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La presse guinéenne traverse une crise profonde. Intimidations, arrestations, procès, bastonnades, etc….mais le non-paiement de la subvention de l’année en cours, semble être une étape de plus de franchie, qui resserrent encore un peu plus l’étau autour des médias en Guinée.

Régie par une loi organique promulguée par l’assemblée nationale, la subvention annuelle allouée aux médias est un principe acquis depuis plusieurs décennies en Guinée, mais qui semble être remis en cause par le pouvoir en place, par qui ? Personne ne saurait le dire, car de l’avis des présidents des différentes associations de presse toutes les démarches ont été menées auprès des autorités et des personnes de bonnes volontés pour débloquer la situation.

C’est face à cette situation d’impasse que les principales associations de presse guinéenne issues respectivement de la presse en ligne, de l’audiovisuel, de la presse écrite, en l’occurrence l’AGUIPEL, l’URTELGUI,  l’AGEPI, l’APAC, ont animé une conférence de presse ce mercredi 26 décembre 2018, à la maison de la presse à Conakry pour dénoncer une violation flagrante des textes légaux et une tentative de musellement.

Aux lots de toutes les plaintes et des conséquences liées au retard du paiement de la subvention annuelle, la situation de la Maison de la presse de Guinée est celle qui semble le plus inquiéter puisque les revenus tirés de son exploitation n’arrivent plus à couvrir ses charges de fonctionnement notamment le loyer et risque donc de fermer. Les dettes cumulées tournent autour de 212 millions de francs guinéens.

« C’est avec  le cœur serré que je l’annonce mais nous sommes obligés de prendre des mesures radicales notamment fermer la maison de la presse, nous on ne comprend pas pourquoi le budget qui a pourtant été voté par l’assemblée nationale n’est toujours pas mis à notre disposition sinon le dossier n’attend que la signature du ministre des finances qui refuse de signer on ne sait pas pourquoi… » a averti Amadou Tham Camara, président de l’association guinéenne de la presse en ligne (AGUIPEL).

Kerfalla Sannou Cissé, président de l’Union des radios et télévisions libres de Guinée (URTELGUI) est revenu sur l’historique de l’instauration de la subvention en rappelant que la subvention allouée aux médias guinéens a démarré grâce aux efforts fournis par les pionniers et équivalait à 300 millions avant de monter à 450 millions, puis de monter en flèche sous la junte (CNDD) du capitaine Dadis avant d’être relevé à 5 milliards de francs sous Alpha Condé. Mais à partir de l’année prochaine la subvention va rechuter à 3 milliards comme l’a annoncé les autorités.

Le président de l’URTELGUI s’est interrogé sur cette attitude qui consiste à piétiner les acquis obtenus de haute lutte. Il a ensuite fait un bref comparatif avec le traitement en termes de subvention avec quelques pays de la sous-région comme la Côte d’Ivoire, le Mali, la Sierra Léone, le Sénégal qui, non seulement ont des maisons de presse dignes de ce nom mais dont la subvention de Guinée ne fait pas le poids avec ses misères 3-5 milliards de francs . Il a conclu en déclarant que l’heure est grave pour la presse privée guinéenne.

Le président de l’association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (AGEPI) Moussa Iboun Conté a pour sa part abordé sur l’aspect base légale de la subvention qui selon lui est encadrée par une loi organique, tout en précisant que ce n’est pas une aumône qu’on fait aux medias et que ladite subvention est plutôt un droit. Il a dénoncé l’attitude de la HAC qui fait selon lui la sourde oreille au lieu de jouer son rôle.

Pour Asmaou Diallo de l’APAG, elle s’est interrogée sur l’avenir de la presse guinéenne en déclarant en passage que si cela continue comme ça un jour on ne parlera plus de presse en Guinée. Elle a par ailleurs pointé du doigt, en substance, une volonté manifeste des autorités d’affaiblir la presse guinéenne.

Le ton est ainsi donné. Les associations de presse ne comptent plus jouer au conciliateur ou courir derrière qui que ce soit pour la subvention, elles vont désormais réclamer un droit à travers toutes les possibilités légales qui s’offrent à elles.

Mamadou Aliou DIALLO pour JMI

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