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En séjour en Guinée depuis quelques jours dans le cadre de l’évènement-phare de la mode guinéenne «  Guinée Fashion week » JMI (justinmorel.info) l’a rencontrée pour parler d’elle, de sa carrière, de ses œuvres, bref de mode en général…Lisez !

JMI : Bonjour Nabou, quelle est l’objet de votre visite en Guinée ?

Nabou : je suis venue assister au « Guinée flashion week » qui doit se tenir ce samedi à Conakry, j’ai été invitée en tant que styliste sénégalaise par Binta des États-Unis. C’est toujours pour moi un réel plaisir de venir en Guinée, la preuve, c’est mon deuxième séjour en seulement quelques mois.

JMI : parlez-nous de vos débuts, de votre carrière ?

Nabou : En fait moi, je suis une styliste sénégalaise qui a longtemps évolué dans la mode parce que je suis rentrée dans la mode en tant que mannequin. J’ai fait des photos de mode, j’ai défilé un peu partout en Afrique, en Europe, j’ai eu à travailler avec les grands stylistes africains, cela me fait 10 ans de stylisme et j’ai toujours été passionnée par la mode depuis mon jeune âge.

JMI : quelless sont les maisons pour lesquelles vous avez défilé en tant que mannequin ?

Nabou : Shalimar Couture, Alphady,.. J’ai travaillé avec des stylistes sénégalais et africains, notamment Talibé Bah qui est Guinéen, le Nigérien Alphady, en Côte d’Ivoire avec Pathé O. Donc dans les évènements de mode en général, c’est plusieurs stylistes qui sont présents, donc en fonction de mon programme j’ai eu quand même à côtoyer pas mal de stylistes. Je peux dire que je me suis formée sur le tas parce que j’ai été toujours passionnée par la mode et je suis allée en profondeur, en étant très curieuse. J’ai beaucoup appris côté technique avec des créateurs que j’ai eu à côtoyer, mais bon, c’est vrai que plus tard quand j’ai décidé vraiment de me lancer. J’ai quand même eu un petit recyclage de six mois pour savoir de quoi il s’agissait techniquement; parce qu’à l’avenir, il fallait pouvoir corriger ses employés, savoir de quoi on parle, donc globalement, c’est comme ça que je suis rentrée petit à petit dans la mode. J’ai eu à faire beaucoup de shows, on m’invite un peu partout en Afrique et ailleurs…  Je suis invitée à Bamako tous les deux ans au Festibazin, donc ça  m’a ouvert un peu les yeux sur l’Afrique. Après le défilé, l’idée des ventes privées m’est venue. Donc à partir de ce déclic, après chaque défilé désormais, je reçois les gens, pas forcément pour acheter, mais pour des rencontres B to B. C’est toujours un réel plaisir de vulgariser une marque africaine …

JMI : En parlant de marque, quel votre label ? Depuis quand avez-vous démarré vos activités ?

Nabou : Mon label, c’est NABOU Création, qui a été lancé en 2008

JMI : En tant que mannequin et styliste qui est-ce qui vous a influencée ?

Nabou : Etant mannequin, je ne peux pas dire que c’est tel ou tel qui m’a influencée, c’est vrai qu’il y avait des gens que j’aimais bien, comme Katoucha quand je la regardais défiler, ça me faisait rêver. Je suis une inconditionnelle de la mode c‘est-à-dire la mode fait partie de moi. C’est inné en moi, j’ai toujours voulu baigner dans ce milieu-là.

JMI : Vos sources d’inspiration ?

Nabou : Tout m’inspire en fait. Pour s’inspirer on ne s’arrête pas, parce que quand on est fonctionnaire, on travaille de 8h à 18 h mais quand on est créateur, on travaille 24h/24h, pour réfléchir parce que la machine ne s’arrête pas. On est toujours en train de s’inspirer, de réfléchir sur les couleurs, sur les matières, ça donne toujours quelque chose. On s’inspire également des choses de la vie courante parce que la vie est très riche surtout en Afrique, on a des matières premières extraordinaires, on a des évènements, on a tellement de choses qui se passent qui peuvent nous inspirer…

JMI : Quelle matière utilisez-vous le plus ? Quel style ressortez-vous dans vos créations ?

Nabou : En fait le choix de mes matières, c’est en fonction du temps parce qu’il ne faut pas oublier qu’on est en Afrique. Il fait chaud et beau, et quand il fait beau, moi je favorise beaucoup plus les couleurs, les matières qui sont agréables selon le moment. Je ne cherche pas forcement de frontières côté matières, en un mot, je travaille ce qui est agréable à la peau et au corps. Moi je pense d’abord à moi, pendant la saison fraiche, je favorise la laine par exemple et quand il fait chaud, c’est plutôt le coton, tout ce qui est léger, tout ce qui est fluide, mais tout en gardant le côté chic et glamour, parce que les idées reçues selon lesquelles pour être belle, il faut souffrir ça n’existe plus ça, nous on est à l’aise, on évolue en belles femmes africaines !

