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Il y a déjà huit longues années que les familles et les victimes de la barbarie abjecte de la junte militaire au pouvoir en 2008 en Guinée peinent à faire leur deuil. La justice guinéenne qui jusque-là traine les pas, en dépit de la mise en place d’un pool de juges d’enquête qui a procédé à plusieurs auditions de présumés coupables et de témoins, ainsi qu’à l’inculpation de plusieurs anciens hauts dignitaires.

Le 28 septembre 2009, des militaires ont fait irruption dans le stade de Conakry bondé de monde et ont ouvert le feu sur les manifestants de l’opposition contre les ambitions politiques du chef de la junte, Moussa Dadis Camara. Le bilan fait alors état de plus de 150 manifestants pacifiques tués, et plus de 100 femmes violées. Des centaines de blessés et des pillages généralisés ont également été enregistrées, selon les rapports d’enquêtes des Institutions des droits humains, et l’ONU qui a conclu à  des « crimes contre l’humanité ».

Huit ans après, malgré toutes les mesures prises par la justice guinéenne en charge de l’enquête et du procès ainsi que les rapports d’enquêtes des organismes internationaux des droits de l’homme, Conakry ne semble pas faire de la tenue d’un procès une priorité, en témoigne les personnalités civiles et militaires inculpées qui occupent encore des fonctions au sein de l’administration guinéenne.

Dans un communiqué conjoint publié ce mercredi 27 septembre 2017, à la veille de la commémoration du massacre du stade, Human Rights Watch, Amnesty International et l’Association des Victimes, l’association des Parents et Amies du 28 Septembre 2009 (AVIPA) estiment que la Guinée devrait s’employer à rendre justice, à établir la vérité et à dédommager les victimes pour les crimes graves commis le 28 septembre 2009 dans un stade de Conakry.

Elise Keppler, directrice adjointe du programme Justice internationale à Human Rights Watch (HRW) estime que les juges enquêtant sur le massacre du 28 septembre 2009, ont fait des progrès impressionnants, elle pense que l’enquête doit être terminée afin que les responsables du massacre du stade puissent être jugés sans plus tarder. Pour ce responsable de HRW, l’enquête a progressé, surmontant les obstacles politiques, financiers et logistiques

« Que des personnes soupçonnées de responsabilité pénale pour le massacre du stade continuent à occuper des postes officiels de haut niveau et de pouvoir est un affront envers les victimes et leurs familles et cela envoie le message négatif selon lequel l’impunité est tolérée en Guinée », a déclaré François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

Il estime que toute personne faisant l’objet d’accusations devrait être mise en congé administratif jusqu’à ce qu’un jugement d’innocence ou de culpabilité soit rendu, afin d’assurer qu’elles n’utilisent pas leur position et leur influence pour porter atteinte aux procédures.

Ces organisations déclarent que certains aspects de l’enquête sont en suspens, comme la localisation de fosses communes censées contenir les corps d’une centaine de victimes qui demeurent disparues à ce jour. Plusieurs personnes ayant exercé des fonctions de haut niveau à l’époque n’ont été ni entendues ni poursuivies. Mais cela ne devrait pas être un motif, d’après eux, pour que les autorités judiciaires guinéennes retardent l’achèvement de l’enquête.

Mais au-delà des massacres du Stade, ces institutions des droits humains encouragent les autorités guinéennes à veiller à ce que les violations des droits humains et les abus commis depuis le massacre du stade, notamment environ 70 morts lors de manifestations de l’opposition, soient examinés de manière adéquate et que les responsables soient traduits en justice dans des procès équitables.

 

La Cour pénale internationale (CPI), qui en temps normal intervient uniquement par principe de complémentarité, lorsque les tribunaux nationaux ne peuvent ou ne veulent pas enquêter et poursuivre les affaires relevant de son autorité qui avait ouvert un examen préliminaire sur la situation en Guinée en octobre 2009, appelle également le gouvernement guinéen à veiller à ce que la phase d’enquête de l’affaire passe à la phase de procès.

 

Mamadou Aliou DIALLO pour JMI

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