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Kafèlè est un village situé à 25 km du chef-lieu de la commune rurale de Tanènè dans la préfecture de Boké. Lors d’une séance d’échanges avec les notables du village sur l’importance de la vaccination de routine et la promotion des Pratiques Familiales Essentielles, nous avons fait une rencontre inhabituelle, celle d’un mobilisateur social non-voyant : Thierno Niassa. Âgé de 48 ans et résidant à Kafèlè depuis toujours, Thierno est un mobilisateur très engagé.
Karim Sylla, consultant en C4D à l’UNICEF, s’entretient avec Thierno Niassa © A. Sylla

Le thème de la causerie éducative de ce jour était la rougeole. Maladie virale grave et extrêmement contagieuse, le virus rougeoleux se transmet habituellement par contact direct ou par l’air. Il infecte les voies respiratoires avant de se propager dans tout l’organisme.
S’adressant à la foule, Thierno Niassa témoigne des circonstances qui l’ont conduit à perdre la vue depuis sa tendre enfance : « Moi qui suis devant vous, je ne suis pas né aveugle. Je suis devenu aveugle à cause de la maladie dont je viens vous parler aujourd’hui, la rougeole » .

Thierno Niassa © A. Sylla

Il inspire et poursuit : « J’ai contracté la rougeole à l’âge de 4 ans. Pour me soigner, ma mère a tenté plusieurs méthodes. Elle faisait bouillir des feuilles et me lavait avec. Elle a souvent aussi enduit mon corps de produits fabriqués par les guérisseurs traditionnels, que je buvais ensuite. Entre autres remèdes, on lui a conseillé de bouillir du jus de citron chauffé et de l’appliquer sur mes yeux. Elle a appliqué cela pendant plusieurs jours, sans succès. Ayant constaté que je n’arrivais plus à voir, elle m’a envoyé à l’hôpital de Boké, puis en dernier recours à l’hôpital de Donka ».

Thierno Niassa © A. Sylla

D’une voix triste, Thierno Niassa conclut : « C’est à Donka que le médecin a informé ma mère “Thierno ne verra plus jamais.” En plus de cette nouvelle très triste, notre famille a été affligée au même moment par la perte de l’enfant que portait ma mère, une perte due aux nombreux voyages qu’elle a effectués entre Boké et Conakry en tentant de sauver mes yeux » . Reconnaissant envers ses parents, Thierno précise : « Pendant la période qu’a duré ma maladie, mon père a soutenu ma mère en cherchant des médicaments à chaque fois et aussi en finançant nos voyages et nos repas. Malgré ses efforts, je n’ai pas échappé à la cécité ».

Thierno est engagé dans les activités de sensibilisation de la communauté depuis 14 ans auprès du centre de santé de Tanènè. Sur son rôle de mobilisateur social, un travail qui n’est pas sans difficultés, Thierno dira « Il arrive que certains habitants me traitent de menteur, d’autres m’accusent d’avoir perçu de l’argent de la part des autorités. Toutefois, avec ma persévérance et à travers des exemples pratiques tels que les conséquences visibles de la rougeole et les effets néfastes de la non fréquentation des structures sanitaires, ils finissent par être convaincus et à me faire confiance. Pour moi, le plus important c’est qu’un enfant ne soit plus victime de rougeole ou de toute autre maladie évitable par la vaccination.

Thierno Niassa entouré de sa famille © A. Sylla

Né d’une famille polygame, Thierno Niassa est marié et père de trois enfants. Avant de clore son intervention lors de la causerie éducative, il rappellera à tous que la rougeole n’est pas une fatalité. Elle est évitable par le simple geste de la vaccination.

Karim Sylla, consultant en Communication pour le développement, UNICEF Guinée

UNICEF Guinée

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