expression, à les entendre on comprend les messages qu’ils veulent transmettre; mais Djaman l’a fait de la manière la plus vulgaire, mes chers frères vous avez des mamans, vous avez des sœurs, vous avez des filles, vous avez des épouses. Moi je ne vais jamais m’associer à tout ce qui va dans le sens de traîner la femme dans le déshonneur, dans la boue. C’est pourquoi des que je fus alerté par la brigade, ne pouvant me substituer à l’Oprogem, l’Office de la Protection des Genres, de l’enfance et des mœurs, relevant du ministère de la sécurité, qui a qualité de gérer des problèmes de ce genre, je leur ai demandé de le transférer à ce niveau, car ça relève de leur compétence, c’est ce qui fut fait.

Nous nous luttons contre la piraterie. C’est pourquoi de temps à autre, je m’approche de l’Oprogem pour voir l’évolution des choses; mais comme dirait l’autre, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. La liberté du BGDA s’arrête à la porte de l’Oprogem qui a qualité de gérer ce dossier.

Cependant, aux dernières nouvelles, Djaman est libéré provisoirement, sous caution, pour 20 jours durant lesquels jours ses faits et gestes seront suivis à la loupe. Si c’est positif comme promis par lui, il pourrait bénéficier de circonstances atténuantes. Si c’est le contraire, il sera jugé et condamné.

JMI: Vous étiez récemment au Burkina…

AB : Je m’y suis rendu dans.le cadre de l’Académie mondiale de la propriété intellectuelle dans le cadre d’une formation: les Cours de formation technique avancée en droits d’auteur, droits voisins, et gestion collective. La formation a porté sur sept grands thèmes, sur cinq jours de formation, avec des cours intensifs animés par d’éminents professeurs en matière de propriété intellectuelle du monde entier, venant du siège de l’Organisation mondiale.de la propriété intellectuelle (OMPI). Je peux vous présenter le diplôme que j’ai reçu de haute lutte. Après donc cette formation je suis à mesure à me prêter à beaucoup de questions. Je profiterais de toute occasion pour mettre ces acquis à la disposition de mon pays.

JMI: Brièvement on peut savoir c’est quoi les droits d’auteur?

AB : Les droits d’auteur c’est l’ensemble des prérogatives dont jouit un auteur sur ses œuvres; ces droits sont inaliénables imprescriptibles, et opposables à tout. Je ne vous apprends rien en disant que toute oeuvre est fruit d’un effort intellectuel, celui qui met cette oeuvre au monde est celui-là qu’on appelle le propriétaire intellectuel, d’où la notion de propriété intellectuelle.

Toutes les branches de la propriété intellectuelle tournent autour de l’oeuvre. Celui qui met l’oeuvre au monde s’appelle l’auteur et ce sont ses droits qu’on appelle droits d’auteur, et c’est ce que nous gerons ici. J’ai l’habitude de l’appeler le « halal » des artistes. Voyez par exemple les pirates qui empêchent les auteurs de bien profiter de leurs œuvres.

JMI: Maintenant qui a droit et qui n’a pas droit aux droits d’auteur ? C’est très important de le clarifier…

A droit aux droits d’auteur, celui qui a l’oeuvre, celui qui a déclaré légalement son oeuvre, même inachevé vous pouvez faire le dépôt légal de l’oeuvre. Nous avons au niveau du BGDA, la commission d’identification des œuvres, cette commission est chargée de vérifier la moralité de l’oeuvre mise à disposition pour utilisation, pour voir si le contenu de l’oeuvre n’affecte pas nos coutumes et mœurs. Après ce travail nous mettons l’hologramme sur le produit, pour sa mise à la consommation. Ceci pour faire la différence entre les œuvres originales et les œuvres piratées.

Les artistes qui se plaignent sont souvent ces artistes dont les œuvres ne franchissent pas le seuil du Palais du peuple, des œuvres qui ne vont pas loin. Après la dédicace c’est fini. Faites les recherches, vous verrez qu’un Bambino ne se plaindra jamais, car il ne court pas derrière… Les droits d’auteur doivent courir derrière les artistes, quand l’oeuvre est bien conçue et légalement diffusée. Un Fodé Baro ne court pas derrière les droits, c’est les droits qui courent derrière lui; un Azaya, qu’il m’en excuse avec tout ce qu’il prend comme droits ici, ne court pas derrière les droits, un Ali 100Song, Ibro Gnamet tous ceux-ci ne courent pas derrière les droits d’auteur, c’est les droits qui courent vers eux, car les œuvres sont utilisées!!

Comme pour dire que c’est l’oeuvre elle même qui fabrique les droits. Je peux vous rassurer que chez nous, il n’ya pas de problèmes, depuis que nous sommes à la tête de cet organisme, nous faisons tout pour que les artistes reçoivent leur « halal » à la hauteur de leurs œuvres diffusées.

JMI: Votre message de gestionnaire des droits d’auteur…

AB : Je voudrais lancer un appel aux artistes guinéens qu’ils sont des messagers, que les messages qu’ils transmettent n’offusquent pas, n’écornent pas nos mœurs, nos coutumes, qui ne traînent pas la nudité féminine…, alors qu’ils passent des messages de sensibilisation qui reconstruisent le tissu social, tant d’autres bons thèmes éducatifs, que de tenir des propos qui empêchent les gens de dormir, excusez moi quand j’ai écouté le morceau, l’oeuvre incriminée de Djaman, c’était à 22h, mes chers frères, ça m’a coupé le sommeil et je n’ai même pas terminé l’audition car, ce qu’il dit dans cette chanson, je n’avais jamais entendu pareil de ma vie!

Je demande aux artistes de venir au BGDA; au BGDA nous sommes comme des employés pour les artistes. Sans artistes, il n’y a pas d’œuvres, sans oeuvres, il n’y a pas de droits d’auteur, sans droits d’auteur, il ne saurait y voir un Bureau Guinéen des Droits d’Auteurs.

Propos recueillis par Tabassy BARO  et Léon KOLIE pour JMI

Crédits Photos : Boubacar CAMARA, JMI

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