J’adore un tissu comme le ‘’Lépi’’ qui est un tissu guinéen, j’utilise également le voile mauritanien, mais malheureusement en Afrique, j’ai pas toutes les matières que je veux, donc je suis obligée parfois d’aller vers l’Europe, à Dubai, en inde parfois pour les chercher.

JMI : Quelle identité, quelle signature imprimez-vous à vos créations ?

Nabou : Les gens qui me connaissent me reconnaîtront tout de suite à travers mes créations, parce que la plupart du temps j’utilise des contrastes de couleurs avec des broderies fines, faites soigneusement à la main et cela ça se remarque. Nous, nous produisons des tenues tradi-modernes parce que la femme africaine gardera toujours son originalité avec son foulard, avec sa robe, son pagne, sa camisole. La femme africaine moderne bouge beaucoup, fait des activités. Il faut donc que nous tenions compte de l’ouverture de nos clients,  sinon ils ne porteront pas Nabou Création, nous essayons de nous adapter aux pesanteurs et à l’évolution de la société…

JMI : Quel regard portez–vous sur la mode guinéenne ?

Nabou : Je sais que la mode est plus développée à Dakar qu’ici mais les Guinéens travaillent bien, la preuve : la plupart de mes employés sont des Guinéens ! Ce que je vois me plait, c’est bien techniquement, mais il y a encore du chemin à faire. J’ai pas rencontré beaucoup de stylistes comme à Dakar, où dans les autres pays africains, c’est peut-être parce que ce n’est que mon deuxième séjour, mais déjà au regard de ce que j’ai vu, c’est magnifique. Je suis allée chez Talibé Bah, j’ai été impressionnée, j’ai visité ses ateliers, ils font un travail extraordinaire franchement. Je vois qu’ils utilisent bien le ‘’Lépi’ et c’est quand même des matières authentiques, moi j’aime bien.

JMI : On ne peut pas parler de la mode au Sénégal sans parler d’Adama Paris. Quels sont vos rapports ?

Nabou : Adama, c’est une sœur à moi, je lui fais un coucou au passage, c’est quelqu’un qui est un catalyseur de la mode au Sénégal, parce qu’elle est parvenue à mettre un grand coup de projecteur sur la mode africaine, avec son Events, sa chaine de télé et elle ne ménage aucun effort pour booster la mode africaine. Moi-même elle m’a aidé à me faire connaitre, parce que des fois, on me fait passer sur sa chaine. Quand j’ai fait un grand évènement en 2015, avec les albinos, c’est un évènement qui est rediffusé en boucle sur sa chaine de télévision et on m’appelle de partout dans le monde pour me parler de cela, je lui tire le chapeau.

JMI : Revenons sur cet évènement avec les Albinos ?

Nabou : C’était le Nabou Création Show qui a eu lieu en 2015, et qui était à sa première édition. II y aura forcément une deuxième édition, j’y travaille. Vous savez moi, j’aime bien profiter d’un évènement pour donner la voix aux sans-voix. Ceux qui n’ont pas la voix au chapitre, j’aime bien leur donner de la voix. En 2015, j’ai penser aux albinos qui ne sont pas forcément très bien traités en Afrique, qui sont considérés comme des éléments de sacrifice, qu’on doit mettre à part, qui vivent probablement dans la misère parce qu’ils ont toujours besoin de produits pour se soigner, alors que ce sont des êtres humains comme nous !  Je leur ai donc donné ce jour-là, la voix pour qu’ils parlent de leurs problèmes, j’ai fait une calebasse de la solidarité pour que ceux qui voulaient aider les albinos ce jour-là mettent quelque chose dedans. La  remise a été faite le même jour en live. Donc pour la prochaine édition, je donnerai également la voix à d’autres catégories sociales qui sont reléguées dans la société et là je pense aux bébés qui sont abandonnés.

JMI : Est-ce que vous des projets en perspectives pour la Guinée ?

Nabou : J’aimerais bien faire un show ici comme je l’ai fait à Dakar, je suis en train d’en parler, cela est vraiment en phase de projet. Les Guinéens c’est un peuple que j’aime beaucoup, Conakry c’est une ville que j’aime beaucoup, les gens sont gentils. C’est vivant, ils aiment la mode, je ne sais pas, un feeling… ça peut ne pas trop s’expliquer mais j’aime Conakry. La preuve je fais mes valises je viens ici, je reste pendant une semaine et je rentre chez moi, mais je ne veux pas m’arrêter là, je veux vraiment aller en profondeur, pourquoi pas faire un petit showroom ici ? Pourquoi ne pas faire un évènement ici ? Pas aussi grandiose que celui de Dakar, mais au moins le côté social, avoir à faire une participation pour qu’on se dise Nabou Création n’est pas venue pour se faire de l’argent, mais participer économiquement.

JMI : Quels sont les difficultés rencontrées depuis que vous avez le pied à l’étrier dans ce difficile monde de la mode ?

