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La libération des initiatives opérée en 1984 à la faveur de la  prise du pouvoir par les militaires n’a malheureusement pas encore produit les effets escomptés au plan culturel. Même si l’on enregistre la naissance et la diversification d’activités culturelles (producteurs, agences de promotion et de spectacles, managers, etc.), au bout du compte, le secteur de la culture et plus particulièrement celui des spectacles laissent terriblement à désirer. De quoi s’agit-il concrètement ?

Au lendemain du changement du mode de gestion du pays, les autorités n’ont pas suffisamment appréhendé les enjeux qui s’attachaient à l’option libérale engagée à partir du 3 avril 1984.  Une option à certains égards, qui a été malheureusement assimilée à un libéralisme sauvage. Sans ménagement, l’on a fait table rase de tout ce qui existait.

Conséquence, la Guinée qui était la figure de proue de l’Afrique de l’Ouest au plan culturel, a pris un sérieux recul. Le secteur de la culture embrassant plusieurs domaines d’activités, nous nous intéresserons plus singulièrement  à la problématique des spectacles en Guinée.

Qui tire réellement profit de cette situation ?

Pour conforter le constat fait plus haut, notre pays ne dispose que d’un seul véritable espace pour l’organisation de spectacles et de représentations digne de ce nom. Il s’agit de la salle des congrès du palais du peuple de Conakry. Et épisodiquement, l’esplanade de ce même palais est mise à contribution  pour d’autres événements.

Ainsi, les dédicaces et autres activités culturelles sont programmées à Conakry par les agences et autres promoteurs. La question est de savoir aujourd’hui, si ces activités ont des incidences concrètes sur la promotion culturelle, voire économique du pays ? Ne dit-on pas aujourd’hui que la culture est devenue par la force des choses une industrie.

Qui tire réellement profit de cette situation qui perdure des années durant ? Pratiquement pas grand monde. A cet égard,  les retombées pour le pays sont bien insignifiantes. Les années passent sans qu’aucune mesure appropriée ne soit prise dans l’optique de susciter des changements notables. On parle de plus en plus d’industries culturelles. De ce point de vue, les concepteurs de la politique culturelle à mettre en œuvre sont au premier chef,  les responsables de la situation que nous déplorons.

La fracture culturelle

Au même titre que la bauxite, l’or ou le diamant, la culture est à même de créer de la richesse. Il suffit d’appréhender les enjeux de cet impératif, qui semble négligé chez nous. En dépit de la naissance ‘’d’opérateurs culturels’’ de plus en plus nombreux qui participent à l’animation de la vie culturelle, force est de constater, que la plupart de ceux-ci se contentent d’évoluer dans la capitale. Les régions et préfectures du pays sont royalement ignorées. Faute d’un environnement incitatif, presque personne n’ose investir à l’intérieur du pays. Une fracture regrettable qui s’accentue au fil des ans.

Il faut reconnaître qu’en dépit des professions de foi, nos gouvernants n’ont guère favorisé  la réduction de cette fracture entre Conakry et l’intérieur du pays. Aujourd’hui, contrairement à la Côte d’Ivoire, au Mali ou au Sénégal, nous n’avons pas encore un vrai palais de la culture. Certes, il y a les nouvelles Maisons de la jeunesse, construites à la faveur des fêtes d’indépendance tournantes ; mais elles restent inexploitées, manque d’initiatives. Pour le reste, aucun n’investissement spécifique majeur n’a été non plus fait dans nos capitales régionales en faveur de la promotion des spectacles.

Des initiatives à encourager

Une lacune bien dommageable pour le pays, puisque ni Conakry, la capitale, ni aucune  région ne sont inscrites dans les circuits internationaux. De temps en temps, des artistes internationaux viennent se produire à Conakry, grâce au management de certains producteurs ou agences de spectacles. Ce sont bien sûr des initiatives à encourager et soutenir.

Malheureusement, la situation de nos structures locales est bien en deçà des standards internationaux. Raison pour laquelle, la promotion de la culture devrait figurer en très bonne place dans l’agenda des préoccupations nationales. Ne dit-on pas que l’homme ne vit pas seulement de pain. A moyen terme Conakry et les capitales régionales devraient disposer de salles de spectacles pouvant recevoir des représentations de haut standing.

Bien plus que des mesures ponctuelles, il s’avère impérieux d’engager des réformes institutionnelles pour créer un environnement beaucoup incitatif et dynamique. Ce qui revient à dire, que fondamentalement, le domaine de la culture devra être repensé aux fins d’aboutir à une politique bien formalisée, devant conduire à des résultats tangibles.

Thierno Saïdou Diakité pour JMI

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