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Angola : une nouvelle étude financée par la BAD esquisse un plan d’action pour faire face à l’explosion du nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur

Le 28 juin 2017, le gouvernement angolais et la Banque africaine de développement (BAD) ont présenté les résultats d’une étude, intitulée Rapport sur l’implication du secteur privé dans l’enseignement supérieur et la recherche en Angola. C’était lors d’un atelier national, ouvert sous les auspices de la secrétaire d’État chargée de l’enseignement supérieur, Maria Augusta Martins, et du représentant résident de la BAD en Angola, Septime Martin, et auquel ont participé quelque 70 personnes, parmi lesquelles des représentants du gouvernement, des partenaires au développement, des universitaires et des journalistes.

Commandée par le ministère angolais de l’Enseignement supérieur et financée grâce à un don de 55 000 dollars EU que l’Angola a obtenu de la BAD au titre de pays à revenu intermédiaire (PRI), l’étude a été menée par le Centre régional pour le développement local, la formation et l’insertion des jeunes (CREDIJ) – une société française de conseil –, en collaboration avec la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP), un organisme dépendant du ministère français du Travail spécialisé dans la transparence des qualifications professionnelles .

28 fois plus d’étudiants dans le supérieur qu’il y a 15 ans !

En Angola, le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a été multiplié par 28 ces 15 dernières années :

L’étude met en exergue les multiples défis qui se posent à l’Angola dans le secteur de l’éducation. La demande exponentielle dans l’enseignement supérieur a conduit à l’apparition d’établissements privés – souvent non homologués  – qui n’aident pas à rehausser la qualité de l’apprentissage, bien au contraire.

Entre autres constats, l’étude souligne l’offre de formation dans l’enseignement supérieur en Angola, circonscrite à quatre domaines, s’avère qui plus est déconnectée des besoins du marché du travail. En mathématiques, les étudiants angolais affichent des compétences et des aptitudes bien trop faibles pour prétendre poursuivre des études scientifiques dans l’enseignement supérieur. Aussi ont-ils tendance à opter pour les sciences humaines et sociales, le droit ou la gestion. Autre difficulté : en Angola, nul examen de fin d’étude ne vient sanctionner la fin du cycle secondaire – à l’instar d’un baccalauréat. Impossible pour les universités, dans ces conditions, d’évaluer le niveau des étudiants à leur arrivée dans l’enseignement supérieur.

L’étude révèle également que les universités se concentrent sur l’enseignement académique aux dépends de la recherche. Elles fonctionnent sur des modèles pédagogiques anciens, en fonction de l’âge des publics accueillis et focalisés sur la seule transmission de savoirs académiques sur le mode exclusif du cours magistral. Les cours de travaux dirigés qui permettent de développer créativité, pensée critique et d’autres compétences comme l’esprit d’équipe est rare, sinon inexistant.

Enseignement trop académique et professeurs pas assez formés

L’élément le plus critique, pointe l’étude, est sans doute le niveau de qualification du corps professoral : les enseignants n’ont pas les qualifications requises et sont peu au fait des techniques pédagogiques modernes et de la recherche scientifique. Ainsi, la majorité des professeurs qui enseignent en licence sont eux-mêmes titulaires d’une licence et pas d’un diplôme plus élevé.

Enfin, le coût de l’enseignement supérieur est exorbitant, un véritable fardeau pour les étudiants, surtout au vu de de la qualité insuffisante de l’enseignement et des services prodigués. Les universités ne disposent pas des infrastructures ni des équipements nécessaires à un apprentissage selon les standards internationaux : pas de cafétéria pour les étudiants par exemple, ni de centre de santé ou de salle de sport, non plus d’accès à Internet…

Autre préoccupation majeure : la sécurité des étudiants. Par exemple, aucune des universités faisant partie de l’étude n’est dotée d’un extincteur en cas d’incendie. De plus, les professeurs enseignent souvent dans deux ou trois universités en même temps et ne sont pas disponibles pour accompagner ni conseiller leurs étudiants. Les universités n’offrent pas de possibilité de stage. Une fois les étudiants diplômés, il leur faut en moyenne 6 mois pour obtenir leur diplôme, en raison de lourdes procédures administratives.

L’étude publiée formule quelques recommandations urgentes, au nombre desquelles :

• Créer un statut d’enseignant du supérieur et d’enseignant-chercheur, afin de sécuriser la carrière de ce corps professoral et encourager la recherche scientifique. Élaborer un plan d’action d’urgence pour la mise à niveau des compétences de tous les professeurs de l’enseignement supérieur.

• Instaurer un système d’assurance qualité en créant des lignes directrices et standards nationaux.

• Restructurer l’offre de programmes de formation en tenant compte des besoins du marché du travail.

• Établir un cadre national des certifications, qui garantisse la transparence des diplômes universitaires et permette de les comparer.

• Créer un réseau de partenariats public-privé dans l’enseignement supérieur afin de mieux réglementer la qualité des services prodigués par les établissements d’enseignement supérieur privés.

Réformer l’enseignement, une urgence pour l’Angola

Ce projet s’inscrit dans l’action que mène plus largement  la BAD en faveur de l’éducation, des sciences, des technologies et de l’innovation en Angola. En 2015, la Banque avait ainsi accordé un prêt de 90 millions de dollars pour la construction d’un parc technologique et la formation de chercheurs. La Banque appuie également le secteur privé, promeut l’esprit d’entreprise et les coopératives en Angola grâce à un prêt de 25 millions de dollars EU.

Enfin, cette étude met l’accent sur la nécessité, pour l’Angola, d’engager une action plus globale et coordonnée afin de réformer le système éducatif pour mieux répondre aux défis du développement et de la diversification économique du pays. Il souligne également l’importance de la science, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques au niveau secondaire.

L’éducation en Afrique et renforcer les compétences des jeunes dans le souci de lutter contre le chômage et de les aider à mieux s’intégrer sur le marché du travail est l’une des grandes priorités de la Banque, inscrite dans son Top 5, qui vise notamment à améliorer la qualité de vie des populations en Afrique.

Contact :

Nawsheen Elaheebocus, Chargée de projet, spécialiste en éducation, BAD – n.elaheebocus@afdb.org

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