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Concours de production d’articles et de reportages sur les droits de l’Enfant organisé par l’ONG Sabou Guinée

Quand un enfant nait chez nous, le cercle de la famille qui s’agrandit, sourit aux promesses du bonheur partagé qu’incarne le nouvel être fragile. Mais souvent très vite, coincés dans les serres de la pauvreté, l’on devra hélas, déchanter devant les conditions de vie précaires. Bien souvent ce sont handicaps, stigmatisation ou exclusion sociale, qui pointent leurs nez pour abîmer le droit à l’éducation de base et aux soins primaires, des droits humains fondamentaux.

Ils sont nombreux en Afrique ces cas où des gamins innocents, fragilisés par la précarité des parents. Ils sont précocement exposés aux rudes épreuves du quotidien dans le combat pour survivre. Une prime enfance brisée et l’éducation et la sécurité placés au placard des aînés, l’avenir confisqué.

Tant en milieu rural qu’en zone urbaine, on les retrouve dans la production agricole dans les mines, dans les ateliers dans les ménages, le petit commerce….

Partout… ces enfants qui travaillent longtemps,… durement au risque et au péril de leur tendre enfance. Éjectés des foyers familiaux par l’indigence des leurs, ils survivent de petits boulots improvisés çà et là le long des trottoirs.

L’exploitation éhontée des enfants est aggravée par la cupidité des grands, tandis que  la superstition prive l’enfant de l’éducation et fait de lui un moyen de subsistance : banal instrument de raquette sociale.

La petite Hawa C.(nom d’emprunt), albinos que nous observions depuis une dizaine de minutes, passe son temps à se faufiler entre les véhicules et les passants, au grand marché Niger à Kaloum. Il y a plus de trois mois que j’observais cette petite albinos, mendiante et malpropre, se promener sur cette route, en faisant des va et vient- retour au gré des passants. Ce jour, comme par hasard, je décide d’aller lui parler. Je m’approche timidement d’elle. M’ayant aperçu, elle fonce tout droit sur moi et me tend la main.

  • Donne-moi 500 GNF, m’interpelle-t-elle sans prendre la peine de saluer.

Je lui tends un billet de 1000 franc en lui demandant

  • Qu’est que tu fais ici dans la rue ? »
  • Je viens mendier ici, c’est ma maman qui me l’a demandé, parce que je suis albinos…

Sa réponse me laisse sans voix.

L’histoire de Hawa, la petite albinos ressemble à des égards à celle de Bintou.

Bintou Z. (nom d’emprunt). c’est le genre d’enfant dont le fardeau de la vie tombe dessus, alors qu’elle porte en elle toutes les vertus de l’innocence, ne demandant que protection, épanouissement et bonheur…

Alors que je longeais un matin la route de la RTG Koloma, une scène assez contrastante attira soudain mon attention. Pendant qu’un groupe d’enfants habillés en tenues scolaires se rendaient à l’école tout sourire, se chahutant gaîment, mon regard se détourna spontanément de ce réjouissant spectacle pour tomber sur une petite fille qui marchait derrière le groupe. Le regard baissé, un plateau de sachets d’eau minérale sur la tête. Les yeux hagards, elle semblait perdue…

A la vue de la petite Bintou, ma bonne humeur, entretenue plutôt par la scène des petits écoliers tout joyeux sur le chemin de l’école, s’estompa net ! Je sentais mes yeux se remplir, mon visage s’imbiber… des gouttes de larmes dégoulinaient.

J’avance vers elle :

  • Salut ! Comment t’appelles-tu ? Interpelai –je la petite.
  • Bintou…
  • Que fais-tu ici ? Tu ne vas pas à l’école?
  • Non…je vends de l’eau
  • Qui t’a donné de l’eau à vendre?
  • Maman met l’eau sur ma tête pour aller la vendre au marché. Quand je vois mes amis aller à l’école le matin, ça me donne envie d’aller à l’école, mes parents disent qu’ils n’ont pas les moyens…

Comme une sorte de libération, la petite Bintou exprima ce qu’elle ressentait au fond d’elle à la vue des enfants du même âge.

Khadija Naima Touré est fondatrice du « Projet Ecoute », une ONG qui fait de la sensibilisation autour des questions de violences, d’abus sexuels sur les petites filles, nous l’avons rencontrée à son domicile.

C’est une professionnelle qui maitrise la psychologie infantile. L’approche Ecoute est une de ses nombreuses méthodes.

