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Le groupe HADAFO Medias, soit le premier groupe de presse de Guinée en terme de part de marché et d’audience qui avait pesté en justice contre la décision de la haute autorité de la communication (HAC), suspendant pour une semaine (du 3 au 9 novembre), la radio Espace Fm et ses antennes relais en province, a été déboutée par la Cour suprême. Son recours en annulation de la décision numéro 010/SP/HAC du 02 novembre 2017, a été jugé irrecevable par l’institution judiciaire.

Le groupe de presse dirigé par lamine Guirassy réclamait également à la HAC  100 millions de francs guinéens pour dommages et intérêts.

La décision de la cour suprême « déclarant irrecevable » le recours pour abus d’autorité de la présidente de la HAC, déposé par Kalil Oualaré, directeur général de la Radio Espace est tombée dans l’après-midi du mercredi 8 novembre 2017, au lendemain de « la marche de la colère » des journalistes à Conakry, pour dénoncer les exactions commises contre des journalistes et les suspensions des radios Espace Fm et Gangan RTV ces derniers jours.

Un château de cartes 

Le rejet de la plainte du groupe Hadafo Médias a pour effet psychologique de maintenir une pression de plus en plus pesante sur les journalistes et la presse guinéenne qui sont entrain de contempler l’écroulement, comme un château de cartes, de façon désarmée des acquis de plus d’une décennie. En l’espace d’une semaine, la liberté de la presse et la liberté d’expression en Guinée acquise de haute lutte et, parfois au prix du sang de certains patriotes, sont mises à rude épreuve et se retrouvent plus que jamais remises en cause par le pouvoir.

En seulement une semaine charnière, des journalistes et leurs responsables ont été arrêtés et détenus sans préavis en violation de la loi L02 sur la liberté de la presse ; une dizaine qui réclamaient la libération de leurs confrères ont subi des violences d’une rare intensité avec des blessés ; les signaux de deux radios (Espace Fm et Gangan Fm) ont été brouillés et contrôlés par l’ARPT ( autorité de régulation) avec des méthodes de gangsters ;  le groupe Evasion Guinée qui, comme par enchantement reçoit dans la foulée un dernier avertissement.

Enchainement vertigineux des faits

Tous ces évènements se sont enchainés à une vitesse grand V, qui a pris de court le microcosme médiatique guinéen dans son ensemble. Les circonstances qui ont amené à ce que l’on pourrait qualifier à tort ou à raison d’acharnement contre la presse guinéenne avec une volonté de la museler sont toujours floues.

Tout cela arrive avec une célérité déconcertante qui mérite des interrogations. Comment dans un pays où la loi consacre une protection plus ou moins confortable aux journalistes (les protégeant même de la détention), comparé à certains pays de la sous-région, peuvent se retrouver en l’espace de 72 heures, menacés dans l’exercice même de leur métier ? N’y aurait-il pas un agenda caché derrière tout cela ?

L’opposition des médias privés guinéens à toute velléité révisionniste de la constitution qui limite de nombre de mandats est un secret de polichinelle. Y’ aurait t-il de proches « conseillers » dans l’ombre, qui tirent les ficelles pour  préparer ce « projet machiavélique », en procèdent à l’extinction de la liberté de ton et d’expression chèrement acquis en Guinée ?

Beaucoup de zones d’ombre subsistent dans cette répression qui, comme une chape de plomb, est en train de s’abattre sur le monde médiatique guinéen.

Un recul est absolument nécessaire pour les associations des médias de Guinée, afin d’appréhender toute la menace qui pèse sur la presse guinéenne, pour en tirer toutes les lecons et engager les actions salvatrices.

À  défaut, c’est le début d’un processus qui va finir par étouffer la libre expression et imposer la pensée unique.

 

Mamadou Aliou DIALLO pour JMI

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