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Nestor Kabadouno, sécretaire général du parti UGDD a accordé cette semaine une interview exclusive à notre rédaction au cours de laquelle, il s’est fortement exprimé sur certaines actualités brûlantes du pays notamment, l’organisation des élections locales, les manifestations dans certaines villes de l’intérieur, etc. 

Justinmorel.info : Vous aviez, il n’y a pas longtemps,  rencontré la CENI. Quelle lecture faites-vous de ce contact?

Nestor Kabadouno: Cette rencontre avec la CENI, s’est inscrite dans l’optique d’une politique de décrispation de l’atmosphère politique récemment  initiée par son nouveau président. Convient-il de rappeler que nous avons apprécié l’initiative du président de la CENI. Elle permet de rapprocher au mieux l’institution électorale des partis politiques et autres acteurs de la vie politique qui participent activement au processus électoral.

Par ailleurs, nous avons été satisfaits de cette rencontre car elle a été une occasion pour nous de développer nos préoccupations relatives non seulement à certaines pratiques inhérentes à la CENI. mais aussi les questions liées à l’organisation des échéances électorales en général. C’est dans cet ordre d’idées que nous avons fustigé les comportements de certains commissaires de la CENI qui utilisent des manœuvres indécentes pour influencer l’implantation des démembrements de la CENI. Nous avons interpellé le président sur l’obligation incombant aux commissaires d’observer le maximum de neutralité dans le processus de désignation des membres de démembrements de la CENI. En plus nous avons fait savoir au président de la CENI que la fixation du montant du cautionnement des partis politiques pour candidater, lors des échéances électorales devait tenir compte du revenu des Guinéens.

En effet, nous n’avons estimé que la fixation du montant du cautionnement à 800.000.000 (huit cent millions de francs guinéens) était inadaptée à la réalité guinéenne au regard du faible revenu des salariés. A notre entendement, la fixation d’un montant élevé à titre de cautionnement pour la participation aux échéances électorales, entraîne deux conséquences principales.

D’abord, elle affecte substantiellement le droit des citoyens à l’éligibilité que consacre la constitution. A ce titre, elle brise le rêve du citoyen moyen qui, porteur d’idées fructueuses contenues dans un projet de société consistant, mais dépourvu de moyens financiers suffisants, ne pourrait pas présenter sa candidature aux élections présidentielles. Donc, cette pratique vise à éliminer d’office de la course à l’exercice de la fonction présidentielle des millions de citoyens guinéens nourrissant le rêve de participer à la course pour l’exercice de la fonction présidentielle.

Ensuite, cette pratique encourage la recherche des sources de financement frauduleuses des partis politiques souhaitant faire participer leurs leaders aux échéances électorales en général et celle présidentielle en particulier. Dans notre pays, il est évident que la source de financement des partis politiques reste très peu contrôlée. Ainsi, plus les montants du cautionnement sont exorbitants plus les hypothèses d’emploi des moyens frauduleux sont probables.

Il faut enfin souligner que le président a écouté l’exposé de nos préoccupations avec une grande attention et nous a promis de prendre les mesures idoines pour la satisfaction de nos inquiétudes. Donc, on peut soutenir que l’entretien fut très concluant et nous nous en sommes réjouis.

Justinmorel.info : Récemment, M. Malick Sankhon a soutenu que l’Assemblée nationale doit être dissoute, afin de coupler les élections locales et celles législatives. Qu’en dites-vous ?Résultat de recherche d'images pour "Nestor Kabadouno:"

Nestor Kabadouno: A l’UGDD, nous optons toujours pour une application des normes juridiques dûment établies. Nous militons pour la stricte observation de nos textes juridiques.  A l’état actuel de notre système juridique, la dissolution de l’Assemblée nationale est régie par l’article 92 d la Constitution du 07 mai 2010.

Aux termes des dispositions de cet article,  l’Assemblée ne peut être dissoute qu’ « en cas de désaccord persistant entre le Président de la République et l’Assemblée Nationale sur des questions fondamentales ». A notre connaissance, il n’y a aucun désaccord entre le Président de la République et l’Assemblée nationale qui pourrait justifier la dissolution de cette dernière. D’où, sous l’angle de la légalité,  nous ne partageons pas ce point de vue.

Il convient toutefois de mentionner que l’affirmation de M. Malick Sankhon trouve sa justification en dehors des considérations de pure juridicité.  Elle provient essentiellement de la presqu’inaction de l’Assemblée nationale qui adopte des attitudes moutonnières vis-à-vis de l’exécutif. En effet, on constate amèrement que l’Assemblée nationale s’évertue à entériner tous les projets présentés par l’exécutif sans procéder à de véritables débats de fond.

En outre notre Assemblée demeure très inactive quant à l’exercice de son pouvoir de contrôle de l’action gouvernementale tel qu’elle en est investie par l’article 82  de la constitution.

Partant de tous ces constats on peut soutenir que l’Assemblée nationale guinéenne ne sert pas à beaucoup de choses. Ce faisant, ce sera un gaspillage financier inutile de vouloir séparément  organiser les élections locales et celles législatives pendant la même année. D’où il n’est absurde d’admettre que pour des raisons pragmatiques, un abrègement du mandat des parlementaires serait la bienvenue au moins pour éviter une saignée financière à la CENI, aboutirait l’organisation séparée de ces deux élections en 2018.

 Justinmorel.info : Ces derniers temps, nous avons assisté à de multiples actes de violences à l’intérieur du pays. A qui la faute ?

Nestor Kabadouno: Je commence tout d’abord par présenter mes condoléances aux nombreuses familles ayant été éplorées par ces douloureux évènements et implore la miséricorde de Dieu pour que ces défunts soient ai paradis  et un prompt rétablissement aux blessés.

Ensuite, je dois avouer qu’en tant que pacifiste, ces actes de violence doivent être condamnés. En ce qui concerne les responsables des causes de ces violences, je soutiens fermement qu’il s’agit des autorités étatiques.

En effet, les actes de violence dans notre pays sont généralement l’émanation d’une frustration. Les ressources de notre pays sont très mal gérées. Il y a une redistribution profondément inéquitable qui entraîne un appauvrissement chronique d’une grande partie de la population. Sachant que le langage servant le mieux à exprimer les frustrations s’illustre dans la violence, la population n’a parfois d’autre choix qu’à y recourir. Tel fut de cas de Boké.

Justinmorel.info : Quel est le message du politique que vous êtes à l’intention de l’opinion publique ?

Nestor Kabadouno: Pour finir, je tiens à m’adresser autant à la classe politique que les citoyens guinéens.

A la classe politique, je tiens à attirer l’attention des leaders politiques sur la finalité des manœuvres que la mouvance est en train de déployer pour retarder l’organisation des élections locales.

En retardant ces élections, elle projette nous mettre dans une situation où il ne sera possible d’organiser que les élections locales en 2018. En décalant ainsi les législatives.

Et par voie de conséquence, elle se battra à justifier un possible report des élections présidentielles 2020. D’où j’interpelle tous les leaders politiques de l’opposition à rester vigilant et à fédérer nos efforts pour éviter le scénario chaotique vers lequel nous entraîne l’actuel régime.

Quant aux citoyens guinéens de quelque conviction que ce soit, je les appelle à s’engager chacun avec ses moyens dans le combat pour le développement de notre pays.

Notre nation ne pourra avancer que si nous mettons l’accent sur ce qui nous uni en faisant abstraction de nos divergences politiques pour la réalisation d’un idéal fondé sur le bien commun.

Interview réalisée par  Léon  KOLIE pour JMI

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