« C’est une situation qui appelle à agir, il faut faire quelque chose pour intervenir, parce qu’un enfant qui vit cette situation, a sa vie complètement brisée. Un acte de violence ne peut l’enfant émanciper un enfant, la personne émancipée dont ce pays a besoin… » a-t-elle interpelé.

Le statut social des enfants en Guinée demeure précaire, le constat est ahurissant et met en évidence l’indifférence coupable de la société. Le cynisme de certains parents ne pourrait se réduire à des questions de pauvreté, car ils mettent parfois la vie des jeunes gens en danger.

L’Histoire de Fati K. (nom d’emprunt) ne laisse pas non plus indifférent, car elle est le symbole de la terreur dont sont victimes certains enfants.

Assise sur une chaise, à la véranda du Centre social Jean Paul II de Taouyah, où nous l’avons rencontré avec sa tutrice qui l’a recueilli, le regard fuyant, l’air traumatisé et la gorge nouée, elle raconte.

« J’avais faim…. J’ai pris de l’argent de ma tante pour m’acheter du pain… à mon retour ma tente et sa sœur mont frappée et ligotée…..ils ont brûlé mes mains, j’avais très mal…. mes mains étaient complétement brûlées…. » Elle nous exhibe ses mains rôties par la maltraitance.

A la vue de ces mains noircies par le feu, je frissonne. C’est horrible. Fati venait de perdre quatre doigts tout simplement parce qu’elle avait faim et qu’elle ne s’imaginait pas une seule seconde, qu’en prenant l’argent de sa tante pour s’acheter à manger, elle allait vivre l’enfer …et que sa vie allait basculer dans l’horreur.

Pour ne pas réveiller la peur et accentuer son traumatisme, j’ai écourté son témoignage et nous nous sommes adressés à la directrice du centre.

« C’est terrible pour une fille de son âge de perdre ses quatre doigts en même temps ! s’interroge-t-elle avec amertume. Je suis en train de faire sa rééducation, pour qu’elle puisse aller au moins à l’école parce que ça fait partie des droits des enfants ».

Plus loin, Mme Camara nous raconte que lorsque la petite Fati a subi la « terreur » de ses parents, ceux-ci l’ont abandonnée et ont disparu. Elle a été recueillie par une autre dame, qui l’a déposée au Centre jean Paul II. Cela fait un an déjà qu’elle est sous la tutelle de la directrice qui commence à s’inquiéter.

« Nous avons fait assez de démarches pour retrouver ses parents, mais sans suite, ils sont introuvables. Depuis qu’elle est là, je m’occupe d’elle et elle a commencé à fréquenter l’école. Mais seule, je n’y arriverais pas, j’ai besoin d’aide car elle grandit de jour en jour… » Interpelle Mme Camara presque dans la détresse.

Son centre accueille déjà une centaine de petits enfants de 0 à 5 ans pour la crèche. Malgré sa générosité et son dévouement, elle semble débordée…

Combien de Hawa, de Bintou et de Fati, seules, dans le silence, font-elles face aux mêmes situations dans nos villes et contrées ?

Selon les statistiques de l’Unicef,  en raison de l’invisibilité et de la clandestinité de la traite des enfants, mais également du manque de données fiables, il est difficile de connaître le nombre total d’enfants victimes dans le monde.

Cependant, d’après les toutes dernières estimations dont on dispose, quelque 1,2 million d’enfants seraient victimes de la traite dans le monde chaque année. Selon un autre rapport de l’institution onusienne chargée des questions de l’enfant, la violence est devenue une routine pour certains d’entre eux qui l’a vive au quotidien. Environ 17 % de tous les enfants subissent des formes graves de châtiments corporels (être frappé à la tête, sur les oreilles ou le visage ou être violemment battu et à plusieurs reprises).

Un cinquième des victimes d’homicides dans le monde sont des enfants et des adolescents de moins de vingt ans, ce qui s’est traduit par environ 95 000 décès en 2012.

Alors, s’il est vrai que les enfants sont l’avenir du monde, il est temps pour notre pays d’accélérer les actions qui participent à l’éradication du travail des enfants.  Surtout en ce mois de l’Enfant Guinéen 2017. Toute la conscience morale de l’humanité est interpellée à l’action. Il s’agit des droits de l’enfant. Il y va de l’avenir des nations et des peuples du monde.

Il faut agir maintenant!

Mamadou Aliou Diallo pour JMI

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