Nabou : Il faut savoir aujourd’hui que nos dirigeants ne croient pas trop en la mode. Tout ce qu’on fait c’est avec les moyens du bord et c’est toujours difficile. On est pas boosté, on n’est pas aidé, on ne croit pas trop en nous, alors que nous sommes des acteurs économiques, on fait travailler du monde, on crée de l’emploi, mais bizarrement on ne nous prend pas au sérieux. Je ne sais pas pourquoi, si c’est peut-être parce qu’il y a trop de bing bling dans le milieu. Au Sénégal nous avons l’association des créateurs du Sénégal dont moi-même je suis membre, mais au Sénégal comme ailleurs en Afrique, nous n’avons pas le soutien des politiques.

JMI : Avez-vous des partenaires guinéens?

Nabou : Non pas encore

JMI : Parlez-nous un peu de Nabou…

Nabou : Mon père est de Kaolack, ma mère est de Diourbel côté Touba, là où il y a la célébration du grand magal actuellement.

JMI : Quel est l’évènement marquant de votre carrière ?

Nabou : Celui avec les albinos, c’est un évènement où l’on voit dans un défilé que les gens sont en train de faire la fête, où les gens sont entrain de pleurer. J’avais une petite albinos de huit ans que j’avais habillée et tout et du coup, on a mis la musique de Salif Keita. Et quand elle est rentrée tout le monde était par terre (entrain de pleurer) et cela m’a beaucoup marquée.

JMI : Est-ce que Nabou Création s’exporte en Europe ou, aux Etats unis par exemple ?

Nabou : en fait moi mon terrain de prédilection, c’est l’Afrique, je vise beaucoup plus le marché africain parce que je mise sur l’avenir et l’avenir c’est en Afrique mais d’une manière ou d’une autre, je parviens à toucher le marché européen et américain parce que les africains ils sont partout, partout où il y a un africain qui est intéressé par une tenue de Nabou création, je le fait, mais je veux dire que mon centre d’intérêts, c’est l’Afrique.

JMI : Quels sont les personnalités que vous aviez eu à habiller ?

Nabou : J’ai habillé plein d’artistes sénégalais notamment Vivianne, Yousou N’Dour, DJ Awadi, la Première Dame du Sénégal Madame Marième Faye Sall, et beaucoup d’autres…

JMI : Que pensez-vous du leadership des femmes et l’égalité des chances ?

Nabou : Je crois que ça, c’est notre cris du cœur à toutes les femmes, on aimerait qu’à niveau égal qu’on nous donne aussi notre chance parce que la gent féminine n’est pas considérée en Afrique au même pied d’égalité que les hommes. Elles n’arrêtent pas de crier, ce cris du cœur là on l’entend partout à chaque fois que tu entends une femme parler elle mentionne toujours l’égalité des chances. Parce que nous sommes obligées de revendiquer pour la scolarité des femmes, contre l’excision, pour la scolarisation des petites filles, contre le mariage précoce, etc….

JMI : Quel constat pouvez-vous faire sur l’émergence des femmes en Afrique ?

Nabou : Je pense que nous avons du chemin à faire parce qu’on ne nous a pas donné la chance qu’on devrait nous donner, et nous, nous sommes en train de nous battre pour mériter notre place. Il y a de petites avancées par-ci par-là, mais ce n’est pas assez.  J’aurai bien aimé qu’à l’Assemblée nationale où il y a 150 députés, qu’il y ait une parité parfaite qu’on ait 75 députés hommes et 75 députés femmes ; au Sénégal par exemple nous ne sommes même pas à 18 pour cent de représentativité. Cela est significatif, même dans le gouvernement il y a très peu de femmes…

JMI : Quels sont vos conseils pour ces milliers de jeunes filles en Afrique qui aimeraient suivre vos pas ?

Nabou : Moi je les encourage car c’est une richesse que la famille de la mode s’agrandisse, surtout si ce sont des femmes qui y viennent. C’est toujours un plaisir parce que si ça se développe, on va finir par être un hub de la mode dans le monde et on va inspirer les Européens, les Américains ou les Chinois et autres Japonais. C’est vrai qu’on ne peut pas non plus se lever un jour et arriver à la gloire, donc je leur conseille d’étudier. il faut avoir la maîtrise de ce l’on fait techniquement et cela demande d’aller en profondeur, étudier sérieusement ce qu’on fait ; et puis y croire parce que ce n’est pas facile du tout. Ce n’est pas parce que vous voyez des bling blings, ou Nabou voyager de gauche à droite, il faut savoir que c’est un métier qui est stressant, mais il faut y croire et persévérer ! Il n’y a pas de secret, seul le travail paie.

JMI : Comment arrivez-vous à concilier votre vie de couple et votre travail ?

Nabou : Je crois que beaucoup n’ont pas la chance d’avoir un homme comme le mien, qui comprend sa femme; Là je suis absente, il aimerait bien m’avoir à côté de lui, mais il me comprend et m’accompagne dans tout ce que je fais, parce que s’il avait dit niet, je n’allais pas bouger d’un iota. Mais, il est là-bas à Dakar et s’occupe bien de notre fille unique. Un mari moderne, qui n’est pas égoïste. Il est vraiment formidable. Je remercie Allah de m’avoir donné un être aussi exceptionnel.

Entretien réalisé par Mamadou Aliou DIALLO et Idrissa KEITA  pour JMI

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