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Au cours de la réunion de son bureau exécutif, présidé par Fodé Diaouné, réuni en session extraordinaire ce samedi 4 novembre 2017, l’Observatoire guinéen d’autorégulation des médias (OGAM) a passé en revue et examiné les évènements touchant la presse guinéenne ces derniers temps.

Il s’agit notamment de l’interpellation par la gendarmerie d’Aboubacar Camara, coordinateur de la radio Gangan FM, suivie de la coupure de sa fréquence par l’ARPT, ainsi que de la décision de suspension de la radio Espace FM par la Haute Autorité de la Communication.

Sur le Cas Gangan FM

L’OGAM explique que c’est suite au décès de l’un de leurs journalistes, en la personne d’Alsény Duplex Sylla, dans la nuit samedi 28 octobre, que la direction de la radio a voulu lui rendre un hommage, en diffusant un extrait d’une de ses émissions intitulée « Tandégbé », suivi d’un communiqué lu par la journaliste Djenab Diallo.

Dans cette ancienne émission, feu Duplex Sylla et ses co-animateurs (Doyen Baobab, Sorel et Bayo) parlaient des anciens dirigeants du pays, y compris ceux qui ne sont plus de ce monde. C’est là qu’un des animateurs a évoqué le nom d’Alpha Condé en disant « qu’il s’en ira également un jour à l’instar de Sékou Touré et de Lansana Conté ». Ce que les autres co-animateurs ont admis comme une évidence. C’est cette phrase en langue Soso que les « auditeurs » ont interprétée pour dire que « le Chef de l’Etat est mort ».

Cette rumeur fait remarquer l’OGAM qui a fait le tour du pays a été alors attribuée à la radio Gangan FM, comme étant la principale instigatrice de ces rumeurs. Le coordinateur de la radio, a été interpellé par la gendarmerie pour des fins d’enquête. De cette interpellation, il s’en est suivi des scènes de violence à l’endroit des journalistes venus apporter leur soutien à la radio Gangan, et une coupure de sa fréquence d’émission par l’ARPT

Sur le cas Espace FM

Dans l’émission « Les Grandes Gueules » du 1er novembre 2017, les chroniqueurs de la radio Espace FM, avaient débattu de l’état et du niveau de l’armée guinéenne. Ce débat était organisé autour d’un courrier qui aurait été envoyé à la rédaction de la radio Espace, par un soldat anonyme. Le contenu du courrier a donc été lu sur les ondes de la radio suivi d’un débat.

La Haute autorité de la communication (HAC) a condamné avec fermeté, la diffusion de cette information, qui, en son entendement, est « susceptible de porter atteinte à la sécurité de la nation, au moral des forces armées et à l’ordre public ». Elle a par conséquent, conformément aux dispositions des articles 39, 40 de la loi du 22 juin 2010 portant liberté de la presse, suspendu la Radio Espace FM pour une durée de 7 jours, allant du vendredi 3 au jeudi 9 novembre 2017. Cette décision concerne à la fois la radio Espace FM, ainsi que ses stations relais à l’intérieur du pays.

Conformément aux dispositions de ses statuts, l’OGAM s’est saisi de ces évènements, afin de les examiner et les apprécier.

Après analyse du premier fait, relatif à l’interpellation du coordinateur de la radio Gangan, l’Observatoire Guinéen d’Autorégulation des médias constate que :

  • L’émission incriminée n’est qu’une rediffusion, et qu’elle n’annonce point la mort du chef de l’Etat
  • L’interpellation du coordinateur n’était pas justifiée par la gendarmerie
  • La coupure du signal de la radio Gangan par l’ARPT n’est qu’un abus d’autorité et une violation flagrante de la constitution en son article 7.
  • Les violences perpétrées sur des journalistes dans l’exercice de leur métier ont terni l’image de notre liberté de la presse si chèrement acquise

La HAC, malgré toutes les scènes de violence que les journalistes ont endurées à l’Eco 3 de Matam, a fait passer sous silence cet acte et n’a fait aucune déclaration de principe ou de condamnation de ces actes de barbarie.

A l’analyse du deuxième fait relatif à la suspension de la radio espace FM, l’Observatoire Guinéen d’Autorégulation des médias constate que :

  • La HAC s’est fondé sur les dispositions du titre X de la loi organique L/2010/02/CNT du 22 juin 2010 notamment dans ses articles 98, 99, 100, 101, 102, 103 et 104 relatives aux infractions commises par voie de presse ou par tout autre moyen de communication pour suspendre la radio espace FM.
  • Dans les dispositions du titre X de la même loi, le régime de sanction ne mentionne aucune suspension du média incriminé.
  • Au cas où le délit imputé à la radio espace FM était constitué, elle ne devait écoper que d’une sanction pécuniaire.
  • La sanction prise ainsi par la HAC, est disproportionnelle par rapport au prétendu délit commis par la radio espace FM.

Par ces motifs, l’OGAM demande à la HAC de condamner avec la plus grande fermeté les actes de violence perpétrés sur les journalistes dans l’exercice de leur fonction ;

L’OGAM demande à l’ARPT de s’abstenir de toute coupure de fréquence d’un media avant que les faits ne soient établis et qu’une décision soit prise dans ce sens ;

L’OGAM sollicite de la HAC de reconsidérer sa décision de suspension de la radio espace FM et de ses stations relais et de s’en tenir aux sanctions explicitement prévues par les dispositions susmentionnées ;

L’OGAM demande à la radio espace FM, ainsi qu’aux animateurs de l’émission Les Grandes Gueules, le respect scrupuleux des dispositions de la loi du 22 juin 2010 relative à la liberté de la presse et de leur cahier de charges ;

L’OGAM demande à la radio espace FM de publier cette décision et demande aux autres organes du paysage médiatique guinéen, qu’ils soient publics, privés, audiovisuels ou écrits de faire autant.

Mamadou Aliou DIALLO pour JMI

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